"La reprise économique ne devrait pas se traduire par une envolée spectaculaire du marché auto"

latribune.fr- Quelle est votre sentiment sur le discours des constructeurs à l'occasion du salon de Genève?Christophe Laborde- Ils m'ont dans l'ensemble paru plus optimistes qu'à Francfort à l'automne dernier. Le dollar semble se raffermir. Les constructeurs ont anticipé les évolutions monétaires. Ils ont procédé à de nombreuses restructurations ces deux dernières années. Et les renouvellements de gamme progressifs leur laissent espérer de meilleures marges en 2004. Renault a d'ailleurs plutôt axé son discours vers les marges que sur les volumes. Car sur des marchés matures, il est difficile et coûteux d'ambitionner des gains importants de volumes ou de parts de marché.Renault voit justement un marché européen en hausse de 1% en 2004. Est-ce en ligne avec vos propres prévisions?Si l'on regarde dix ans en arrière, on s'aperçoit que la récession de 1993 en Europe a entraîné une forte contraction du marché automobile, qui a par la suite connu une reprise graduelle jusqu'au pic de 1999. Aujourd'hui, la situation est différente. Depuis trois ans, malgré les difficultés économiques, le marché (que ce soit en Europe ou aux Etats-Unis) s'est maintenu à des niveaux élevés grâce aux offres commerciales et financières. Il y a eu une évidente décorrélation entre le marché automobile et la situation macroéconomique. C'est la raison pour laquelle, à mon sens, la reprise économique ne devrait pas se traduire par une envolée spectaculaire du marché automobile. J'attends +1% en Europe et +2% aux Etats-Unis. Mais je le rappelle, nous restons à des niveaux très élevés avec quelque 17 millions d'unités outre-Atlantique et plus de 14 millions en Europe.Et pour la France, qui a été le mauvais élève en Europe l'an passé?Le début de l'année a été timide. Mais on peut s'attendre à une reprise graduelle. Sur l'année, je n'attends qu'une très légère progression pour un marché qui lui aussi demeure à un niveau élevé, de plus de 2 millions de véhicules.Quel regard portez-vous sur Fiat dont les derniers résultats ont une nouvelle fois mis en relief les difficultés?Le scénario de retour à l'équilibre opérationnel dans l'automobile en 2005 ne peut pas convaincre les investisseurs. Cela oblige à regarder Fiat à 24 mois, alors qu'il y a des opportunités bien meilleures dans le secteur. Le groupe a perdu la moitié de sa part de marché européenne (de 15% à 7,5%) en 10 ans, au profit de groupes comme Toyota et Peugeot à l'offre plus diversifiée. Et, même s'il enregistre des succès commerciaux (nouvelle Panda), il lui sera bien difficile de retrouver une place honorable et une rentabilité convenable. D'abord parce qu'il est positionné sur les marchés d'Europe du Sud, moins profitables. Ensuite parce que sa gamme est orientée vers des segments à faible marge. Enfin parce que ses nouveaux modèles les plus rémunérateurs comme l'Alfa GT ne visent que des niches.Volkswagen a lui aussi inquiété le marché avec le démarrage poussif de sa Golf V...La montée en rythme de la production a connu des problèmes techniques qui ont à la fois induit des coûts supplémentaires et freiné les premières ventes. Par ailleurs, l'exercice de renouvellement était complexe pour Volkswagen. Voulant capitaliser sur sa clientèle existante, il devait faire évoluer son véhicule sans rompre avec le passé. Le changement n'a visiblement pas été perçu par les clients, qui du coup n'ont pas accordé d'importance au surcroît d'équipement technologique offert. Il y a certainement eu un problème de communication de la part de Volkswagen. Tout cela l'a contraint par la suite à attribuer des rabais (via la climatisation offerte). Bien évidemment, ce ne sera pas sans effet sur la rentabilité en 2004, la Golf représentant habituellement le quart de la marge du groupe.Les avis divergent quant aux intentions des constructeurs asiatiques concernant le marché européen sur lequel leur percée est surprenante. L'Europe est-elle selon vous une priorité pour eux?Les Etats-Unis restent de loin le marché le plus profitable car orienté vers des gammes supérieures à celle de l'Europe. De plus, la fiscalité plus faible y abaisse le prix de vente des voitures qui bénéficient aussi d'un coût moins élevé du carburant. Ceci étant, les Japonais sont conscients de l'intérêt du marché européen. Nissan Europe a d'ailleurs été rentable pour la première fois l'an passé. D'une manière générale, je dirais que le Japon et les Etats-Unis permettent aux constructeurs de dégager de la marge et que l'Europe leur est nécessaire pour faire des volumes, réaliser des économies d'échelle et ainsi pénétrer les marchés émergents.

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