Turquie : Bruxelles demande un gel partiel des négociations d'adhésion

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La Commission européenne recommande aux 25 de suspendre en partie les négociations d'adhésion de la Turquie à l'UE, en gelant huit des 35 chapitres qui les constituent. Les ministres européens des Affaires étrangères devront se prononcer le 11 décembre sur cette recommandation de la Commission. Le Premier ministre turc qualifie d' "inacceptable" cette proposition de la Commission.

La Commission européenne a décidé, ce 29 novembre, de proposer aux Vingt-cinq de ne pas ouvrir huit chapitres de la négociation d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne et de suspendre la conclusion, même provisoire, des travaux menés sur les autres sujets.

Cette décision a immédiatement fait réagir Ankara. "La décision de la Commission européenne de recommander aux 25 de suspendre en partie les négociations d'adhésion de la Turquie à l'UE est inacceptable", a affirmé depuis Riga où se tient le sommet de l'Otan, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan.

La Commission prend ainsi acte de l'échec reconnu par la présidence finlandaise de l'Union d'amener le gouvernement turc à respecter ses engagements, repris dans le Protocole dit d'Ankara, d'étendre à tous les membres de l'Union, y compris donc à la République de Chypre, les dispositions de l'accord bilatéral d'Union douanière. En l'espèce, Helsinki avait réclamé en vain que les ports et aéroports turcs soient ouverts aux bateaux et avions battant pavillon de la République de Chypre ou venant du territoire du sud de l'île.

Les chapitres frappés par l' "embargo" proposé par Bruxelles sont les suivants: libre circulation des marchandises, droit d'établissement et de prestation des services, services financiers, agriculture et développement rural, pêche, politique des transports, union douanière et relations extérieures.

Le commissaire à l'Elargissement, Olli Rhen, a cependant précisé que ces recommandations seraient nulles et non avenues si les autorités turques venaient à changer d'attitude et à prendre les mesures qui sont attendues d'elles pour se conformer aux engagements qu'elles ont elles mêmes souscrites, avant la réunion des ministres des Affaires étrangères des Vingt-cinq qui, le 11 décembre, doit préparer la décision que doivent prendre sur ce dossier turc les chefs d'Etat et de gouvernement qui se réuniront quatre jours plus tard à Bruxelles.

Cette initiative de la Commission constitue une douche froide pour la Turquie. Hier, le Premier ministre qui avait accueilli le pape à la descente de son avion à Ankara, avait indiqué avoir reçu son "soutien" pour l'entrée de son pays à 95% musulman dans le bloc européen. Cet appui inespéré du souverain pontife - la nouvelle position du pape est un revirement complet par rapport à celle qu'il défendait avant son pontificat - a ravi l'ensemble de la presse turque.

Mais l'enthousiasme de la Turquie a donc été sérieusement douché par la Commission européenne. Au centre de cette crise entre Ankara et Bruxelles se trouve l'épineuse question chypriote, qui n'a pu être réglée depuis la division de l'île méditerranéenne en 1974 à la suite d'une intervention militaire turque. La Turquie refuse d'ouvrir ses ports et aéroports aux navires et avions chypriotes grecs, exigeant au préalable la levée de l'embargo qui frappe la République turque de Chypre du Nord (RTCN), qu'elle elle est la seule à reconnaître.

"Cela revient à mettre les négociations sous cloche jusqu'aux prochaines élections", résume le président de la fondation Robert Schuman Jean-Dominique Giuliani. Il voit dans cette décision la "première véritable inflexion de la politique d'élargissement à marche forcée de l'Union européenne". "C'est un véritable sabotage, estime pour sa part Emre Gönen de l'Université Bilgi d'Istanbul. Cela revient à fermer la porte aux négociations avec la Turquie".

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