"La médecine n'est pas gratuite, il faut responsabiliser le patient"

latribune.fr - Comment appréhendez-vous à l'OCDE la question du financement des dépenses de santé?Martine Durand - Nous préparons pour le mois de mai prochain un rapport sur les systèmes de santé au sein des pays membres. Le premier constat, c'est que dans tous les pays de l'OCDE il y a des possibilités pour améliorer l'efficacité des institutions. Quand on regarde ce qui est dépensé et les résultats obtenus, on s'aperçoit que c'est insuffisant. Par ailleurs, quel que soit le système de financement choisi par les pays étudiés, aucun système n'est véritablement vertueux. Donc, si chaque système a ses avantages et ses inconvénients, les objectifs sont les mêmes : qualité des soins et pérennisation du système de financement. Pour réformer il faut aller piocher un peu partout et non pas vouloir faire un "copier-coller" d'un mode de fonctionnement sur un autre.. Dans l'élaboration de la réforme, la question financière est-elle primordiale?Il ne faut pas s'attendre à des miracles en matière de financement. Et surtout, la reprise du cycle économique ne peut être la solution. Le retour de la croissance ne permettra pas de faire plus que du colmatage. Sans réforme de structure, à savoir des actions sur la demande et l'offre de soins mais aussi sur le financement, on n'arrivera à rien car les tendances lourdes à l'augmentation des dépenses sont là : le vieillissement de la population ou les innovations technologiques par exemple. Mais rien n'empêche de penser que pour chaque euro dépensé, il y a des économies à faire dans un souci d'optimisation. En fait, un pays peut décider de consacrer 15% de son PIB aux dépenses de santé mais pour cela il faut être cohérent en matière de financement, faute de quoi on va dans le mur. Et là, il est certain que plus on augmente les cotisations sociales sur une base réduite d'actifs, plus on augmente le coût du travail et on pénalise donc la croissance et l'emploi. On peut donc réfléchir à des transformations radicales. Dans cette optique, on peut envisager l'idée de contracter une assurance pour sa santé, comme on en prend une pour sa voiture. Vous estimez que certaines réformes structurelles pourraient avoir des effets bénéfiques à court terme. Pouvez-vous nous fournir quelques exemples?On peut jouer sur la demande de soins. En France, le patient pense que la médecine est gratuite. Il faut donc le responsabiliser en laissant à sa charge un ticket modérateur qui ne serait évidemment pas pris en charge par les mutuelles. En Allemagne, cette idée a été retenue et le malade doit régler entre 5 et 10 euros. Evidemment, les petits revenus et les malades souffrant d'une pathologie lourde et pris en charges à 100% seraient exemptés de ce ticket modérateur. Ceci étant, les économies générées par une telle réforme ne seraient que marginales. Il faudrait parallèlement développer le concept du médecin-référent. Cela aurait pour avantage de limiter le vagabondage médical . On pourrait également développer les groupements de professionnels de la santé composés d'un généraliste, de spécialistes, d'une infirmière, d'un kinésithérapeute... Et enfin évidemment, il serait nécessaire d'accentuer les efforts en matière de prévention (vaccination, campagne anti-tabac...) car on a tout à y gagner à long terme.Pour ce qui est de l'offre de soins, si le succès de la réforme dépend de l'implication de la profession, on peut aussi imaginer des modes de fonctionnement qui soient des sources d'économie. Ainsi l'introduction de nouvelles technologies coûteuses ne deviendrait définitive qu'après qu'ait été constaté un important bénéfice pour le patient. Dans les hôpitaux, au lieu d'une facturation à l'acte, on pourrait introduire le paiement à la pathologie (ndlr, versement d'une somme forfaitaire pour un type de maladie à charge pour l'hôpital de tenir ses coûts dans cette enveloppe). Enfin, il faudrait également introduire des éléments de concurrence entre les acteurs (hôpitaux, cliniques...) sans pour autant privatiser le système. Cela reviendrait à demander par exemple aux caisses primaires d'assurance maladie de jouer un véritable rôle d'acheteurs de soins.

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