Les bonus perdent de leur pouvoir d'achat

Le train de vie des gens très riches devient inabordable pour le plus grand nombre. Et pour cause, selon un rapport sur la richesse mondiale publié par Cap Gemini et Merrill Lynch, l'inflation est cinq fois plus élevée dans le luxe que dans les biens de consommation courante.Les chiffres, extraits de l'indice du magazine Forbes, se décomposent entre les biens extrêmement luxueux tels que les jets et yachts de luxe et les biens luxueux plus standards tels que les billets d'avions en première classe et les yachts plus raisonnables. Dans la première catégorie, l'inflation a atteint 11,3% entre 2003 et 2004, contre 6,4% pour le second indice. Au Royaume-Uni, l'inflation moyenne avoisine un taux de 2,2%. Selon Richard Thornton, consultant chez Cap Gemini Services Financiers, les bonus n'ont pas suivi cette progression. "Les coûts ont sensiblement augmenté et les gens ont plus de mal à satisfaire leurs envies".Le rapport couvre trois catégories de revenus: les individus dits "high networth individuals" selon la terminologie anglo-saxonne avec une fortune liquide comprise entre 1 et 5 millions de dollars, une population intermédiaire dont la richesse disponible est comprise entre 5 et 30 millions et les grandes fortunes (supérieures à 30 millions). Le premier type de personnes fortunées a augmenté de 7,3% en 2004, regroupant ainsi près de 8,3 millions de personnes.Auparavant, il pouvait être intéressant d'appartenir à la crème de la seconde catégorie. "A une époque, les biens très luxueux étaient devenus plus abordables. Aujourd'hui, les gens sont plus souvent susceptibles de s'intéresser au grand luxe et les prix augmentent". Par exemple, les prix du foncier ou encore des yachts de luxe ont beaucoup grimpé ces dernières années.L'agence immobilière Frank Knight indique que le prix des appartements select à Londres a grimpé de 4,2% au premier semestre tandis que l'immobilier résidentiel classique a chuté de 1,2%. Liam Bailey, chargé d'affaires dans l'immobilier résidentiel, indique que le prix des biens au delà de 4 millions de livres monte très vite car les acheteurs sont des banquiers fortunés ou des entrepreneurs étrangers qui n'ont pas besoin de prêts hypothécaires. Les frais de scolarité ont progressé de 5,8% l'année dernière après une hausse de 9,6% en 2003. De leur côté, les fabricants de yachts sont moins préparés à l'inflation rampante. Le directeur marketing de Sunseeker Yachts, Hannah Braithwaite-Smith, indique que les prix ont augmenté marginalement l'année dernière en raison de la concurrence des opérateurs à bas prix. Le plus notable, note l'experte, est que les aspirations ont changé. "Auparavant les gens se contentaient de bateaux de 40 pieds. Ce n'est plus le cas. On note une augmentation des ventes de bateaux de 75 pieds".Cette hausse des attentes et cette baisse de la satisfaction a été mise en évidence en 2003 par Clive Hamilton, directeur d'un think tank (réservoir d'idées) australien et auteur du livre "Affluenza", ou l'obsession de l'argent. Il révèle que 40% des personnes gagnant 50.000 livres estiment qu'elles ne peuvent pas s'acheter tout ce dont elles ont besoin et que 28% d'entre elles ne dépensent leur argent que pour des choses nécessaires.Clive Hamilton conclut que la fièvre du luxe, développée par la médiatisation des standards de richesse, s'est répandue. Aaron Simpson, directeur d'une société de "faiseurs de tendance", Quintessentially, indique que les styles de vie contemporains se doivent d'être internationaux pour diffuser l'image de la fortune.Il explique que ses clients banquiers co-financent des yachts et des chalets. C'est l'un des moyens pour les gens fortunés d'atteindre le train de vie des milliardaires. Netjets, société spécialisée dans la copropriété d'avions privés, rapporte que 40% de ses clients ont un parcours financier.Les banquiers pourraient avoir à cofinancer plus fréquemment. Les enquêtes révèlent un écart croissant entre les salaires moyens et les salaires élevés des banquiers en banque d'investissement. Aidan Kennedy, chasseur de tête chez Armstrong international, dit qu'il y a une forte tendance à surpayer les meilleurs au détriment des autres.Mais ils ne rêvent pas tous de prendre un jet pour rejoindre leur yacht privé. Le directeur d'un desk obligataire d'une banque à Londres évoque le cas de ceux qui ont connu la désillusion des grandeurs. "De plus en plus de gens veulent dépenser leur argent au lieu de l'épargner. Ils pensent pouvoir se le permettre mais ils se trompent: je ne peux pas investir tout mon argent dans un jet privé".

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