Un rapport parlementaire estime qu'une nouvelle recapitalisation de Giat s'éloigne

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Le rapport d'information parlementaire sur "Giat Industries, suivi des mesures sociales d'accompagnement" de Jean-Claude Viollet (PS, Charente) et Jean-Claude Mignon (UMP, Seine-et-Marne), qui va être présenté aujourd'hui, dresse un constat global positif sur le redressement du groupe public d'armement terrestre. Selon les deux députés, les résultats de 2005 et les prévisions pour 2006 "éloignent, au moins dans l'immédiat, la perspective d'une nouvelle recapitalisation".

"L'année 2006, qui connaîtra une baisse du plan de charge, est présentée paradoxalement par la direction comme une nouvelle année d'équilibre financier", écrivent les deux députés Jean-Claude Viollet et Jean-Claude Mignon. Ce nouveau tour de force va être permis par les recettes financières liées au paiement du solde des derniers chars Leclerc. "Ces engins sont certes déjà payés à 95% par l'armée de Terre, mais hors TVA, celle-ci n'étant récupérée qu'à la fin, expliquent-ils. Lors de la livraison, Giat perçoit en fait 21% de la valeur du char et réalise sa marge à ce moment-là". Pour autant, les députés jugent que l'équilibre financier de l'entreprise "aurait d'autant plus de chance de se réaliser si les pénalités relatives aux retards de livraison du char Leclerc (1.000 euros par char et par jour de retard) cessaient d'être exigées par la Délégation générale pour l'armement (DGA)". Sur ce litige, les négociations entre la DGA et l'industriel n'ont pas encore abouti.

En 2005, pour la première fois depuis quinze ans, date de sa création, le groupe a publié des résultats positifs, avec une marge opérationnelle de 9,9 millions d'euros (soit 1,4% du chiffre d'affaires qui s'est élevé à 731 millions d'euros). Giat Industries a réalisé un bénéfice de 12 millions d'euros.

En 2006 et au cours du premier semestre 2007, Giat va toutefois être confronté à un creux d'activité, rappellent les deux députés. Le groupe n'engagera la production des 75 premiers Véhicules blindés de combat d'infanterie (VBCI) et du canon autotracté Caesar qu'au cours du second semestre 2007. "En l'absence de tout contrat lié à l'export, la période s'étendant de la mi-2006 à la fin 2007 constituera une traversée du désert industrielle avant l'arrivée de plusieurs programmes importants", notamment le VBCI, dont les 20 premiers devraient être livrés en juillet 2008, notent les deux députés. Les 45 suivants sont prévus pour une réception entre août et décembre 2008. "Afin d'éviter toute rupture dans la chaîne de production, il serait souhaitable que soit convertie en commande ferme une tranche conditionnelle par an", demandent-ils. Giat Industries est d'ailleurs prêt à produire jusqu'à cent VBCI par an. En outre, selon eux, "le transfert d'une partie de la charge de travail de la Direction centrale des matériels de l'armée de Terre (DCMAT) vers Giat pourrait constituer une piste de réflexion pour réduire la baisse d'activité redoutée à partir du second semestre 2006 ".

Des commandes satisfaites

Trois après le lancement du plan "Giat 2006", les principaux engagements de l'Etat en matière de commandes dans le cadre du contrat d'entreprise (commandes pluriannuelles à hauteur de 2 milliards d'euros sur la période 2003-2008) ont été tenus, estiment Jean-Claude Viollet et Jean-Claude Mignon. Au total, les commandes notifiées au 31 mai se sont élevées à 1,094 milliard d'euros sur un bilan prévisionnel de 1,35 milliard. Giat attend encore 256 millions d'euros de commandes de la part de l'Etat au second semestre 2006. Le groupe public attend notamment des prises d'ordre pour l'entretien du char Leclerc (143 millions d'euros), des munitions (155 millions) et des études amont (52 millions). En revanche, l'Etat a passé beaucoup de commandes en matière d'entretien hors Leclerc (84 millions d'euros) et des programmes neufs (12 millions).

S'agissant des livraisons du Leclerc, "il en resterait encore 49 (12% sur les 406 au total) à livrer, dont 34 sont achevés et poursuivent leurs essais", selon le rapport. Les quinze derniers devraient être achevés en juillet. La direction de Giat table sur une dernière livraison fin 2006 alors que l'armée de Terre attend plus prudemment la réception des derniers exemplaires au cours du premier semestre 2007, constate-t-il. Les deux députés se sont également livrés à une critique sévère sur la gestion de ce programme dont les livraisons s'étalent depuis 1992. Ils ont notamment constaté de nombreux problèmes qualitatifs: mise au point délicate du viseur fourni par Sagem (groupe Safran), manque de fiabilité de la tourelle, fuite d'huile sur les chars neufs, défaut des épiscopes sous-traités en République Tchèque.

Vers une alliance

Selon les deux députés, le projet de filialisation "n'est qu'un mode de gestion destiné à faciliter les rapprochements et coopérations avec d'autres industriels". Mais cette nouvelle organisation structurelle "ne préfigure pas un prochain démantèlement de Giat qui serait absurde à un moment où Giat devient profitable", estiment-ils, contrairement aux organisations syndicales. "Le ministère de la Défense, en accord avec la direction de Giat, a catégoriquement démenti toute rumeur en ce sens", affirment-ils.

Prudents sur ce dossier, les auteurs du rapport ne préconisent pas de schéma. "La survie et le développement de Giat Industries passent de toute évidence par un rapprochement avec d'autres sociétés industrielles", assurent-ils. Ils rappellent les deux cas de figure qui "ne sont pas forcément incompatibles": rapprochement avec un groupe équivalent, notamment un partenaire allemand (Rheinmetall et Krauss Maffei Wegmann) ou avec un systémier, qui pourrait être EADS ou Thales, "chacun ayant sa légitimité".


Hausse de la productivité
Le chiffre d'affaires par salarié qui "dépassait péniblement les 100.000 euros en 1998 et 67.000 euros en 2000", a atteint 166.000 euros en 2005. L'objectif de la productivité est d'amener ce ratio à 200.000 euros par salarié, ce qui correspond aux résultats des principaux concurrents européens du secteur. En outre, le groupe public a mis une nouvelle politique d'achat de fournitures qui a permis la réduction des fournisseurs de 3.200 en 1998 à 800 en 2005.

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