La subtile dialectique de Richard Grasso

Le talent de Richard Grasso pour la communication n'est plus à prouver. Et c'est heureux, car le patron de la Bourse de New York a tenu un discours qui pouvait, en caricaturant à peine, se résumer ainsi : "Notre système capitalistique va très bien et demeure le meilleur du monde ; mais il inspire aujourd'hui une telle crise de confiance qu'il nous faut impérativement rassurer les investisseurs."Résumons. La plus importante faillite de l'histoire des Etats-Unis a mis en évidence des lacunes béantes qui ont de quoi faire frémir quiconque a placé un dollar dans les Bourses new-yorkaises (ce qui est tout de même le cas, comme le rappelait hier Dick Grasso, de 88 millions d'Américains). Des commissaires aux comptes à qui on fait gober n'importe quoi. Un conseil d'administration pris en flagrant délit d'incompétence. Des patrons qui se remplissent les poches. Des salariés ruinés et désormais chômeurs.Mais comment être sûr que d'autres Enron ne se cachent pas parmi les vedettes de la cote de Wall Street ? C'est la question cruciale du moment. Celle qui mobilise la SEC, le Congrès, le Trésor... et les marchés d'actions. Et c'est pourquoi le NYSE vient de décider de créer un comité spécial au sein de son conseil d'administration, doté d'un mandat tout ce qu'il y a de plus clair : "Rien d'autre qu'une transparence absolue et une objectivité totale des comptes n'est acceptable. Le système doit être débarrassé de tout le reste," tranche Dick Grasso. Le NYSE n'hésitera pas à imposer de nouvelles règles de "governance" à ses sociétés cotées et à durcir les critères qui les rendent éligibles à l'entrée au "Big Board".C'est une question de confiance, a dit le patron de la Bourse de New York. "Il faut restaurer la foi du public".Mais en même temps qu'il annonce cette initiative spectaculaire pour faire renaître une foi qui a manifestement disparu, Dick Grasso s'applique à en limiter la portée. "En aucun cas nous ne devons donner le sentiment que notre système est pris en défaut. Il est encore le plus admiré au monde."Si l'on a bien compris le diagnostic du Dr Grasso, le patient est en pleine forme. Mais un petit séjour dans la salle des urgences ne lui fera pas de mal. On n'est jamais trop prudent.

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