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Les syndicats d'Alitalia plutôt favorables à une offre d'Air France

La Tribune

Publié le 30 janvier 2007 à 11:20 - Mis à jour le 23 octobre 2008 à 18:25

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Les candidats à la reprise de la compagnie aérienne nationale italienne Alitalia devront déposer d'ici ce lundi soir 18 heures auprès de la banque d'affaires Merrill Lynch représentant l'Etat italien leur "manifestation d'intérêt". Principal actionnaire d'Alitalia avec 49,9% du capital, le gouvernement italien entend vendre ses parts et a organisé un appel d'offres pour céder le contrôle de la compagnie aérienne en grande difficulté financière. Dans une interview à La Tribune, Claudio Claudiani,...

Dans un communiqué à l'autorité boursière italienne, la Consob, envoyé dimanche soir , Alitalia a estimé sa perte de l'an dernier à "environ 380 millions d'euros" et son endettement à 1,026 milliard d'euros. Alitalia est actuellement valorisée en Bourse 1,491 milliard d'euros.

Plusieurs noms de candidats à la reprise circulent depuis plusieurs semaines comme le fonds d'investissement M&C Management & Capitali incluant les hommes d'affaires Carlo De Benedetti, Diego Della Valle (propriétaire notamment de Tod's) et la banque d'affaires américaine Goldman Sachs, ou la compagnie aérienne italienne Air One ainsi que le fonds d'investissement américain Texas Pacific Group. Les candidats doivent racheter au moins 30,1% d'Alitalia ce qui les obligera, selon la législation italienne, à lancer ensuite une OPA sur l'ensemble du capital.

Les syndicats joueront un rôle décisif dans la réussite d'un rachat de la compagnie aérienne nationale. Ces dernières années, plusieurs grèves ont paralysé Alitalia, les relations étant particulièrement tendues entre les diverses organisations syndicales et la direction.

Dans un entretien à La Tribune, Claudio Claudiani, secrétaire général d'un des principaux syndicats de la compagnie (Fit-CSIL), fait le point à la veille du dépôt des offres pour la reprise d'Alitalia et avant la rencontre jeudi prochain 1er février entre les organisations syndicales et les ministres de l'Economie et des Finances, Tommaso Padoa-Schioppa, et des Transports, Alessandro Bianchi à propos de la compagnie aérienne nationale. La Fit-CISL compte 2.500 adhérents parmi les 11.758 salariés du personnel de vol et de terre d'Alitalia et de 9.500 adhérents dans l'ensemble du secteur aérien italien.

La Tribune.- Qu'attendez-vous de votre sommet de jeudi prochain sur Alitalia avec le gouvernement ?

Claudio Claudiani.- Nous attendons que les accords jadis stipulés soient confirmés et qu'un parcours de contrôle du processus de privatisation d'Alitalia soit défini, associant les représentants des salariés.

A quels accords faites-vous référence ?

A l'engagement qu'Alitalia Fly maintienne son contrôle de 50,1 % d'Alitalia Service [les activités de maintenance de la compagnie, filialisées en 2005 dans la société Alitalia Service, dont l'Etat italien détient 49,36 % du capital via Fintecna, NDLR].

Selon vous la vente d'Alitalia doit obéir à certains critères ?

Sans en être déjà au stade du plan industriel des candidats au rachat, il y a déjà des critères dans l'appel d'offres du gouvernement comme le maintien du profil et de l'identité nationale d'Alitalia. Nous souhaiterions aussi un autre critère : que l'acquéreur ait un profil industriel et pas seulement financier.

Dans le secteur aérien mondialisé, une compagnie aérienne ne peut se maintenir sans être un opérateur industriel. Dans ce dossier, la finance est importante mais pas décisive.

Avez-vous déjà rencontré des candidats à la reprise de la compagnie ?

Non, pas encore. Il n'y a eu que des pourparlers techniques avec un opérateur. Ces rencontres seront possibles dès que les manifestations d'intérêt auront été formalisées par des repreneurs. La procédure devrait se conclure au plus tôt en avril-mai, ce n'est qui n'est certes pas très rapide l'entreprise étant dans une situation de régression avec le risque que la situation s'aggrave.

Pensez-vous qu'il y aura beaucoup d'offres présentées lundi soir pour racheter Alitalia ?

Je pense qu'il y aura de nombreuses offres significatives tant d'un point de vue de leur contenu que de leur sérieux. Sinon ce serait inquiétant.

Un rachat d'Alitalia par Air France a été plusieurs fois rejeté ces dernières semaines par de nombreux responsables politiques et syndicaux italiens...

Nous n'avons pas d'a priori contre une offre d'Air France. Nous serions seulement inquiets si Alitalia était simplement phagocytée et reléguée à un rôle marginal de seule compagnie pour le territoire italien, privée des investissements nécessaires pour renforcer sa flotte, son réseau et ses liaisons intercontinentales.

Nous craignons qu'Air France veuille seulement tirer vers ses propres hubs [Roissy, NDLR] le marché italien. Avec Alitalia, Air France pourrait au contraire développer une très forte intégration industrielle en termes de réseau, des lignes commerciales mais aussi de maintenance, cette dernière devant être maintenue à l'aéroport de Rome-Fiumicino. Mais il ne peut s'agir de la part d'Air France d'une annexion violente d'Alitalia

Les modalités du rachat de la compagnie néerlandaise KLM par Air France vous semble un exemple à suivre?

C'est en effet un bon exemple mais cela a été négocié par Air France avec le gouvernement néerlandais et a prévu une sorte de traitement entre égaux même si la gestion a été confiée à Air France. En plus du 1,5 milliard d'euros à débourser pour acquérir Alitalia, le repreneur devrait investir au moins autant pour renforcer la flotte d'Alitalia. La question est de savoir si Air France a l'intention de développer un groupe intégré Air France-KLM-Alitalia ou seulement acquérir le marché aérien italien contrôlé par Alitalia

En tant que syndicat il y-a-t-il des conditions auxquelles vous ne pourriez renoncer ?

A la suite de la réorganisation d'Alitalia déjà réalisée, il n'est plus possible de réduire plus avant le personnel. Nous sommes en revanche tout à fait disposés pour une meilleure efficience et productivité. Comparé à des concurrents comme Air France et Lufthansa, le coût du travail chez Alitalia est déjà un des plus compétitifs.

Alitalia peut-elle survivre sans un partenaire puissant issu du secteur aérien, à l'instar d'Air France ou Lufthansa ? Ou bien une fusion entre Alitalia et une autre compagnie italienne comme Air One ou Meridiana peut suffire à assurer sa survie ?

Fusionner deux compagnies aériennes italiennes peut être un premier pas. Mais une alliance industrielle avec une compagnie mondiale comme Lufthansa ou Air France est absolument nécessaire, surtout dans l'actuelle phase de concentration des compagnies. Seule, Alitalia ne peut s'en sortir.

Ces derniers mois, de nombreuses grèves ont paralysé Alitalia. De nouveaux débrayages sont possibles même avec un nouveau propriétaire ?

Nous nous ne misons pas sur les grèves et préférons des relations claires entre le personnel et la compagnie. Les conflits de ces derniers mois sont dûs à l'absence de dialogue social et à une gestion monocratique et unilatérale d'Alitalia.

Pouvez-vous proposer une trêve "sociale" à un repreneur ?

Cela dépendra de ses objectifs et de ses comportements. Nous ne sommes pas en faveur de la grève pour la grève: c'est l'ultime instrument à utiliser pour corriger une situation. Nous sommes pour la négociation sur des objectifs partagés et la conciliation s'il y a des divergences.

L'actuel administrateur délégué d'Alitalia, Giancarlo Cimolli, doit-il quitter son poste ?

Quand des phases nouvelles commencent, le neuf doit remplacer l'ancien, la direction étant évaluée selon les objectifs atteints. Mais ce n'est pas le syndicat qui choisit le sommet de l'entreprise

Beaucoup estiment qu'Alitalia ne peut plus se permettre deux "hubs", ie deux aéroports de référence comme actuellement avec Milan-Malpensa et Rome-Fiumicino...

Les deux hubs existants doivent être maintenus. Fiumicino est organisé vers le trafic de la Méditerranée, du Moyen-orient et de l'Asie. Malpensa doit avoir sa spécialisation, des investissements en infrastructures doivent soutenir sa croissance

Selon vous, que faut-il faire pour éviter à Alitalia les erreurs du passé ?

Alitalia doit devenir imperméable à la politique et bénéficier d'un système aérien national aussi favorable que celui qui a aidé Lufthansa et Air France sur leurs marchés nationaux. Et Alitalia doit pouvoir investir pour sa croissance.

La Tribune

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