Le casse tête des subventions agricoles

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Cette réalité est connue depuis longtemps. Elle rend la vie impossible à l'OMC, attise les tensions transatlantiques (même si la générosité de l'Amérique pour ses agriculteurs n'a rien à envier à celle de l'Europe) et divise l'Union Européenne. Elle a conduit dans l'impasse à elle seule l'actuel cycle de négociation de Doha, en faisant spectaculairement échouer la réunion cruciale de Cancun en septembre dernier.C'est dans ce contexte qu'il faut comprendre l'annonce hier par la Commission Européenne que l'Union était disposée à supprimer ses subventions agricoles. L'annonce fut aussi inattendue que spectaculaire. Mais les commissaires au Commerce Pascal Lamy et à l'Agriculture Franz Fischler ont pris un risque calculé.A titre personnel, d'abord. L'actuelle Commission vit les derniers mois de son mandat. Le socialiste Pascal Lamy est d'autant plus aisément sorti du bois qu'il sait que l'actuel gouvernement français ne fera pas le moindre effort pour le maintenir à Bruxelles. L'Allemand Fischler tient lui aussi à finir en beauté.Ensuite, le coup est tactiquement bien joué. La Commission réclame en effet un "parallélisme complet" des efforts de ses partenaires. Suivez son regard vers Washington et la Maison Blanche où le président Bush a signé le 14 mai 2002, il y a près de deux ans jour pour jour, une loi augmentant les subventions agricoles américaines de... 83 milliards de dollars en dix ans.En année électorale, le président américain ne se précipitera pas pour revenir sur un tel engagement. Sauf si ce renoncement pouvait être présenté comme lui ayant été imposé par l'OMC. Les circonstances s'y prêtent : voici quelques jours, le Brésil est parvenu à faire condamner les subventions américaines à la production de coton par le gendarme du commerce mondial. Les premières réactions à la proposition de la Commission sont parfaitement conformes à ce que l'on pouvait attendre : les "libéraux" du groupe de Cairns, pourfendeurs des subventions, applaudissent, les Etats-Unis saluent l'initiative et Paris dénonce un "lâchage". Il n'est pas acquis que le duo Lamy-Fischler parviendra aisément à aller très au-delà.95% des agriculteurs vivent dans des pays en voie de développement, où leur activité produit couramment plus du quart de la richesse nationale. Pour nombre d'entre eux, la relance des négociatons commerciales internationales est aussi une question de survie.

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