Regain de tension autour des activités atomiques iraniennes

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Alors que l'Iran refuse toujours de suspendre ses activités d'enrichissement d'uranium, conformément aux résolutions de l'ONU, Mohamed ElBaradeï, directeur général de l'AIEA, estime que Téhéran est en mesure de posséder l'arme nucléaire dans un délai de trois à huit ans. Les Etats-Unis menacent de nouvelles sanctions.

Téhéran persiste et signe ! Le président Mahmoud Ahmadinejad a exclu ce jeudi toute suspension du programme nucléaire iranien, malgré les menaces de nouvelles sanctions des Nations-Unies pour l'y contraindre. "Si nous arrêtons même pour un instant, (les ennemis) auront atteint leur but", a dit le président devant des commandants du corps d'élite des Gardiens de la révolution.

Le président iranien a adopté un ton combatif pour rejeter une telle éventualité. Selon lui, "l'objectif des ennemis de priver (l'Iran) de l'utilisation de la technologie nucléaire pacifique" découle de leur "volonté de couper les racines et les principes du régime" de la République islamique.

De son côté, Mohamed ElBaradeï, directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), a estimé ce jeudi à Luxembourg que l'Iran serait en mesure de se doter de l'arme atomique dans un délai de "trois à huit ans" si elle le décide. Faisant état d'un risque accru de confrontation majeure entre les pays occidentaux et l'Iran, ElBaradeï a en outre appelé les parties concernées à reprendre dès que possible les négociations visant à trouver un compromis sur le programme nucléaire iranien.

"Sur la foi de nos analyses, je tendrais à être d'accord avec des gens comme John Negroponte ou le nouveau directeur de la CIA, qui disent que même si l'Iran voulait se doter de l'arme nucléaire, ça lui serait impossible avant la fin de la décennie ou le milieu de la décennie prochaine. En d'autres termes: entre trois et huit ans", a détaillé ElBaradeï.

Mohamed ElBaradei avait déjà constaté mercredi dans un rapport que Téhéran avait refusé de suspendre ses activités nucléaires sensibles, comme l'exigeait le Conseil de sécurité des Nations-Unies. L'AIEA a aussi souligné que l'Iran se refusait toujours à éclaircir des zones d'ombre de son programme atomique, avait réduit sa communication d'informations sur ce dernier, et suspendu unilatéralement un accord de vérification du réacteur à eau lourde en construction à Arak.

Les réactions des capitales occidentales n'ont pas tardé, Washington dénonçant "l'attitude constante de défi" de Téhéran. L'ambassadeur américain à l'ONU, Zalmay Khalilzad, a même jugé nécessaire "d'envisager des pressions supplémentaires". Paris a pris la relève jeudi par la voix du chef de sa diplomatie, Bernard Kouchner, qui a souhaité que "nous puissions adopter rapidement de nouvelles sanctions" si Téhéran ne suspendait pas ses activités d'enrichissement.

Aux termes de la résolution 1747, adoptée le 24 mars, l'Iran avait jusqu'au 23 mai à minuit pour satisfaire cette exigence. Des discussions substantielles sur de nouvelles sanctions devront néanmoins attendre le résultat de la rencontre prévue le 31 mai entre le principal négociateur du nucléaire iranien, Ali Larijani, et le Haut représentant pour la diplomatie de l'Union européenne, Javier Solana. Une précédente rencontre en avril n'avait débouché sur aucun résultat concret, si ce n'est la décision de poursuivre les discussions.

Javier Solana devrait remettre sur la table une offre du groupe "5+1" (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU : Chine, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie, plus l'Allemagne) pour une coopération élargie avec l'Iran en échange d'une suspension de son programme d'enrichissement. Cette offre avait été rejetée par l'Iran à l'été dernier, et une série d'entretiens Larijani-Solana sur ce sujet s'était soldée par un constat d'échec.

Le numéro trois du département d'Etat américain, Nicholas Burns, a estimé mercredi qu'un nouveau refus de Téhéran "poussera les Etats-Unis et leurs partenaires à de nouvelles sanctions". La République islamique est déjà sous le coup de deux séries de mesures (résolutions 1737 et 1747) visant ses programmes balistique et nucléaire.

Le regain de tension intervient alors que les porte-avions américains USS John C. Stennis et USS Nimitz sont entrés mercredi dans les eaux du Golfe, soit le plus grand déploiement militaire américain depuis 2003. L'armée américaine a toutefois assuré que cette démonstration de force n'était "pas liée à la situation dans la région".

Le président Ahmadinejad n'en a pas moins assuré que l'Iran n'avait "pas peur de la guerre psychologique des ennemis". Le ministre israélien des Transports, Shaul Mofaz, membre du cabinet de sécurité, a estimé qu'en cas d'échec des pressions, "toutes les options sont ouvertes et possibles".

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