2005, année de la convergence de l'audiovisuel et des télécoms

Après les débuts balbutiants de la télévision sur ADSL l'an passé et à l'orée de la télévision numérique terrestre qui doit être lancée en mars prochain, Patrick Devedjian, le ministre délégué à l'Industrie, a prédit "une nouvelle donne audiovisuelle en 2005", à l'occasion d'un colloque organisé par le cabinet NPA Conseil et La Tribune. Ainsi, le ministre s'est-il montré optimiste quant au démarrage des nouveaux modes de réception de la télévision, anticipant 600.000 abonnés à la télévision par ADSL d'ici la fin de l'année et 500.000 à la télévision sur mobiles. Et tous les professionnels réunis autour de la table de louer en coeur TNT et TV sur ADSL. "C'est l'année du décollage. Il y a eu une très bonne fin d'année 2004: en tout, Ma Ligne TV qui inclut les offres Canal Sat et TPS a acquis 75.000 abonnés. Free en a déjà 200.000 tandis que Neuf TV, que nous avons récemment lancé, a attiré 10.000 clients en quelques semaines", s'est réjoui Jacques Veyrat, le patron de Neuf Télécom. "L'ADSL permet d'apporter de nouvelles offres comme le Triple Play et démocratise le numérique en offrant des prix inférieurs à ceux du câble et du satellite". Télévision sur mobileConcernant la télévision numérique terrestre, tous se sont accordés sur la décision prise par le gouvernement en décembre de choisir la norme de diffusion Mpeg 2 pour les chaînes gratuites et Mpeg 4 pour l'offre payante, cette dernière offrant la possibilité de diffuser des chaînes haute définition. "Le choix de la HD est intéressant même si deux décodeurs brouillent la communication au départ", s'est félicité Michel Azibert, de TDF. "La HD va permettre de faire de la qualité, et donc d'attirer vers des offres payantes. C'est pourquoi nous voulions du Mpeg4", a estimé Guy Lafarge, le patron de la distribution du groupe Canal.Autre tendance: l'émergence de la télévision sur téléphone mobile. Encore à l'état de concept il y a un an, cette dernière a fait ses premiers pas avec l'arrivée de la téléphonie mobile de troisième génération. Pour l'instant, il ne s'agit que de vidéo et non pas de diffusion de chaîne à grande échelle, qui nécessite une autre technologie que l'UMTS, telle que le DVBH. "Les clients ont un usage complémentaire de la vidéo sur mobile. Elle atteint des pics dans les temps morts de la journée plutôt qu'aux heures de grande audience de la télévision", a expliqué Bertrand Mabille, directeur de la stratégie et de la réglementation chez SFR Cegetel. "Les particuliers, dont le budget loisir est en hausse, sont prêts à consacrer 10 euros par mois aux services sur mobiles".Complémentarité naturelleDe la révolution technologique en oeuvre dans l'audiovisuel, émerge la question de la concurrence. Y a-t-il de la place pour tout le monde? Tous se sont évertués à vanter la complémentarité naturelle des réseaux. A commencer par le ministre lui-même. "La frontière administrative entre audiovisuel et télécommunications, qui est une spécificité française, subira encore cette année les assauts de la mondialisation", a-t-il déclaré, sans pour autant évoquer un éventuel rapprochement des deux instances de régulation - CSA et ART.Force est de constater que, de plus en plus, les deux mondes se croisent et se mélangent. "On pourra passer de la TNT à la télévision sur ADSL en un simple coup de télécommande", a déclaré Jacques Veyrat, le patron de Neuf Télécom. De fait, l'arrivée des nouveaux décodeurs construits par Sagem par exemple, à la fois compatibles sur l'ADSL et la TNT, élimine certaines frontières.Et cela au grand détriment de certains éditeurs ou bouquets qui ont délibérément choisi de ne pas être distribués sur certains réseaux. C'était notamment le cas de TF1 et de M6 qui refusent toujours de faire partie de l'offre télévisuelle de Free. L'opérateur alternatif, qui a porté l'affaire devant le Conseil de la concurrence, n'a pas encore eu gain de cause. Le Conseil n'a pas répondu favorablement à sa demande de mesures conservatoires qui auraient obligé M6, TF1 et TPS à être diffusés par Free, et doit encore rendre une décision sur le fond de l'affaire. Mais les nouveaux décodeurs rendent ce genre de procès obsolètes. Patrick Devedjian s'en est d'ailleurs réjoui, assurant que "l'intense débat juridique sur la possibilité pour un éditeur de chaîne gratuite de la TNT d'être intégré à un bouquet distribué sur ADSL se trouve ainsi clos". Prolifération des chaînesConstatant que l'arrivée des nouveaux réseaux était inéluctable, beaucoup ont changé leur fusil d'épaule. A l'instar de TPS. "La TNT et l'ADSL se complètent. Mais le satellite reste nécessaire: il permet de couvrir 15 à 20% des foyers qui n'ont accès à aucun autre réseau", a martelé Emmanuel Florent, à la tête du bouquet. TPS a d'ailleurs demandé au CSA d'autoriser la diffusion de sa chaîne premium, TPS Star, sur la TNT. Il a aussi tendu une perche aux opérateurs alternatifs Free et Neuf Télécom, son bouquet étant pour l'instant uniquement distribué sur Ma Ligne TV de France Télécom.D'autres restent sceptiques sur les conséquence de la prolifération des offres de réseaux et donc de nouvelles chaînes (comme c'est le cas pour la TNT) et craignent à terme une perte de valeur. "Le 'must carry' [qui consiste pour une chaîne à ne pas pouvoir refuser d'être diffusée par un distributeur] est un scandale, car d'autres profitent de nos investissements", a scandé Nicolas de Tavernost, patron d'M6 et fervent opposant à la TNT. Pour le patron, la prolifération des chaînes pourrait conduire à l'impasse économique. "Dans la télévision gratuite, l'élasticité est faible. La croissance du nombre de chaînes n'entraîne pas une hausse du temps regardé", explique Nicolas de Tavernost. "Je suis donc pessimiste sur la croissance de la création de programmes". Le câble en retardQuant à la cohabitation de la télévision sur mobile et de la haute définition, elle n'est pas actée. Le dernier multiplexe de la TNT, le R5, n'est pas encore attribué. Or, au delà du fait que la réglementation doit encore être adaptée à la télévision sur mobile, se posera inévitablement un problème de place pour des technologies gourmandes en spectre.Enfin, on peut se poser la question de la place des opérateurs du câble, timidement sortis de leur métier d'origine pour offrir Internet, alors que les opérateurs de téléphonie ont passé la vitesse supérieure en multipliant des offres Triple Play à moindre coût. "Nous allons faire des offres multiservices, qui incluront à partir du printemps de la téléphonie une fois que les clients pourront se passer de l'abonnement à France Télécom", a martelé Jacques Guerreau, à la direction générale de Noos. Un vrai pari que de partir le dernier...

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