Nokia pourrait être le prochain oiseau de mauvais augure

La mode est au noir dans la high-tech. Dans la foulée des prévisions pessimistes publiées jeudi soir par Intel, un autre numéro un mondial, Nokia, pourrait porter mardi matin un nouveau coup au moral des acteurs du secteur et à celui des investisseurs, à l'occasion du traditionnel point trimestriel sur son activité. Le premier fabricant de combinés mobiles au monde devrait en effet, selon la plupart des analystes financiers, annoncer qu'il n'atteindra pas son objectif de chiffre d'affaires sur le trimestre. Un objectif pourtant déjà abaissé en avril, lors de la publication des résultats du premier trimestre : le PDG du groupe, Jorma Olilla, avait alors dit tabler sur une croissance de 2 à 7% seulement des ventes globales, au lieu de la hausse supérieure à 10% évoquée en janvier. Au deuxième trimestre de l'an dernier, le chiffre d'affaires du groupe avait atteint 7,35 milliards d'euros. Mais le marché semble encore tourner au ralenti. Merrill Lynch vient ainsi d'abaisser de 6%, à 385 millions d'unités, ses prévisions de ventes mondiales de combinés en 2002. La banque américaine table ainsi désormais sur une baisse du marché cette année (il avait atteint 390 millions d'unités l'an dernier). Et elle ne prévoit aucun rattrapage en 2003 : selon elle, les ventes ne devraient finalement pas dépasser 410 millions d'unités l'an prochain, soit 11% de moins que dans l'estimation précédente, et 420 millions en 2004. "Les informations récentes publiées par des fournisseurs de composants vont toutes dans le sens de retards dans les commandes et dans le lancement de nouveaux combinés", souligne Merrill Lynch. L'analyste américain fait notamment référence à RF Micro Devices, un fabricant américain de composants pour la téléphonie mobile, qui a émis vendredi un "profit warning" en expliquant que ses clients ont retardé des commandes prévues initialement pour le trimestre en cours, en raison du retard pris dans le lancement de nouveaux modèles de combinés. Or Nokia génère à lui seul 50 à 55% des ventes de RF Micro.Avant RF Micro, Ericsson avait déjà contribué à assombrir l'horizon du secteur : son PDG, Kurt Hellström, ne table plus que sur des ventes annuelles légèrement supérieures à 400 millions d'unités, et il a souligné cette semaine la faiblesse du marché de remplacement des combinés, qui s'ajoute aux effets du retard de la troisième génération de téléphonie mobile.Inquiétudes pour les marges - Nokia, pour sa part, avait revu à la baisse en avril son estimation du marché mondial des combinés mobiles en 2002 : les ventes ne devraient pas dépasser, selon lui, 400 à 420 millions d'unités, au lieu des 420 à 440 millions attendues jusqu'à présent. Mais le groupe a d'ores et déjà prévenu qu'il n'évoquerait mardi que le deuxième trimestre, et pas le reste de l'exercice.Merrill Lynch prévoit par ailleurs que "l'augmentation nette des portefeuilles de clientèle aux Etats-Unis et en Europe va décevoir, les opérateurs restant concentrés sur leur Ebitda plutôt que sur la croissance des abonnés". De fait, la rentabilité est la priorité pour tous les acteurs de ce marché. Mais cette préoccupation ne rassure pas forcément les investisseurs : la principale inconnue pour les analystes est de savoir si Nokia sera capable de maintenir les marges d'exploitation qui font sa force. Au premier trimestre, la rentabilité opérationnelle avait atteint 22,2% pour les combinés, un chiffre en hausse par rapport au quatrième trimestre 2001. Au deuxième trimestre, le groupe pourrait avoir du mal à la maintenir au dessus de 20%, les nouveaux modèles dotés d'écrans couleurs et susceptibles de doper les marges n'étant pas encore lancés. Toute indication pessimiste sur ce point fournie par le groupe pourrait avoir des effets dévastateurs, la plupart des analystes maintenant pour l'instant leur prévision de résultat par action pour le trimestre, entre 0,18 et 0,20 euro.Les analystes de Merrill Lynch redoutent en outre une baisse de la part de marché de Nokia, qui pourrait selon eux retomber à 35% cette année et 34% l'an prochain. "En Europe, nous pensons que Nokia est soumis à la pression de Samsung et Siemens", souligne l'étude, tandis qu'en Chine (qui génère 18% des ventes mondiales) l'agressivité commerciale de Samsung, de Motorola et des acteurs locaux pourrait ramener sa part de marché à 28% contre plus de 30%.Moins pessimiste que Merrill Lynch, JP Morgan a relevé sa recommandation sur Nokia de "sous-performance" à "performance en ligne". Tout en admettant que le groupe finlandais "affrontera des difficultés importantes au cours des prochains mois", ses analystes jugent le titre "survendu". Ils réduisent quand même leur objectif de cours à 14 euro contre 16 auparavant.A la Bourse d'Helsinki, l'action Nokia, qui avait perdu 7,06% vendredi, n'a regagné lundi que 1,53% à 13,24 euros. A Paris, le titre a progressé de 1,14% à 13,26 euros ; il avait reculé de 9,59% vendredi. Depuis le 1er janvier, Nokia a perdu quelque 55% de sa valeur.

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