Veillée d'armes chez Eurotunnel

S'exprimant ce matin dans une interview sur Radio Classique (voir ci-contre), Jacques Gounon, actuel PDG du groupe, a rappelé l'enjeu de la réunion de demain: il s'agit tout simplement "d'éviter la faillite d'Eurotunnel". Pour ce faire, le PDG du groupe a engagé un programme de restructuration des quelque 9 milliards d'euros de dettes qui asphyxient Eurotunnel, bien incapable de les rembourser. Jacques Gounon a donc lancé le 20 avril dernier un processus formel de renégociation avec les créanciers de l'entreprise.Mais il ne pourra continuer dans cette voie que s'il obtient de l'assemblée générale de demain une ratification de sa nomination à son poste. Jacques Gounon présente en effet la particularité d'avoir été coopté voici quelques mois seulement au conseil d'administration du groupe, avant d'en devenir d'abord président puis, lundi dernier, président-directeur général après la démission de son directeur général Jean-Louis Raymond. Encore faut-il, pour qu'il reste en place, que les actionnaires confirment sa nomination au poste de PDG.Or, ses adversaires ne comptent pas le laisser faire, et c'est bien là tout l'enjeu de la réunion de demain. Jean-Louis Raymond, qui, bien que démissionnaire de ses fonctions de directeur général, est toujours membre du conseil d'administration, convoite lui aussi la place de président. S'exprimant ce matin sur BFM, il a annoncé qu'il proposera demain aux actionnaires la nomination de neuf administrateurs, trois Britanniques et six Français. De quoi renouveler de fond en comble le conseil d'administration. Derrière l'affrontement direct entre les deux hommes, on retrouve bien sûr l'éclatement du front uni des petits actionnaires qui avait renversé la direction d'Eurotunnel lors d'une assemblée générale "historique", le 7 avril 2004. D'un côté figure l'Association de défense des actionnaires d'Eurotunnel (Adacte) dirigée par Joseph Gouranton, qui soutient le président en place. De l'autre, on trouve Nicolas Miguet, l'éditeur de lettres financières qui, en rassemblant les petits porteurs par l'intermédiaire de ses publications, avait été à l'origine du putsch de l'année dernière. En désaccord avec Jacques Gounon, Nicolas Miguet entend récidiver cette année et faire voter contre la direction en place.Jean-Louis Raymond, à dire vrai, affiche une certaine distance avec Nicolas Miguet. Interrogé sur BFM sur ses relations avec ce dernier, l'ex-directeur général du groupe a affirmé qu'il n'avait "pas demandé son appui".Dans l'immédiat, l'affrontement se concentre, à la veille de l'assemblée générale, sur la collecte des pouvoirs. Des pouvoirs d'autant plus essentiels que la réunion se tenant vendredi à 16 heures au terminal de Coquelles dans le Pas-de-Calais, on peut supposer que relativement peu d'actionnaires feront le déplacement.Il apparaît en revanche qu'environ 75.000 d'entre eux ont envoyé une procuration, ce qui représente plus de 40% des actionnaires et constitue une belle performance. Mais la guerre entre les deux camps se déroule aussi au niveau du traitement de ces procurations. Dans son interview sur Radio Classique, Jacques Gounon dénonce expressément les "fraudes assez larges", le "bourrage d'urnes" auxquels le groupe serait confronté.Le problème vient, semble-t-il, des pouvoirs envoyés par des actionnaires sous forme d'un encart découpé dans les publications de Nicolas Miguet, et qui feraient éventuellement doublon avec les pouvoirs envoyés par la voie bancaire classique. Saisi par l'éditeur, le tribunal de commerce a exigé qu'Eurotunnel déploie les moyens nécessaires pour traiter l'ensemble de ces pouvoirs. Une tâche qui a été confiée à Crédit Agricole Investor Services Corporate Trust.De cette guerre des procurations pourrait dépendre le rapport de forces lors de l'assemblée de demain, dont l'issue s'avère bien imprévisible. Dans ce contexte très tendu, les salariés du groupe vivent difficilement cet affrontement au sommet. L'intersyndicale d'Eurotunnel s'est ainsi rappelé jeudi au bon souvenir des dirigeants du groupe."Quels que soient les nouveaux dirigeants qui prendront demain en main l'avenir de l'entreprise, leur devoir sera de prendre en compte les intérêts des salariés, trop souvent oubliés dans ce feuilleton sans fin", a déclaré l'intersyndicale CGT-FO-CFTC-CGC-CFDT dans un communiqué. Les syndicats dénoncent en particulier les "changements de direction trop fréquents, cinq en cinq ans, alors qu'il y a urgence à renégocier la dette". Les salariés affirment-ils, "assistent impuissants et lassés à ces luttes intestines pour le pouvoir"...

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