ABB réveille la peur de l'amiante

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Si les boursiers ont réellement le don d'anticipation, l'amiante coûtera très cher à ABB. Le groupe helvético-suédois d'électro-mécanique chutait mardi de 60% à Zurich en fin de séance, à 2,36 francs suisses. Il a inscrit en cours de journée un plus bas historique de 2,07 francs, au lendemain de la remise en cause des objectifs financiers du groupe et de la publication d'un communiqué sur les conséquences possibles pour ses activités des procès en cours aux Etats-Unis liés à l'utilisation de l'amiante. Ces déclarations ont eu un effet très net sur les cours des groupes concernés ou susceptibles de l'être par le problème de l'amiante. A Paris, en clôture, Lafarge recule de 7,23% à 74,45 euros, Saint-Gobain de 10,19% à 23,62 euros et Alstom 12,76% à 4,58 euros. Alstom s'est pourtant efforcé de rassurer les investisseurs en publiant dans l'après-midi un communiqué affirmant que son exposition au risque amiante est "insignifiante", aux Etats-Unis et ailleurs. Il rappelle que, lors du rachat en 1999 des activités de production d'énergie d'ABB, le risque amiante a été conservé par le vendeur. ABB "assume toute responsabilité pour toute plainte contre Alstom liée à l'amiante concernant les activités qu'elle lui a vendues aux Etats-Unis ou ailleurs", assure le groupe français. De son côté ABB, dans un bref communiqué diffusé lundi soir après la clôture des marchés financiers, a annoncé qu'il n'excluait pas que les coûts liés à l'amiante aux Etats-Unis ne conduisent purement et simplement à la faillite sa filiale américaine Combustion Engineering (CE), spécialisée dans la fabrication de chaudières et de générateurs. Ces coûts pourraient en effet excéder les actifs actuels de la filiale, évalués aujourd'hui à 812 millions de dollars, précise ABB. Ce scénario du pire porterait à plus de 1,7 milliard de dollars le coût total des plaintes liées à l'amiante déposées contre le groupe par des salariés ou ex-salariés de CE. L'entreprise rachetée en 1990 par ABB a en effet déjà déboursé 865 millions de dollars pour indemniser les plaignants au cours des 11 dernières années, précise ABB. Le mois dernier, ABB avait pourtant jugé suffisant le niveau des provisions passées par CE, soit 470 millions de dollars.Les objectifs 2002 ne seront pas atteintsAu-delà du seul dossier de l'amiante, ABB a parallèlement expliqué qu'il ne prévoyait désormais plus la reprise de ses activités avant le troisième trimestre de l'an prochain. Et surtout qu'il se refusait désormais à fournir aux investisseurs des prévisions de résultats pour 2002. Jusqu'à présent, il tablait sur une marge d'Ebit (résultat avant impôts et intérêts) de 4 à 5% pour cette année et de 9 à 10% d'ici 2005, contre 3,5% aujourd'hui. L'objectif à moyen terme reste d'actualité, selon ABB. Le mois dernier, le groupe tablait pourtant encore sur une reprise en fin d'année ; mais cette perspective s'est évanouie, a reconnu le nouveau PDG du groupe, Jürgen Dormann, nommé début septembre. Et le programme de réduction des coûts engagé au printemps, après que le groupe a échappé de peu à l'asphyxie financière, tarde à porter ses fruits. Outre des cessions importantes - dont certaines ont déjà été réalisées (lire ci-contre) - il a pourtant entraîné la suppression de quelque 12.000 emplois, ramenant les effectifs à 150.000 personnes.Cet accès de pessimisme ébranle un peu plus la confiance des investisseurs dans le groupe, qui fut dans les années 90 présenté comme le "General Electric européen". Dès mardi matin, CSFB a ramené son opinion sur le titre ABB de "surperformance" à "neutre". Les agences de notation, elles, ont pris acte de la dégradation des perspectives en abaissant leurs notes sur la dette à long terme du groupe. Moody's a ramené la sienne de Baa2 à Baa3, plaçant simultanément toutes les notes du groupe sous examen en vue d'une possible dégradation. L'agence souligne que les conditions pouvant permettre un maintien des notes incluent "un plan convaincant permettant une amélioration nette des cash-flows opérationnels et une mise en oeuvre réussie de la stratégie de refinancement". Quant à S&P, il a abaissé sa note de A- à BBB+.A à la veille de la publication des résultats du troisième trimestre, le capital de confiance dont bénéficiait Jürgen Dormann en tant qu'homme neuf à la tête du groupe est donc déjà bien entamé. Et les investisseurs s'interrogent sur l'attitude des deux principaux actionnaires, le groupe suédois Investor AB et le suisse BZ Group, dont le patron Martin Ebner a quitté le conseil d'administration d'ABB il y a une semaine.

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