Mutations à la tête des télécoms britanniques

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En un mois, deux patrons emblématiques ont annoncé leur départ : Ben Verwaayen chez BT et Arun Sarin chez Vodafone. Tous les deux étrangers, ils laissent un héritage important dans une industrie en mutation.

Et de deux. Avec le départ annoncé d'Arun Sarin de Vodafone en juillet, l'industrie des télécoms en Grande Bretagne perd son deuxième poids lourd, après la défection de Ben Verwaayen, qui a annoncé en avril qu'il quitterait BT Group (ex British Telecom) le 31 mai.

L'un et l'autre ont façonné le paysage des télécoms britannique. Le Hollandais Ben Verwaayen a pris la direction de BT en 2002, alors que l'ancien monopole souffrait d'une crise de stratégies. Privé de téléphonie mobile (vendue pour faire face à ses dettes), avec un business domestique menacé par les nouveaux entrants, qu'une régulation libérale allait favoriser, BT devait redéfinir son horizon.

Son nouveau patron a trouvé le salut dans les nouveaux services aux entreprises multisites, c'est-à-dire à ces entreprises, multinationales petites ou grandes, qui ont des opérations dans différents coins du monde. Plutôt que de s'appuyer à chaque fois su un opérateur local, ces compagnies ont besoin de s'adosser le plus souvent sur un opérateur télécom unique, qui mettent en réseau leurs systèmes et qui leur fournissent des solutions cohérentes sous toutes les latitudes.

C'est ainsi que BT Group, dont la division Global Services est dirigée aujourd'hui par le Français François Barrault, compte parmi ses clients Reuters et Unilever, jusqu'aux organisations telles que l'OTAN, la police néerlandaise ou certains Lander allemands. Même si les marges et la rentabilité de Global Services n'est pas encore excellente, néanmoins la compagnie investit ici sur le long terme, alors même qu'elle essaye aussi de rénover son réseau en Grande Bretagne afin de maintenir une part de marché intéressante et profitable dans l'Internet à haut débit sur son marché domestique.

Dans le cas de Vodafone, l'américain d'origine indienne Arun Sarin a réussi un pari différent. Il a hérité d'une compagnie qui s'était énormément épanouie sous la direction de son prédécesseur, le légendaire Chris Gent. Celui-ci avait transformé entre la fin des années '90 et le début des années 2000 une petite start-up britannique en un leader mondial de la téléphonie mobile, avec plus de 100 millions de clients de par le monde quand il a quitté la direction, en 2003 (ils sont 260 millions aujourd'hui).

Dans cette expansion sans pareils dans le secteur, Chris Gent fut notamment l'architecte de l'acquisition pour 200 milliards d'euros de l'allemand Mannesmann, une des plus importantes opérations de fusions et acquisitions de l'histoire récente. Mais Arun Sarin, lui-même issu de Air Touch, une filiale américaine rachetée par Vodafone, s'est vite retrouvé coincé entre la vieille garde qui souhaitait maintenir le statu quo et les actionnaires, qui voulaient finalement monétiser leurs investissements et mettre fin à la période d'expansion.

Arun Sarin a failli être emporté dans la vague et a risqué le licenciement en 2005-2006, d'autant plus que la saturation des marchés européens avait commencé à entamer sérieusement les marges de l'opérateur. Son mérite est d'avoir tenu bon et d'avoir su redéfinir à temps une stratégie alternative. Celle-ci repose sur l'abandon du tout mobile et sur l'investissement dans les services liées à l'Internet ou aux loisirs, ainsi que sur une expansion convaincue dans les marchés émergents (Inde et Turquie surtout, mais aussi Chine, Afrique du Sud et Europe del'Est) au détriment de certains pays plus mûrs et difficiles (après de longues hésitations, Vodafone est notamment sorti du Japon).

Résultat : Arun Sarin quitte aujourd'hui le groupe sur une bonne note, salué par les marchés comme le sauveur de Vodafone, celui qui a consolidé et recadréVodafone après les années folles du bâtisseur e Chris Gent. Sans surprise, les successeurs désignés de Ben Verwaayen et d'Arun Sarin - respectivement l'Ecossais Ian Livingston chez BT et l'Italien Vittorio Colao chez Vodafone - ont aussitôt affirmé qu'ils continueraient chacun, à des nuances près, les stratégies du prédécesseur.

Au-delà des réalisations spécifiques, et des inévitables ratés, l'héritage que laissent les deux patrons sortant consiste à avoir inculqué à leur organisation l'esprit du changement, avec un projet et des méthodes cohérentes, dans une industrie télécoms en mutation rapide.

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