Crise du cognac : l'optimisme de Macron avec la Chine se heurte à la réalité

Maxime Giraudeau

Maxime Giraudeau
Il reste moins de deux mois à la France pour trouver une sortie. Si rien n'est fait, la Chine appliquera à partir du 5 juillet prochain des taxes douanières d'en moyenne 34 % sur le cognac et l'armagnac. Une sanction ultime après une enquête d'un an et demi déclenchée en réponse aux taxes de l'Union européenne sur les véhicules électriques asiatiques.
Suspendue aux mouvements diplomatiques, la filière mise tout sur la mobilisation du gouvernement français. Et n'a eu de cesse, depuis plus de six mois, d'alerter les pouvoirs publics. Preuve de ce lobbying acharné, la déclaration optimiste d'Emmanuel Macron hier soir sur TF1 au sujet d'une levée des taxes promises par Pékin. « Je suis raisonnablement optimiste, je pense qu'on va y arriver. Et donc dans les semaines et les mois qui viennent, on va tout faire pour essayer d'obtenir une levée de ces droits de douane, pour rouvrir le marché chinois », a-t-il assuré.
Pour l'heure, Pékin a appliqué une caution bancaire pour toutes les bouteilles importées sur son sol. Ce qui a fait plonger les ventes de plus de 50 % ces derniers mois sur le deuxième marché du cognac après les États-Unis, dans l'attente de la résolution du conflit.
Le chef de l'État a même dit avoir interpellé son homologue chinois : « La Chine a imposé des droits de douane en représailles de ce que les Européens ont fait sur les véhicules électriques. J'ai vu à deux reprises le président chinois. Je lui ai dit "ce n'est pas sérieux, on ne subventionne pas le cognac dans notre pays." »
Il y a bien des raisons de croire à une issue favorable pour le cognac puisque ce jeudi 15 mai se tiendront à Paris des discussions ciblées entre la France et la Chine, en marge d'une rencontre bilatérale d'entreprises. Après avoir échoué à empêcher les taxes européennes sur ses véhicules électriques, Pékin n'aurait plus de raison à ne cibler que les spiritueux français selon des observateurs.
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Du côté du Bureau national interprofessionnel du cognac, « on se prend vraiment à vouloir y croire », comme l'indique son directeur, Raphaël Delpech, à La Tribune. « On espère que cet événement actera le lancement de négociations formelles après des longs mois de doutes. La sortie par le haut peut se faire par un assouplissement sur les exportateurs automobiles chinois », pense-t-il.
Mais face à un dossier qui ne cesse de traîner, deux grands groupes ont choisi de ne plus attendre. Coup sur coup, les 30 avril et 12 mai, Moët Hennessy puis Camus ont annoncé des suppressions d'emplois. 10 % des effectifs sont concernés dans la première (1 000 à 1 200 postes), 36 % dans la seconde (35 postes en Charente).
« Une résolution positive du différent entre Chine et UE sur le cognac et les véhicules électriques permettrait de stabiliser la situation, mais pas de l'améliorer, réagit par écrit Cyril Camus, président de la marque Camus. Notre restructuration est donc basée sur la situation de fond du cognac, en grande difficulté, indépendamment de l'issue des différents sur les tarifs douaniers. Raison pour laquelle nous agissons dès maintenant. »
La secousse commerciale est particulièrement violente pour Camus, cinquième grande maison de cognac, dont les ventes en Chine passent par les duty-free. Or, depuis plusieurs mois et comme c'était arrivé avec la dernière pandémie mondiale, la marque n'y a plus accès en raison des mesures prises par le gouvernement chinois. Son chiffre d'affaires qui dépassait les 100 millions d'euros après le Covid a depuis sombré de 30 %. Plus largement, une bouteille de cognac sur cinq vendues en Chine passe par les boutiques des aéroports.
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Et même si le conflit commercial avec la Chine se résout, la machine ne repartira pas si facilement. « Le consommateur chinois a bien noté que le produit a été mis à l'index par son gouvernement. Donc il ne s'affichera pas avec. Les clients chinois ne sont peut-être pas sensibles au prix, mais ils sont sensibles au symbole », décrypte Raphaël Delpech. Face à un tel coup d'arrêt, « on ne pourra pas éviter la casse » sur le territoire charentais. Les plans sociaux s'enchaînent désormais et le cœur de la tempête semble proche.
Maxime Giraudeau