Le crépuscule de la chaîne cryptée

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Le limogeage de Pierre Lescure, président de Canal Plus, par Jean-Marie Messier en juin 2002, avait été on ne peut plus bruyant. L'annonce de 443 suppressions d'emplois mercredi n'aura provoqué, elle, ni prise de l'antenne en direct, ni débarquement de vedettes ou de stars de cinéma. Même les Guignols en sont restés sans voix, comme si le triste sort de la chaîne cryptée ne suscitait plus que fatalisme et résignation.Pour les dirigeants de Canal et ceux de la maison-mère Vivendi Universal, il s'agit d'une restructuration avant des jours évidemment meilleurs. Mais le redressement sera coûteux, et pas seulement en emplois. Car c'est tout le modèle sur lequel repose Canal Plus qui est à repenser.En quelques années, ses piliers - le cinéma et le football - ont tour à tour vacillé. Le premier parce que le fait de diffuser les films en première exclusivité à la télévision n'est plus le seul apanage de Canal. Quant au football, la flambée des droits sportifs et sans doute le trop plein de foot sur les écrans ont également eu un impact négatif. A cette heure, la chaîne ne sait toujours pas si elle diffusera seule le championnat de France de football à partir de 2004.Aujourd'hui, Canal Plus doit tout simplement reconfigurer son offre de programmes. Cela implique qu'elle réfléchisse à d'autres produits d'appel. Le modèle de l'américain HBO, chaîne câblée payante appartenant à AOL Time Warner, qui allie cinéma et séries à succès produites en exclusivité, est certes une piste. Les dirigeants de Canal en parlent souvent. Mais elle suppose d'importants investissements dans la production en sachant que les retombées internationales des séries françaises restent assez faibles comparées à celles de "Sex and the city" ou des "Sopranos", les séries "phare" de HBO. Dautant plus que les précédentes tentatives de Canal Plus en matière de séries ont eu un succès mitigé.Autant que ses programmes, Canal Plus va aussi devoir réfléchir à sa diffusion. Souvent évoquée, l'hypothèse d'une migration à terme de la chaîne sur l'offre CanalSatellite dans le cadre d'une offre élargie se heurte d'abord à la pénétration relativement faible du satellite en zone urbaine et aux réticences d'un noyau dur d'abonnés fidèles à la simplicité de l'accès hertzien via le simple décodeur. Une réflexion en la matière demeure malgré tout incontournable dans la mesure où Canal Plus doit justifier les 28,80 euros mensuels acquittés par ses abonnés. Ce qu'elle fait de moins en moins. "L'esprit Canal" n'est plus qu'un mythe à l'usage des nostalgiques. Mais, il s'est longtemps traduit dans la courbe des abonnés. Aujourd'hui, la chaîne cryptée, faute d'avoir bougé assez tôt, est condamnée à refonder un concept au moins aussi novateur que celui de son origine. Sous peine de disparaître. En sachant que son crépuscule annoncerait fatalement celui d'un certain mode de financement du cinéma français.

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