L'engouement des Français pour la randonnée génère un business florissant

Le salon de la randonnée se tient ce week-end à Paris, Porte de Versailles. Succès garanti car l'activité est dans le vent. Depuis quelques années, on assiste à une explosion du nombre de ses pratiquants. Finie l'image un peu ringarde: bâton rustique, lacets rouges et knickers. La rando se veut branchée, actuelle, et surtout... lucrative. Car si son image écolo, tendance baba cool, lui colle aux semelles, elle est à l'origine d'un marché solide.

Le salon de la randonnée se tient ce week-end à Paris, Porte Versailles, en partenariat avec Radio Classique. Une activité en pleine boom actuellement.

De fait, de la découverte au respect de la nature et des habitants en passant par l'humilité, les différentes agences de voyages spécialisées dans la randonnée affichent clairement leurs valeurs. Participer à un trek, la version sportive d'une rando, ou même à un "circuit découverte", c'est adhérer à une certaine vision du voyage. Exit, donc, les tarladirladada des hôtels-clubs, les piscines géantes et les buffets à volonté. En rando, on mange frugalement et on dort à la dure, question de philosophie.

Pour autant, ces vacances "zéro confort" demandent d'avoir des revenus... confortables, eux. Compter 2.190 euros à deux pour découvrir les dunes de Merzouga (Maroc) pendant une semaine à la Toussaint. Autant que pour se dorer au bord de la piscine d'un quatre étoiles de Marrakech pendant sept jours. Et pour un trek de deux semaines sur les pentes du Piton de la Fournaise, à la Réunion, le tarif est plus élevé qu'un séjour dans un hôtel de luxe au bord de l'océan Indien: 5.100 euros pour l'aventure, 4.837 euros pour le sable fin. Economique la rando?

Ce sport a surtout l'avantage d'être modulable. Si les séjours au bout du monde sont effectivement onéreux, la grande promenade sur les sentiers du coin, elle, revient au prix d'une baguette, de quelques tranches de jambon et d'un peu de muscles dans les jambes. Sur les presque 200.000 licenciés que compte cette association, Thierry Lesselier, de la fédération française de randonnée estime que seuls 15% pratiquent leur passion à l'étranger. Pour l'immense majorité des pratiquants, la randonnée est un sport de proximité.

Le nombre de licenciés augmente d'environ 20.000 par an, d'après la FFR. Les "seniors", papy boom oblige, sont en général en borne forme physique et constituent une part importante des randonneurs. Mais le public se "rajeunit" précise Thierry Lesselier, "il y a un effet 35 heures qui dope les demandes pour les promenades et les randonnées courtes, d'une seule journée".

La FFR s'est donc adaptée à ces nouveaux randonneurs et a édité 260 "topoguides", déjà vendus à 350.000 exemplaires. Chaque année, ces "guides du routard" de la marche dégagent un chiffre d'affaires de 3 millions d'euros environ.

Mais il est un autre secteur qui bénéficie à plein de cet engouement pour la randonnée. C'est celui de l'équipement. Car si cette activité ne nécessite pas, du moins dans sa forme la plus simple, un équipement particulièrement important, un minimum est tout de même indispensable.

Un résultat "en dessous de la norme, mais suffisant"

Chez Andaska, un spécialiste du matériel d'activités d'extérieur, le rayon randonnée représente 25% de son chiffre d'affaires. La marque possède également une agence de voyages, dont 15% du chiffre d'affaires provient des treks et des randonnées. Depuis quelques années, Andaska note un rajeunissement de sa clientèle et une évolution de sa demande vers des produits "multiactivités".

Même constat pour Ludovic de Rorthays, directeur général du "Vieux Campeur" : à la place des chaussures à haute tiges, "les clients recherchent des modèles qu'ils peuvent porter pour aller en forêt de Fontainebleau comme pour faire leur marché".

L'enseigne mythique du quartier Latin s'est donc adaptée à ces "randonneurs du dimanche", qui représentent 40% de sa clientèle, sans perdre de vue ce qui a fait sa réputation: des produits ultra spécialisés pour des amateurs très éclairés. Ces derniers sont des "purs et durs" selon Ludovic de Rorthays, qui restent fidèles à l'enseigne.

Toutefois, le jeune directeur note un tassement de l'engouement des Français pour la rando. Sans que cela ne le dérange: "la randonnée a eu son effet de mode, et beaucoup d'enseignes s'y sont mis. Mais maintenant que la mode est un peu passée, elles s'en désintéressent, et nous on récupère le noyau dur".

Pour le petit-fils du fondateur du Vieux Campeur, c'est mathématique: moins il existe de boutiques consacrées à la randonnée, plus les gens viennent chez lui, et plus il augmente son chiffre d'affaires. Pour l'exercice septembre 2005/septembre 2006, le Vieux Campeur a réalisé 94 millions d'euros de chiffre d'affaires, en hausse de 9%. En revanche, son résultat net est plus modeste: 1,2 million d'euros, stable par rapport à l'exercice précédent.

Le Vieux Campeur a adopté le vieil adage: chi va piano, va sano; chi va sano va lontano (qui va doucement, va sûrement; qui va sûrement, va loin). Et ça semble lui réussir: l'enseigne distille ses réchauds à alcool et ses quarts de fer blanc depuis 1944.

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