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Une interview de Jacques Attali à La Tribune: "Il faut un véritable statut du chercheur d'emploi"

La Tribune

Publié le 14 novembre 2007 à 04:20 - Mis à jour le 23 octobre 2008 à 17:49

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18 juillet 2026

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La commission sur la libération de la croissance française, nommée par Nicolas Sarkozy pour proposer des réformes économiques et sociales structurelles, à l'instar du rapport Rueff-Armand de 1958, doit présenter son rapport final début janvier. Pour trouver les points de croissance qu'il nous manque, elle formulera une dizaine de propositions-choc et très précises dont le gouvernement devrait s'inspirer pour son projet de loi de modernisation de l'économie qu'il présentera au printemps 2008. D'ores et...

La Tribune. Après le pouvoir d'achat, la commission que vous présidez se penche sur les réformes du marché du travail. Ne risquez-vous pas de perturber la négociation en cours entre les partenaires sociaux ?

Jacques Attali. Nous avançons indépendamment de ces négociations et n'avons pas encore rendu de conclusions sur ce point particulier. Ce que nous souhaitons, c'est replacer la question, essentielle, de la réforme du marché du travail dans le cadre d'un équilibre global entre ce qui relève de la loi et ce qui relève du contrat. Il s'agit de donner plus de poids à la négociation collective, mais pour cela avoir des syndicats plus représentatifs, ce qui suppose d'en réformer le mode de désignation et le financement. Nous travaillons sur la piste d'un financement public, à l'instar des partis politiques.

Deuxièmement, nous voulons donner un statut au chercheur d'emploi, terme que nous préférons à celui de demandeur d'emploi. Il faut qu'il ait un revenu et un véritable contrat, assimilable à un contrat de travail, et qu'il puisse bénéficier du plein soutien du service public de l'emploi. Pour aider vraiment le chômeur, il faudra aussi réformer en profondeur la formation permanente. Dans ces conditions, on peut alors envisager, simultanément, de donner aux employeurs une plus grande flexibilité, en rendant plus facile la rupture du contrat de travail, sous la forme d'une séparation d'un commun accord. Il faut aussi donner une plus forte incitation à la mobilité géographique: on peut très bien imaginer une indemnisation spécifique en cas de délocalisation, de l'ordre de six mois de salaire.

Cela ne suppose-t-il pas de fluidifier aussi le marché du logement ?

Evidemment, si l'ont veut plus de flexibilité en matière d'embauche, il faut que les gens puissent retrouver facilement un nouveau logement. D'où notre proposition fondamentale d'une bourse Internet du logement social, ce qui est actuellement illégal. Nous demandons aussi la suppression des droits de mutation à titre onéreux, que l'on appelle improprement les "frais de notaires".

Quelles mesures souhaitez vous pour favoriser l'emploi ?

Il n'est pas démontré que le seuil des 50 salariés soit pénalisant pour l'emploi. Le vrai frein est plutôt à partir de 250 salariés, lorsque se pose la question du développement de l'entreprise. Ce qui est sûr, c'est qu'il y a trop de seuils. Si on pouvait les regrouper, les simplifier, ce serait mieux.

Soutenir l'emploi personnel est une autre piste essentielle. Il est moins coûteux d'aider les chômeurs à créer leur propre entreprise plutôt que de dépenser des sommes considérables pour leur faire réintégrer le salariat. On estime à 3.000 euros le coût de l'accompagnement d'un créateur d'entreprise pour qu'il réalise son projet. Il y a des gisements d'emplois énormes dans la micro-entreprise et les services à la personne et on peut encore amplifier massivement ce qui a été initié par Jean-Louis Borloo dans ce domaine, à condition d'en améliorer la fiscalité.

Quelle est votre position à l'égard de l'immigration ?

Il faut mettre en oeuvre une véritable politique de l'immigration pour résoudre les problèmes de main d'oeuvre dans certains secteurs clés comme le bâtiment, l'industrie lourde, l'hôtellerie-restauration. Il faut notamment augmenter l'attribution de visas en les attribuant plus facilement aux étrangers venant pour raisons professionnelles et permettre l'accès au droit du travail à tout étranger disposant d'une autorisation de séjour, et réciproquement.

Est-ce que vous demandez aux pouvoirs publics de revoir la politique de régularisation ?

Oui et même plus que cela. La France a besoin d'immigration, et elle doit mettre en place les moyens d'intégration nécessaires. Il faut s'ouvrir aux travailleurs d'Europe de l'Est, aux chinois, aux pays d'Afrique. De plus sans cela, toutes nos belles discussions sur le financement des retraites n'auront pas de sens.

Sur quelles autres pistes travaillez-vous ?

Les Français ne travaillent pas assez dans l'année mais également au cours de leur vie. On pourrait imaginer de laisser le libre choix de l'âge de la retraite une fois acquise la durée minimale de cotisation., De même, il faut repenser l'intégration des plus jeunes sur le marché de l'emploi, revaloriser l'apprentissage qui doit être valorisé par un diplôme de haut niveau, et au moins doubler, voire tripler le budget des universités pour avoir des campus dignes de notre pays. On ne peut rien demander aux étudiants avant de se conduire dignement avec eux.

Quel jugement portez-vous sur les turbulences actuelles dans les universités ?

Il faut que les universités aient plus de moyens financiers pour accueillir les étudiants dans de bonnes conditions et assurer des cours et des formations de qualité en adéquation avec les exigences du marché du travail. Qui peut décemment penser que les 86 universités recensées en France peuvent remplir ces objectifs ? Ce n'est pas par hasard si nos voisins allemands et anglais ont décidé de concentrer leurs efforts sur une dizaine de grandes universités.

Mais dans le même temps, il faut avoir un processus d'admissibilité, d'accompagnement et d'orientation des étudiants dès le secondaire beaucoup plus fort. La collectivité ne peut pas continuer à financer consciemment de futurs chômeurs qui choisissent des filières sans débouchés.

La loi sur l'autonomie des universités va dans le bon sens, mais elle n'est pas assez audacieuse sur le renforcement du pouvoir des présidents, les relations avec la recherche et l'innovation privée et sur l'évaluation. Il y a un équilibre à trouver entre justice et liberté: d'un côté, il faut beaucoup plus de moyens pour les bourses universitaires et le logement étudiant, pour assurer l'égalité des chances; et de l'autre, il faut plus de liberté pour recruter les professeurs, rémunérer les chercheurs, choisir et orienter les étudiant.

Parallèlement, il faut résoudre nos problèmes de mobilité sociale. Il faut repérer beaucoup plus tôt les meilleurs élèves dans les banlieues, si possible dès la sixième, les aider par des politiques de tutorat massif - pourquoi pas via un nouveau service civique? -, augmenter la taille de nos grandes écoles, multiplier les passerelles entre l'université et les grandes écoles.

Nous étudions d'autres pistes pour améliorer la formation des étudiants, notamment l'exemple néo-zélandais où en échange de la gratuité des études, les étudiants contractent une dette vis-à-vis de l'Etat qu'ils remboursent dans le temps, soit sous la forme monétaire, soit en effectuant un service civique. Ce système aurait le double avantage de réduire la dette de l'Etat et de favoriser l'orientation des étudiants vers des formations plus adaptées aux besoins du marché du travail. Il n'est possible que si les universités fournissent un service de qualité. C'est loin d'être le cas.

Où en sont vos travaux sur la question sensible des professions réglementées (taxis, pharmaciens, notaires) ?

Ce n'est pas pour nous le plus important: le vrai gisement de croissance n'est pas là, il est dans l'innovation, le lien entre université, recherche, entreprise et diffusion de l'innovation dans la société. Nous traiterons le sujet des professions réglementées, s'il y a des réformes utiles pour l'emploi. Par exemple, la profession de taxi n'est pas une rente: la rente est beaucoup plus dans le foncier des grandes surfaces, dans le cartel hôtelier, dans les profits bancaires ou dans le déséquilibre actuel du partage entre salaires et profits.

La Tribune

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