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Tom Enders: "2006 aura été l'annus horribilis d'EADS"

La Tribune

Publié le 06 décembre 2006 à 00:21 - Mis à jour le 22 octobre 2008 à 17:40

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Le co-président du groupe européen d'aéronautique et de défense brosse un tableau sans concession de sa première année à la tête d'EADS.

"Dans les sept ans d'histoire d'EADS, 2006 aura été l'annus horribilis", a reconnu hier soir à Munich le co-président du groupe européen Tom Enders, faisant un bilan sans concession de sa première année à la tête du groupe. "L'A380 nous a posé un problème terrible qui va entraîner 1 milliard de charges non prévues en 2006. Mais nous sommes confiants aujourd'hui d'avoir les difficultés sous contrôle", a ajouté toutefois l'ancien parachutiste, reconnaissant que le groupe avait tiré les conclusions des erreurs passées et changerait à l'avenir sa façon de fonctionner. "Nous devons contrôler de plus près les grands programmes et introduire plus de transparence au sein de l'organisation avec une meilleur information", estime t-il.

Pas de raison de se voiler la face. "Nous avons encore un marathon devant nous avant qu'Airbus retrouve sa pleine compétitivité", a-t-il lâché. Mais il est convaincu qu'au final EADS est aujourd'hui en meilleure position qu'au début de l'année, notamment grâce à un meilleur partage des responsabilités au plus haut niveau et au fait qu'Airbus soit désormais filiale à 100% avec la sortie du britannique BAE de son capital.

Le prochain défi, il le voit dans l'organisation industrielle, pour arriver enfin à renforcer l'intégration des structures et de la recherche pour tirer profit des synergies et améliorer les performances. Mais également dans la gouvernance et dans la relation franco-allemande, voire avec l'ensemble des partenaires européens. "Nous n'avions pas pensé en créant EADS à la fin des années 90 qu'il y aurait, six ans après, aussi peu d'harmonisation en Europe, notamment dans la défense", a-t-il concédé.

Clairement, les tensions des dernières semaines entre les actionnaires privés et l'Etat français ont laissé des traces. Tom Enders, qui a travaillé pour le ministère allemand de la Défense avant de rentrer dans la filiale aéronautique-armement de Daimler, est amer. Pas facile de façonner une société franco-allemande avec une direction bicéphale, surtout quand un Etat ne veut pas renoncer à son droit de regard. Les sensibilités ont du mal à s'harmoniser. Du coup, la communication passe très mal. Un enjeu clé que le groupe est encore loin de maîtriser.

Il est conscient que Lagardère et DaimlerChrysler ne resteront pas à vie dans le capital d'EADS. Mais il estime important de ne pas renforcer en contrepartie l'influence des Etats. Il s'est par ailleurs montré confiant dans le fait que le consortium de banques qui doit reprendre 7,5% du capital au constructeur automobile allemand sera bientôt finalisé.

Rapidement, il peut aussi s'imaginer l'entrée de nouveaux investisseurs dans le capital du groupe, aussi bien d'ailleurs au niveau de la maison-mère EADS qu'au niveau d'Airbus. "Nous avons fait de bonnes expériences avec Dubaï", a-t-il précisé en faisant référence à la prise de participation de l'émirat dans DaimlerChrysler. "Nous ne pouvons que nous réjouir si de gros investisseurs avec des moyens financiers puissants investissent chez nous". Pas à n'importe quelle condition toutefois, a-t-il souligné, indiquant qu'il n'était pas question qu'il ait une voie au chapitre en matière industrielle.

Tom Enders a beau être co-président au service de tous ses actionnaires, il se fait avant tout l'avocat de DaimlerChrysler, un actionnaire qui n'aura plus bientôt que 15% du capital. Une contradiction qui prouve une nouvelle fois qu'EADS est encore loin d'être une société normale.

Les ratés autour du lancement de l'A350 deuxième version en ont été un exemple frappant. Les Allemands, depuis le départ, avaient soumis leur feu vert à la certitude que le financement serait assuré. Or ils ont finalement donné leur assentiment au projet vendredi dernier après trois semaines de crise quasi publique largement orchestrée dans les médias sans qu'aucune précision supplémentaire n'ait été donnée. Le président de DaimlerChrysler, Dieter Zetsche, avait même indiqué la semaine dernière qu'une augmentation de capital n'aurait pas lieu. "On ne peut pas l'exclure à terme, même si rien ne presse aujourd'hui puisqu'on n'en a pas encore besoin", a pourtant indiqué hier Tom Enders.

Certes, le groupe ne peut pas se fermer la porte au vu des défis qui lui restent à régler. Mais il aurait pu éviter de porter une nouvelle fois ses différences de vue sur la place publique puisque son image en a encore pâti.

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