Une journée un peu folle

 |  | 1191 mots
Lecture 6 min.
L'ouverture en très forte baisse ce matin (plus de 4%) faisait craindre une journée noire à la Bourse de Paris. Finalement, les investisseurs ont joué à se faire peur et ont repris petit à petit leurs esprits. Le CAC 40 termine dans le rouge, mais la baisse est limitée à 1,73% ࠠ3.701 points. Plus de 5,7 milliards d'euros ont changé de mains. A New York, le Dow Jones perd 1,56% et le Nasdaq recule de 1,27%. Les marchés financiers ont donc finalement assez bien résisté au scandale financier WorldCom et au profit warning d'Alcatel.Certaines valeurs ont tout de même connu une folle journée. C'est notamment le cas de Vivendi Universal. En chute de près de 20% à 10 heures, l'action du groupe de médias termine en hausse de 7,78% à 21,6 euros. Une première explication : le courtier américain JP Morgan est repassé à l'achat. Vivendi Universal tient également une conférence téléphonique ce soir. Jean-Marie Messier aurait-il une bonne nouvelle à annoncer ? Pourtant, le conseil d'administration d'hier soir n'a pas vraiment rassuré les investisseurs. Jean-Marie Messier a certes réussi à se maintenir à la tête du groupe de médias, mais il devra réduire la dette de façon substantielle avant la fin de l'année. Libération écrit ce matin que le conseil d'administration de Vivendi Universal a imposé à Jean-Marie Messier de rendre des comptes deux fois par mois.Mais ce cas particulier ne masque pas l'éprouvante séance vécue par les valeurs technologiques à la suite du scandale financier découvert hier soir chez WorldCom. Le deuxième opérateur américain de télécommunications annonce, après la clôture, le limogeage de son directeur financier. Raison invoquée : la découverte d'irrégularités comptables portant sur environ 4 milliards de dollars. Le groupe devra reformuler ses comptes des cinq derniers trimestres et encaissera certainement des pertes. Immédiatement, le spectre Enron ressurgit. Les investisseurs redoutent une nouvelle faillite retentissante. La tempête est déclenchée. Première touchée, la Bourse de Tokyo (-4%). Une heure plus tard, les places européennes ouvrent en forte baisse. Et cet après-midi, Wall Street entre également dans la tourmente. La chute du Nasdaq aurait même été probablement plus violente sans la suspension de l'action WorldCom. Hors séance, elle s'effondrait de 88% ! A ces éléments, vient s'ajouter l'érosion du dollar, qui frôle la parité face à l'euro, pénalisant les entreprises européennes présentes aux Etats-Unis. Cette chute du billet vert traduit la défiance des cambistes envers l'évolution des marchés américains.Dans ces conditions, les deux statistiques américaines de cet après-midi sont totalement passées inaperçues. Les commandes de biens durables ont augmenté de 0,6 % en mai, contre 0,5 attendu, et après une progression de 1,5% en avril. Et les ventes de logements neufs ont augmenté de 8% en mai, un rythme annuel record. De même, le statu quo en matière de taux ne faisant quasiment aucun doute, les conclusions, ce soir, du comité de politique monétaire de la Réserve fédérale ne devraient pas être d'un grand secours.Si Vivendi Universal s'est spectaculairement redressé, Alcatel a plongé de 16,47% à 7,81 euros, revenant à ses niveaux de mai 1988. Le groupe a averti ce matin qu'il anticipait une perte opérationnelle pour son exercice 2002. Les nouvelles provisions porteront les charges de restructuration à 1,2 milliard d'euros cette année, contre 600 millions précédemment prévu. Merrill Lynch n'a pas tardé à réviser ses prévisions pour 2002 et 2003. Le titre pâtit, bien évidemment aussi, du scandale WorldCom, même si le groupe dirigé par Serge Tchuruk affirme ne pas être touché par les problèmes financiers de l'opérateur américain de télécoms.En revanche, actionnaire à hauteur de plus de 5% de WorldCom via Axa Financial, Axa est directement exposé au scandale, même si la direction de l'assureur indique que le risque financier se limite à 40 millions d'euros en valeur comptable. L'action chute tout de même de 3,86% à 16,93 euros. Les valeurs bancaires sont également attaquées. Selon une étude de Zuercher Kantonalbank, BNP Paribas et le Crédit Lyonnais figureraient parmi les créditeurs les plus sensibles au risque WorldCom. BNP Paribas abandonne 3,86% à 52,3 euros et le Crédit Lyonnais -2,28% à 42,48 euros. La Société Générale plonge de 4,7% à 61,85 euros. Seul Dexia parvient à résister : +3,14% à 15,12 euros. La banque franco-belge assure qu'elle n'est pas concernée par le scandale WorldCom. Le titre bénéficie également d'une recommandation d'achat de Salomon Schroder Smith Barney qui vise un objectif de 18 euros.Autre victime, Havas. L'action dévisse de 4,43% à 5,83 euros. WorldCom est client de l'agence de communication. Le groupe de publicité ne donne pas de chiffres pour le moment.France Télécom perd 8,02% à 9,75 euros. Mais en séance, le titre a chuté de 18%. Ce matin, l'agence de notation Fitch a annoncé qu'elle communiquera sa dernière décision sur l'opérateur français la semaine prochaine. Elle pourrait emboîter le pas à son homologue Standard & Poor's qui a dégradé, hier, la note de la dette du groupe et de sa filiale de téléphonie mobile Orange avec implications négatives. Orange recule pour sa part de 4,9% à 4,46 euros.Toutes les autres valeurs technologiques se sont redressées en fin de séance. Cap Gemini Ernst & Young ne perd que 3,41% à 42,75 euros. Le groupe de conseil révèlera demain son "programme de transformation". STMicroelectronics lâche 6,6% à 22,23 euros. Thomson Multimédia baisse de 0,23% à 21,85 euros en dépit du démenti à une baisse de ses commandes à Cirrus Logic. Le groupe américain a en effet utilisé cet argument pour expliquer la révision en baisse de ses prévisions de chiffre d'affaires. En revanche, Ubi Soft dégringole de 16,53% à 20,4 euros en dépit d'une progression de 122%, à 8 millions d'euros, de son résultat net 2001-2002 après amortissements. La société de jeux vidéo ajoute que son résultat d'exploitation, hors amortissement des écarts d'acquisition, ressort en hausse de 292% à 31 millions, en ligne avec les attentes des analystes.Quelques valeurs classiques parviennent à tirer assez brillamment leur épingle du jeu. Vivendi Environnement grignote 2,04% à 30 euros, au dessus du prix de 27,50 euros par titre arrêté pour le placement de 15,6 % du capital effectué par sa maison mère. Salomon Schroder Smith Barney a relevé sa recommandation sur la valeur de "surperformance" à "achat". Michelin monte de 1,55% à 40,71 euros. Carrefour monte de 0,19% à 53,15 euros. Le distributeur envisage de céder la participation de 9,9% qu'il détient dans le distributeur américain de produits et services pour animaux PETsMart. En revanche, son concurrent Casino baisse de 1,57% à 84,4 euros. Le groupe stéphanois menace de retirer son offre de rachat sur Laurus si l'assemblée générale du distributeur néerlandais est reportée.Enfin, mais l'information est presque anecdotique dans le contexte actuel, Genset reste suspendu de cotation sur un dernier cours de 4,09 euros, coté le 18 juin. Le groupe biotechnologique a accepté le projet d'offre d'achat amicale du suisse Serono. L'offre porte sur la totalité des actions, des Oceanes et des ADS (American Depositary Shares) du français. Serono propose 9,75 euros par action, 3,25 euros par ADS et 102,64 euros par oceane.Olivier PinaudCopyright Invest

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :