Les Britanniques confrontés au terrorisme "made in England"

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La bonne nouvelle est accompagnée d'une bien mauvaise... Les Britanniques ont appris mardi soir avec un soulagement certain que les auteurs des attentats de Londres avaient été identifiés et leur base logistique découverte, grâce à un raid de la police à Leeds. Mais, par là même, il leur a été annoncé que ces terroristes n'étaient autre que des citoyens britanniques à part entière (en l'occurrence d'origine pakistanaise) et de surcroît jeunes, plutôt intégrés dans leur milieu et sans précédents criminels notables. "C'est l'hypothèse la plus terrible qui se matérialise", analysaient mercredi plusieurs observateurs. "Les terroristes ne sont pas des militants islamiques venus de l'étranger, mais bien des gens de chez nous, grandis au sein même de notre société ouverte et tolérante", affirmait un expert à la BBC. Le choc causé par les premiers attentats suicide en Europe occidentale est ainsi aggravé par le fait qu'ils ont été causée par des terroristes "made in England". Les auteurs probables des attentats ont été identifiés grâce à l'examen minutieux des images enregistrées par les caméras de la station King's Cross, d'où sont partis les trois trains qui ont explosé par la suite. Une caméra a notamment détecté quatre jeunes hommes, portant chacun un sac à dos, se réunissant dans un lieu de la gare. Cette scène a été filmée vingt minutes avant l'explosion quasi simultanée des trains sur les trois lignes de métro affectées. Une quatrième bombe a explosé une heure plus tard sur un bus provenant lui aussi de King's Cross. Des restes de corps et des pièces d'identité de trois des quatre hommes (âgés de 30, 22 et 18 ans) ont été trouvés dans trois lieux d'attentats. Le quatrième terroriste pourrait être mort dans l'explosion sous la station de Russel Square ou s'être enfui. L'enquête a établi que ces quatre personnages provenaient de la région de Leeds (nord de l'Angleterre), où ils menaient apparemment une vie "normale". L'un d'eux, Shehzad Tanweer, 22 ans, auteur présumé de l'attentat dans le bus, est défini par son entourage comme un "garçon bien", aimant "jouer au football et au cricket". Il figurait même sur la liste des victimes potentielles, sa famille ayant alerté la police de sa disparition depuis jeudi matin, alors qu'il devait se rendre à Londres... L'opinion publique britannique se pose désormais la question: pourquoi et comment de jeunes musulmans apparemment intégrés dans la société décident-ils de devenir des assassins, au prix même de leur vie? Elle se demande aussi combien de terroristes "dormants" habitent le Royaume-Uni et quels sont leurs liens avec le réseau international de la terreur. Le ministre de l'Intérieur Charles Clarke a essayé de répondre à ces questions en indiquant deux solutions possibles: d'un côté renforcer le renseignement, afin de mieux identifier et pénétrer les cellules terroristes; de l'autre combattre activement l'idéologie meurtrière qui en est à la base. "Il revient à la communauté musulmane et, avec elle, à la société toute entière, de comprendre et d'extirper le phénomène", a-t-il affirmé.Les autorités prennent toutefois le plus grand soin à ce que la guerre contre l'extrémisme ne débouche pas sur une culpabilisation des communautés islamiques ou de certains groupes ethniques en général. A ce titre, une des réactions les plus importantes aux attentats de jeudi dernier a été leur dénonciation unanime par les églises chrétienne et musulmane. A la nouvelle que les terroristes étaient des Britanniques d'origine pakistanaise, le secrétaire général du Conseil Musulman de Grande-Bretagne, Iqbal Sacranie, a par ailleurs aussitôt manifesté son "angoisse" et son "horreur". Le Conseil dit travailler "main dans la main" avec les autres confessions pour combattre le terrorisme. Une manifestation inter religieuse dénonçant les attentats de Londres pourrait être bientôt organisée. De leur côté, le gouvernement tout comme la police et l'Eglise d'Angleterre ont appelé à ne stigmatiser à aucun titre une communauté pour les actes de certains groupes ou individus. Bien que des épisodes, pour l'instant isolés, de violence à l'égard de citoyens musulmans aient été rapportés dans la presse, le Britannique moyen semble partager cet état d'esprit. Comme l'affirme Tony, qui travaille comme gardien dans un immeuble de la City où se croisent différentes nationalités, "la majorité ne doit payer pour les actes d'une minorité violente". Lui-même Irlandais d'origine, il se souvient qu'au temps des bombes de l'IRA (qui ensanglantèrent le Royaume-Uni dans les décennies 70 et 80), "personne ne venait me reprocher les actes commis par des terroristes irlandais". Affichant sa belle moustache blanche, Tony croit ainsi que la "tradition de tolérance" qui caractérise les Britanniques aura raison de la tentation de répondre à la violence par la violence. Pour Peter, un jeune agent immobilier, un élément de confiance vient de l'incroyable avancée technologique qui permet d'identifier les auteurs d'un crime. "Grâce à l'ADN, les enquêteurs sont en mesure de retracer à partir de détails minimes l'identité des personnes présentes sur le lieu du crime", souligne-t-il. Avec l'archivage de plus en plus massif des données, les chances que la justice parvienne, tôt ou tard, à saisir les coupables augmentent donc. Même à l'heure des attentats suicides, l'Angleterre veut rester la patrie de Sherlock Holmes.

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