Haro sur le PDG !

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Le cabinet spécialisé Challenger, Gray & Christmas a fait les comptes. Pour le seul mois de mai, ce sont quatre-vingts "chief executive officers" qui ont été éjectés par leurs conseils d'administration. En règle générale, avec un chèque de quelques millions de dollars en poche. Mais la rupture n'en est pas moins spectaculaire avec une période où les chefs d'entreprise, comme Jack Welch chez General Electric, étaient idolâtrés et intouchables.Kenneth Lay et Enron semblent avoir inauguré une nouvelle ère où le nom des grands patrons a davantage de chances d'apparaître dans la rubrique judiciaire des journaux, ou à côté du mot "faillite", que dans de longs portraits louangeurs faisant l'envie de l'Amérique. La liste des idoles déchues paraît s'allonger de jour en jour : Dennis Kozlowski de Tyco International, John Rigas d'Adelphia Communications, Bernie Ebbers de WorldCom, Chuck Conaway de Kmart... Dernière victime en date : Samuel Waksal, ex-patron du laboratoire ImClone, arrêté hier et poursuivi pour délit d'initié.La lecture de la presse quotidienne est saisissante. "Les entreprises, les comptables, le lobby des affaires et les politiciens ne comprennent décidément pas," pouvait-on lire lundi dans la rubrique "affaires" du New York Daily News. "Ils pensent que c'est 'business as usual'. Si l'on se bouche le nez et que l'on attend, tout le monde finira par oublier les malversations des chefs d'entreprise et (la Bourse) remontera. Ils ont tort." Quelques lignes plus bas, le journaliste avoue sa honte d'avoir recommandé l'action Adelphia.En attendant de savoir si l'indignation est une simple réaction épidermique ou reflète un changement profond de la culture de l'Amérique, on fait assaut de vertu. Le très contesté président de la SEC, Harvey Pitt, a proposé hier une mesure rendant obligatoire la certification des comptes par les PDG. Cette signature attesterait qu'ils ont pris connaissance des comptes, que ceux-ci sont exacts et qu'ils contiennent toutes les informations devant être portées à la connaissance des actionnaires. Dans le cas contraire, ils pourraient être traînés devant la justice.Wall Street entend ne pas être en reste. Le New York Stock Exchange vient de proposer de nouvelles règles de "gouvernance". Henry Paulson, PDG de Goldman Sachs, a lancé la semaine dernière un vibrant appel public à la moralisation de la vie des affaires. Cette agitation traduit bien le fait qu'un principe vital pour le bon fonctionnement de l'économie américaine est en jeu aujourd'hui : les investisseurs, qu'ils soient particuliers ou institutionnels, ont besoin d'avoir confiance dans les informations mises à leur disposition et dans les dirigeants des entreprises dont ils sont actionnaires. Faute de quoi, ils placeront leur argent ailleurs.

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