Accès de déprime des consommateurs américains

Le consommateur américain déçoit. Alors que les observateurs s'attendaient à une confirmation de la hausse de l'indice de confiance des consommateurs calculé par l'Université du Michigan, ce dernier s'est effondré de 4,9 points à 87,2 en juin contre 92,1 en mai. Il s'agit certes d'un chiffre préliminaire, mais on est loin des attentes des analystes qui, selon le consensus Reuters, prévoyaient en moyenne une remontée à 93,4. Grosse déception donc. "Je suis plus que déçu", se plaint ainsi Marcel Kazumovitch, de Merrill Lynch, à Reuters. Les marchés aussi. Le DJIA et le Nasdaq qui avaient ouvert en hausses respectives de 0,08% et de 0,30% affichaient aussitôt après la publication de ce chiffre des baisses de 0,32% pour le DJIA et de 0,25% pour le Nasdaq. Vers 19h, la baisse s'était amplifiée, atteignant -0,99% pour le DJIA et -1,33% pour le Nasdaq. A Paris, le CAC a décroché de 0,38% alors qu'il était en hausse de 0,25% quelques minutes auparavant. L'indice parisien a finalement terminé en baisse de 1,37%.Il est vrai que les économistes accrochaient tous leurs espoirs de reprise sur des consommateurs rassurés par la fin de la guerre en Irak, la baisse des prix de l'énergie, la reprise des créations d'emplois et la reprise des marchés. Du coup, aucun économiste interrogé par Reuters ne prévoyait un chiffre aussi bas. Le plus prudent, chez Deutsche AM, estimait que l'indice pouvait baisser à 91. Mais Citigroup voyait déjà l'indice à 96. Dans le détail, on remarque que cette baisse s'explique par un "retour à la réalité" des consommateurs américains. Ainsi, le sous-indice des attentes, qui avait bondi le mois dernier et avait poussé l'indice vers le haut, est violemment retombé à 84,2 contre 91,4 en mai. "Les gens étaient devenus plus optimistes de façon générale après la fin de la guerre en Irak", analyse ainsi Kevin Logan, économiste chez Dresdner, interrogé par Reuters. Selon lui, on assiste au même phénomène que celui qui s'était produit après la guerre de 1991. La fête est donc finie et les consommateurs "se concentrent à nouveau sur les conditions économiques nationales", remarque Elisabeth Denison, également économiste chez Dresdner. Et il est vrai que si certains signes sont encourageants, le marché du travail reste poussif et les perspectives de reprise très hypothétiques. Les conditions actuelles des consommateurs ne s'améliorent d'ailleurs pas. Le sous-indice les mesurant passe ainsi de 93,2 en mai à 92 en juin. En conséquence, Evariste Lefeuvre, chez CDC-Ixis, prévient que "même si le lien entre confiance et dépense n'est pas direct, de plus en plus de consommateurs pensent que leur situation est pire que l'an passé et que ce n'est pas le bon moment pour acheter". Conclusion : la demande intérieure américaine est bel et bien en panne. Les chiffres publiés un peu plus tôt l'ont d'ailleurs confirmé.Si les prix à la production ont affiché une baisse moins forte en mai qu'en avril : -0,3% contre -1,9% et si la chute des prix énergétiques est responsable de ce recul, le "core PPI" (prix de gros hors énergie et alimentation) reste en très faible hausse (+0,1%). Certes, le risque de déflation reste très hypothétique, mais cette désinflation continue prouve que l'atonie de la demande persiste. On notera d'ailleurs la faiblesse de la hausse des prix producteurs dans le domaine des biens d'équipement (+0,1%) et la chute importante dans celui des biens intermédiaires (-0,8% après -2,2% en avril). Ces deux chiffres viennent une nouvelle fois montrer la faiblesse de la demande des entreprises et donc de l'investissement outre-Atlantique.Cette réalité a d'ailleurs été confirmée par le chiffre du commerce extérieur américain, également publiés vendredi. Avec un déficit de 42 milliards de dollars, le commerce américain réduit très légèrement en avril sa dépendance vis-à-vis du reste du monde (-2%). Mais après le record absolu du mois de mars (un déficit de 42,9 milliards de dollars), ce chiffre reste le troisième déficit le plus important de tous les temps pour les Etats-Unis. Cette réduction est conforme aux attentes des analystes, mais elle n'est pas de bon augure. Elle montre simplement que les importations (-2,1%) ont ralenti plus vite que les exportations (-1,5%). Mais ce ralentissement généralisé du commerce montre que l'économie américaine reste malade. Avec cette série de chiffres inquiétants du point de vue de la demande interne, Evariste Lefeuvre considère que la Fed devrait agir "à la fin du mois" pour tenter une nouvelle fois de relancer consommation et investissement.
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