L'horreur est humaine

Dans Kaboul aux mains des talibans, deux femmes sont sous l'emprise d'un mari brutal et d'un pays en guerre. Leur destin, à priori contradictoire, les oblige à s'unir. Un roman fort, poignant, bouleversant.

Son remarquable premier livre, "Les cerfs volants de Kaboul", huit millions d'exemplaires dans le monde, est l'objet d'un film qui sortira sur nos écrans le 19 décembre. Il raconte, avec des mots justes, l'histoire de deux frères de lait, l'un riche, l'autre pauvre, qui grandissent dans un Afghanistan ravagé par la guerre. Le premier commet un acte ignoble et se réfugie aux Etats-Unis puis retourne se racheter via les talibans au Pakistan. Cette chronique a connu un succès mondial, justifié par son écriture et son humanisme.

Cette fois, Kahled Hosseini, écrivain de Kaboul aujourd'hui réfugié aux Etats-Unis, narre l'épopée chaotique de deux filles soumises aux strictes lois afghanes et aux atroces moeurs d'un mari brutal. Il y a Mariam, fille illégitime d'un riche marchand, mariée de force à Rashid le cordonnier, rustre de trente ans son aîné qui n'a pu lui donner le fils tant souhaité. Et la jeune - quatorze ans - seconde épouse, Lila, orpheline enceinte d'un amour apparemment décédé sous les bombes à la frontière pakistanaise, qui n'a d'autre choix que de se soumettre à la bestialité de Rashid. L'union devant la misogynie faisant la force féminine, les deux héroïnes se lient d'une amitié au dessus de toutes les péripéties, surtout les plus sordides.

Racontée ainsi, l'histoire pourrait se limiter à un mélo à la limite de la caricature, d'autant que la dramatisation des situations se fait crescendo. Mais grâce à son style, sobre (même si certains chapitres comportent quelques longueurs) et jamais larmoyant, l'auteur dresse une fabuleuse fresque attachante d'émotions, faisant de ce roman un des soutiens les plus marquants de la cause des femmes soumises à la violence. Et pas seulement en Orient: en France, faut il le rappeler, tous les trois jours, une femme meurt sous les coups de son compagnon.


"Mille soleils splendides" de Khaled Hosseini, traduit par Valérie Bourgeois, Belfond, 406 pages, 21 euros.
Du même auteur, "Les cerfs volants de Kaboul", édition de poche 10/18

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