Dominique de Villepin veut mener sa mission "jusqu'au bout"

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Marginalisé par la crise du Contrat Première Embauche, le Premier ministre, qui veut mener à bien sa mission pour l'emploi, a essayé, dans sa conférence de presse, de revenir dans le jeu. Appelant les syndicats à reconnaître les bienfaits de la flexibilité, il a ouvert différents chantiers portant sur les parcours professionnels, la lutte contre la pauvreté et le renforcement des liens entre l'université et l'emploi.

C'est à une tâche difficile que le Premier ministre s'attaquait ce matin. Intervenant au cours de sa conférence de presse mensuelle, il lui fallait tenter de reprendre le dessus après la crise profonde dans laquelle se trouve plongé son gouvernement avec l'affaire du Contrat Première Embauche. Crise dans laquelle Dominique de Villepin s'est retrouvé marginalisé, les parlementaires de l'UMP étant désormais chargés de trouver les bases d'une solution avec les syndicats.

Dominique de Villepin a souligné, au début de sa conférence de presse, la "situation difficile que traverse le pays". Intervenant en pleine crise du Contrat Première Embauche, le Premier ministre a affirmé que, à l'issue des discussions en cours avec les partenaires sociaux, le gouvernement prendra des décisions "sous l'autorité du président de la République". Mais dans l'immédiat, a-t-il souligné, "la priorité est à l'apaisement".

S'agissant du CPE lui-même, le chef du gouvernement a affirmé qu'il fallait désormais "laisser se dérouler le dialogue", un dialogue "sans aucun a priori, sans aucun tabou". Appelant chacun à "prendre ses responsabilités", il a appelé aux propositions. "A partir de là, nous verrons", a-t-il lancé.

Questions agacées

Sans surprise, après les déclarations du Premier ministre, la série de questions des journalistes, posées sur un ton pour le moins agacé, portait essentiellement sur le CPE. "Vous sentez-vous trahi par le ministre de l'Intérieur?", "Qui gouverne le pays?", "Avez-vous des regrets sur le CPE ?", "Que feriez-vous si la majorité vous contraignait à l'immobilisme?", "Est-ce la mort du CPE?", "Qu'en est-il de la réforme globale du contrat de travail que vous envisagiez pour le mois de juin?".

"Nous sommes dans une période de dialogue", a martelé le Premier ministre. En renonçant au CPE, "nous découragerions beaucoup de nos compatriotes", les pays voisins "ont su prendre des décisions difficiles", a-t-il plaidé. Tout en veillant à ne pas décourager l'amorce de dialogue entamé avec les syndicats. "Nous sommes prêts à examiner toutes les solutions qui seront posées sur la table" et "il faut se garder de conclusions hâtives", a déclaré Dominique de Villepin.

En tout état de cause, le Premier ministre a réfuté toute perspective de démission. Il veut mener "jusqu'au bout" sa mission de la "bataille pour l'emploi", a-t-il affirmé.

De leur côté, syndicats et étudiants ne sont pas prêts à abdiquer. Cet après-midi, à l'issue de rencontres avec les parlementaires UMP au Sénat, le président du syndicat lycéen UNL Karl Stoeckel a appelé les lycéens à "maintenir la pression", comme l'avait fait quelques instants auparavant le président du syndicat étudiant Unef, Bruno Julliard.

Entendus hier par les parlementaires, les syndicats maintiennent pour leur part leur demande de vote d'une loi d'abrogation avant le 17 avril, date des vacances parlementaires. Le secrétaire confédéral de la CGT Jean-Christophe Le Duigou, s'est refusé à commenter les propos tenus par Dominique de Villepin ce matin, estimant qu'il n'y avait "rien de nouveau" au sujet du CPE. Plus radical, le secrétaire général de FO, Jean-Claude Mailly, a jugé Dominique de Villepin, "hors du temps et du réel" sur le CPE, et il a estimé que le fait d'évoquer la flexibilité relevait de la "provocation".

Réduire les abus pour les stages et les CDD

Dans sa conférence, le chef du gouvernement a défini plusieurs priorités dans la lutte contre le chômage des jeunes. En premier lieu, il importe de renforcer la formation, avec notamment la mise en place d'un an de formation pour les apprentis juniors. Le gouvernement veut également développer l'accompagnement personnalisé des jeunes demandeurs d'emploi. Dominique de Villepin a ainsi fixé l'objectif de passer de 1 agent de l'ANPE pour 25 jeunes à 1 agent pour 15 jeunes. Enfin, le Premier ministre entend "réduire les abus en matière de stages et de CDD".

La première leçon à tirer de la crise actuelle, a-t-il lancé, c'est que "nous nous sommes attaqué au coeur des blocages de la société française: le chômage des jeunes". Ce problème "a été enfin ouvert, il ne pourra pas être refermé", a-t-il ajouté.

Deuxième leçon : esquissant une autocritique, Dominique de Villepin a reconnu qu'il avait voulu "aller vite", mais cela "parce que je veux des résultats". Reste que, au-delà des réactions de rejet du CPE, une question demeure posée: "les partenaires sociaux sont-ils prêts à reconnaître que la flexibilité est un moyen de redonner du travail à tous? Sont-ils prêts à mettre en oeuvre les moyens d'organiser cette flexibilité? Je le souhaite", a affirmé le chef du gouvernement.

Le Premier ministre estime qu'un autre enseignement de la crise est qu'il faut "donner à ceux qui sont les plus désarmés les moyens de démarrer dans la vie". Et le chef du gouvernement d'évoquer diverses pistes: l'offre de formations rémunérées, la prise en charge complète du salarié licencié pour motifs économiques... Dernière leçon "plus politique" tirée par Dominique de Villepin: la majorité a "montré qu'elle est unie, a-t-il estimé, et qu'elle refuse toute forme d'immobilisme".

Trois chantiers

Dans ce contexte, le chef du gouvernement a annoncé l'ouverture de trois chantiers. Le premier porte sur la sécurisation des parcours professionnels. Il s'agit, selon lui, de "permettre à tous les salariés d'avoir une vie professionnelle stable". Cela fera l'objet de discussions avec les partenaires sociaux.

Deuxième chantier: la lutte contre la pauvreté et l'exclusion. Pour Dominique de Villepin, il importe de se donner les moyens de "tirer les plus démunis vers le retour à l'emploi". Il faut donc ouvrir une "concertation approfondie sur les conditions d'insertion dans le monde du travail pour les bénéficiaires des minimas sociaux", lancer des expérimentations en la matière dans les départements, oeuvrer pour le logement durable...

Le dernier chantier, enfin, consiste à "renforcer les liens entre l'université et l'emploi". Le gouvernement va donc ouvrir dans les prochains jours un grand débat sur des thèmes comme la professionnalisation des études, l'apprentissage, le développement de l'alternance... Le Premier ministre veut notamment assurer des "conditions de travail décentes" dans les universités et améliorer "l'aide apportée aux étudiants dans leur vie quotidienne". Il s'agit, a-t-il affirmé, de "les aider à se concentrer sur l'essentiel, leurs examens". Dès lors, le chef du gouvernement veut lancer un "travail approfondi sur les conditions de vie étudiantes".

Dominique de Villepin s'est enfin efforcé de remonter le moral de ses concitoyens. La France, a-t-il lancé, "a tous les atouts pour réussir". La croissance est désormais "sur un rythme supérieur à 2%", a-t-il affirmé, l'endettement est sous contrôle... Et le Premier ministre n'a pas hésité à se féliciter de la constitution de "groupes d'envergure internationale" autour d'entreprises françaises, citant Alcatel-Lucent et Suez-GDF...

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