On refait la séance ?

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Jour J moins 11 pour les adorateurs du ballon rond. Au Brésil, tout s'arrête pour le Mondial, même la Bourse de Sao Paulo.

Imaginez, vendredi 9 juin. Toute la planète football aura les yeux braqués sur l'Allemagne et respirera pendant un mois au rythme des 64 matches prévus pendant la Coupe du monde. On sait déjà qu'une étrange épidémie fera grimper en flèche l'absentéisme de bureau, notamment dans les pays pénalisés par le décalage horaire. En Allemagne, le syndicat des services Verdi réclame des horaires allégés ou tout au moins flexibles afin que les salariés puissent suivre les matches. Dans les salles de marché, on imagine déjà les traders, réputés grands fans de ballon rond et de paris, suspendus à leurs écrans, que certains n'auront pas manqué de permuter des fils de cotation aux chaînes retransmettant les matches. Au risque de perturber les séances pendant un mois, voire d'encourir le carton rouge?

Au Brésil, où deux choses au moins sont prises très au sérieux, le foot et le carnaval, les autorités ont préféré prendre les devants et prévenir toute paralysie potentielle de la finance du pays, en allant droit au but! La Bourse de Sao Paulo sera tout bonnement fermée deux heures plus tôt qu'à l'accoutumée afin de permettre aux opérateurs et aux investisseurs de suivre en toute quiétude les matches de la Seleçao, qui viendra en Allemagne défendre son titre de 2002. Pas de prolongations non plus: la Bovespa, la principale place financière d'Amérique du Sud, sera privée de négociations hors séance après la clôture. Les champions du monde jouent, le Brésil, tenu en haleine, s'arrête. Quitte à se mettre hors jeu, pour quelques heures, de la finance mondiale.

Que des perturbations entraînent, par exemple, une chute brutale des cours du pétrole ou des produits de base ne saurait déranger une nation toute entière vouée au culte du football, faisant bloc derrière sa prestigieuse équipe aux cinq victoires. La fédération brésilienne des banques a ainsi décidé que les employés de toutes les agences du pays avaient eux aussi le droit de délaisser leurs clients pour enfiler leurs maillots de supporters, sans craindre le carton jaune: ils seront également libérés de leurs contraintes deux heures plus tôt lors des deux premiers matches de l'équipe du Brésil, le 13 et 22 juin prochains. Les statistiques ne sont pas prometteuses: le Brésil n'a jamais réussi à défendre un titre sur le sol européen ni remporté un Mondial en partant grand favori, comme c'est le cas aujourd'hui...

Entre quelques bonnes affaires ratées en raison d'une séance écourtée ou de transactions reportées et l'honneur d'un peuple à défendre, les Brésiliens ont choisi leur camp: ils préfèrent refaire la séance faute de pouvoir refaire le match...

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