Statu quo de la BCE sur fond d'envolée des cours du pétrole

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Sans surprise, la Banque centrale européenne a laissé inchangé aujourd'hui le loyer de l'argent dans la zone euro. Depuis un an maintenant, le principal taux d'intérêt directeur est fixé à 2%. Les deux taux plancher et plafond qui l'encadrent, le taux de facilité de dépôt et celui de prêt marginal, restent eux aussi inchangés, respectivement à 1% et 3%. Très attendus, les commentaires de Jean-Claude Trichet ont particulièrement portés sur le contexte actuel marqué par la flambée du prix du pétrole. En début de semaine à New York, le WTI a en effet touché un nouveau record, en dépassant la barre des 42 dollars. Ce dérapage des prix du brut pourrait menacer la reprise mondiale mais aussi nourrir l'inflation en zone euro. Et la question pour de nombreux économistes est de déterminer lequel de ces risques est le plus important aux yeux du président de la Banque centrale européenne.Fidèle à son habitude, Jean-Claude Trichet a tenu des propos très mesurés. Concernant la croissance, la BCE maintient son scénario d'une reprise graduelle. "Les dernières études apportent toujours des signaux contradictoires quant à la vigueur sous-jacente de la reprise mais restent compatibles avec une poursuite de la croissance au cours de ce trimestre", a ainsi souligné le président de la BCE pour qui, "la reprise économique s'est renforcée ces derniers mois". En conséquence de quoi, l'institut d'émission revoit légèrement à la hausse sa prévision de croissance pour 2004, la portant à 1,7% contre 1,6% auparavant. En revanche, les experts de la BCE révisent à la baisse leur pronostic pour 2005 et ne tablent plus que sur une croissance de 2,2% l'an prochain au lieu de 2,4%.L'accélération actuelle de la croissance dans la zone euro s'accompagne d'une certaine surchauffe sur les prix. Un diagnostic que partage Jean-Claude Trichet qui dit avoir "constaté un regain de pressions inflationnistes sur le court terme". Celles-ci résultent en grande partie des déséquilibres observés actuellement sur le marché pétrolier. Sur ce sujet, Jean-Claude Trichet s'est félicité de la décision de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole de relever son plafond de production (lire ci-contre), considérant que cette initiative "va dans le bon sens". Le président de la BCE a d'ailleurs exhorté l'Opep à se montrer raisonnable et "responsable" pour faire en sorte que la situation actuelle sur le front du pétrole soit "transitoire". "Tout le monde est conscient de ce que seraient les conséquences de prix du pétrole encore plus élevés, ou restant à un niveau élevé", a-t-il dit. La président de la BCE a cependant immédiatement relativisé ce phénomène de surchauffe inflationniste en s'affirmant "d'avis que les perspectives à moyen terme restent en ligne avec la stabilité des prix". La BCE relève néanmoins ses prévisions d'inflation à 2,1% en moyenne cette année et 1,7% en 2005. La Banque centrale tablait jusqu'ici sur une inflation de 1,8% en 2004, et de 1,6% l'an prochain. Ceci ne signifie pas pour autant que les gardiens de l'euro vont se précipiter pour relever les taux afin de contenir l'inflation nourrie par la hausse du pétrole. Un resserrement monétaire prématuré étranglerait la reprise, font-ils valoir. La BCE pourrait donc encore temporiser plusieurs mois avant d'agir, comme le laisse supposer Jean-Claude Trichet quand il dit que la Banque centrale européenne continue de conserver "toutes les options ouvertes" sur l'évolution à venir de ses taux d'intérêt et n'adopte pas de "biais" dans sa politique monétaire. La BCE ne semble guère tentée par un relèvement des taux d'intérêt, contrairement par exemple à la Réserve fédérale américain qui a commencé à préparer le terrain à un resserrement monétaire. Quant à l'hypothèse d'une baisse des taux, destinée à donner un peu plus de tonus à la reprise, celle-ci apparaît désormais très improbable en raison des tensions inflationnistes.

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