Noël à la corbeille, Pâques avec l'oseille !

Didier Coutton, docteur en sciences de gestion, professeur à l'Istec, consultant et auteur de l'Almanach 2007 des marchés financiers, nous livre ses observations et ses réflexions sur les caractéristiques habituelles et les curiosités des mois de décembre en bourse.

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Noël à la corbeille, Pâques avec l'oseille ! : tel pourrait être l'adage pour qualifier la météo boursière marquant la fin de l'année et le début de la suivante. Le mois de décembre est un "bon" mois boursier en regard de la hausse moyenne de l'indice CAC 40, puisqu'il affiche la quatrième meilleure performance de l'année avec un rendement annualisé de 20%. Il est le plus souvent (75% des cas) orienté dans le même sens que les 11 mois précédents.

Le mois de décembre présente néanmoins la curieuse caractéristique d'être médiocre dans la première quinzaine pour terminer en beauté quelle que soit la conjoncture économique. Cette caractéristique itérative indique que les marchés financiers ne sont pas aussi efficients que le laisse entendre la théorie financière : les marchés ne sont pas parfaits, car les opérateurs ne le sont pas !

Les mouvements boursiers sont imprimés par les opérateurs dont le comportement n'est pas toujours rationnel... En effet, la baisse comme la hausse du mois de décembre sont plus à mettre sur le compte du comportement des investisseurs, que sur les publications d'ailleurs assez peu nourries. La baisse résulte des ventes massives de titres perdants. La hausse, qui suit, tient à l'euphorie des fêtes.

La baisse de la deuxième semaine a pu être étudiée par les universitaires américains, qui ont pu observer, que les gérants de fonds effectuent un nettoyage de leur portefeuille en éliminant les lignes les moins profitables de l'année. Pour le bilan de fin d'année, il est de bon goût de présenter un portefeuille composé de belles valeurs. Ces ventes ont pour effet de déclencher ou d'entretenir une tendance baissière de brève durée. Les investisseurs individuels ne sont pas en reste puisqu'ils opèrent également quelques arbitrages pour réaliser leurs pertes. C'est ainsi que, depuis la création de l'indice CAC 40 en 1988, l'indice a enregistré une baisse moyenne hebdomadaire de 1,36 %, soit une baisse annualisée de 49 %, pour la semaine allant du 11 au 15 décembre. L'indice de la Bourse de Paris n'a connu, cette semaine-là, que 6 hausses en 18 ans.

Les titres les plus affectés sont ceux ayant le plus souffert dans l'année. Nous pouvons donc imaginer que les valeurs les plus touchées pourraient être celles du secteur de l'informatique (Altran Technologie, Atos Origin, Business Object, Dassault Systèmes, GFI Informatique, STERIA Groupe), des télécommunications (Alcatel, Avenir Telecom), des média (NRG Group, SPIR Communication, Thomson), de l'automobile (Peugeot, Valeo) ou encore de l'aérospatiale et de la défense (Safran, Thales, Zodiac). Pour autant, ces valeurs se reprennent en début d'année.

Après la pluie vient le beau temps. Tout naturellement, après la baisse de la première quinzaine, la Bourse se refait une santé à partir du 20 décembre. Et, à n'en pas douter les investisseurs croient encore au Père Noël. En effet, si la probabilité d'une hausse quotidienne est de 51% (il y a un peu plus d'une chance sur deux d'enregistrer une hausse un jour donné), le 24 décembre cette probabilité est de 90%. Pour être précis, depuis 1969, il y a eu 17 hausses pour 2 baisses ; la Bourse était fermée les autres jours. Cette hausse se poursuit entre les deux réveillons, les investisseurs seraient-ils enivrés par une sensation d'allégresse ?

Les premiers mois de l'année ont tendance à être bons. Depuis la création du CAC 40, janvier affiche une performance moyenne annualisée de 19,1%, février de 15,2%, mars de 20,4% et avril de 26,2%. A partir du mois de mai, la météo boursière se gâte (hausse moyenne de 1,1 % en mai et baisse moyenne de 11,4 % en juin). Il vaut donc mieux sortir du marché avant le mois de mai : rappelons qu'en 2006, le CAC 40 a perdu 5 % en mai.

Les statistiques justifient donc notre maxime.

Retrouvez les statistiques complètes, les anomalies et les curiosités boursières dans l'Almanach 2007 des Marchés Financiers (Valor Editions) et de nombreuses autres informations sur le site www.amf-almanach.com.

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