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Boycott des JO : Nicolas Sarkozy laisse "toutes les options ouvertes"

La Tribune

Publié le 26 mars 2008 à 05:20 - Mis à jour le 24 octobre 2008 à 18:51

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La polémique sur un éventuel boycott des Jeux olympiques de Pékin enfle de jour en jour. "Toutes les options sont ouvertes", a déclaré le président Nicolas Sarkozy ce mardi, interrogé en marge d'une visite à Tarbes (Hautes-Pyrénées).

"Toutes les options sont ouvertes, mais j'en appelle au sens de la responsabilité des dirigeants chinois", a commenté ce mardi le chef de l'Etat, sans toutefois préciser s'il s'agissait d'un boycott de la cérémonie d'ouverture ou de la totalité des jeux. "Je veux que le dialogue commence et je graduerai ma réponse en fonction de la réponse qui sera donnée par les autorités chinoises", a-t-il précisé. "Je pense que c'est comme cela qu'il faut réagir, si on veut obtenir des résultats", a encore déclaré le chef de l'Etat.

Le président ne pouvait rester muet sur ce sujet plus longtemps. En France, comme à l'étranger, la polémique sur la participation des nations aux JO, ou a minima sur le boycott de la cérémonie d'ouverture de la manifestation, tend à se radicaliser.

Dès sa descente d'avion à l'aéroport Charles de Gaulle, de retour de Grèce où RSF a perturbé la cérémonie d'allumage de la flamme olympique, le secrétaire général de Reporters sans frontières, Robert Ménard, a demandé à être reçu par Nicolas Sarkozy pour tenter de le convaincre de boycotter la cérémonie d'ouverture des jeux Olympiques de Pékin.

"La responsabilité est dans les mains des politiques. On n'appelle pas au boycott des sportifs, on demande à M.Sarkozy de dire que si la situation ne s'améliore pas au Tibet et en Chine, il ne sera pas présent le 8 août à la cérémonie d'ouverture des JO", a déclaré Robert Ménard.

Plus virulent le député Verts, Noël Mamère, a accusé le président Sarkozy et le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, de se "soumettre aux dictateurs chinois" sur le dossier du Tibet. "Nous avons affaire à des hommes qui, à la tête de l'Etat, renient leurs engagements, renoncent à leurs convictions", a-t-il déploré dans les couloirs de l'Assemblée en accusant le chef de l'Etat de tourner le dos à ses promesses alors qu'il avait assuré vouloir "se battre au nom de la France contre tous les tortionnaires et contre toutes les atteintes aux droits de l'homme".

"Il faut faire pression sur le gouvernement de Pékin, qui n'aime pas perdre la face et qui est en train de la perdre. Il ne faut surtout pas assister à la séance inaugurale (des Jeux olympiques), il faut pratiquer la politique de la chaise vide", a plaidé l'élu de Gironde.

Pour François Sauvadet, président du groupe Nouveau Centre à l'Assemblée nationale, "il faut poursuivre et accentuer les pressions internationales pour faire comprendre à la Chine qu'elle a une responsabilité majeure au niveau de la conception des droits de l'homme".

Son collègue des Verts, Yves Cochet, "regrette beaucoup" que "le gouvernement et notamment Bernard Kouchner disent qu'il y a une sorte de "realpolitik" qui doit s'appliquer". "J'attends du gouvernement une position beaucoup plus claire: est-ce que Sarkozy va aller ou pas (au JO) (...) S'il y a des horreurs qui se passent au Tibet, il ne faut pas aller aux Jeux Olympiques, tout simplement!".

Plus en rondeur, le député socialiste de la Nièvre, Gaëtan Gorce, estime qu' "il faut respecter la Chine, (et que) ça ne sert à rien d'humilier les Chinois". En revanche, ajoute-t-il, "le ministre des Affaires étrangères doit jouer pleinement son rôle plutôt que de s'excuser de ne pas intervenir". "Il faut que la diplomatie française se ressaisisse, ce n'est pas simplement à la secrétaire d'Etat aux droits de l'homme de jouer ce rôle", juge encore l'élu

A l'opposé, le patron des députés UMP, Jean-François Copé, a déclaré qu'il n'était "pas favorable à ce que l'on s'engage dans une logique de boycott des Jeux olympiques". "Je suis extrêmement choqué par les images que nous avons vues et ce qui s'est passé au Tibet. Mais, personnellement, et je prends mes responsabilités en le disant, je ne suis pas favorable à ce que l'on s'engage dans une logique de boycott des Jeux olympiques", a-t-il dit dans les couloirs de l'Assemblée.

"Parce qu'en réalité, boycotter les Jeux olympiques, c'est tout simplement détourner son regard alors même que nous sommes à un moment où le monde entier a les yeux fixés sur Pékin et sur la Chine et donc à un moment où l'on peut plus facilement dialoguer avec les autorités chinoises", a affirmé Jean-François Copé. Toujours selon lui, "c'est une période où on doit inviter les autorités chinoises, de manière très appuyée, à évoquer cette question" du Tibet.

Même tonalité du côté du président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer (UMP), qui s'est prononcé contre un boycott des JO de Pékin ou seulement de leur cérémonie d'ouverture, souhaitant que "la sérénité et la paix" reviennent au Tibet à travers "un dialogue politique". "Je ne pense pas que le boycott soit un moyen très efficace", a-t-il commenté sur France 2.

La polémique n'est pas que franco-française. En Allemagne, le porte-parole du gouvernement allemand, Thomas Steg, a appelé le gouvernement chinois et le Dalaï lama à un "dialogue direct" pour régler le conflit du Tibet, mais a désapprouvé l'idée d'un boycottage des jeux Olympiques. "Les Tibétains veulent préserver leur culture et la Chine a un intérêt à la stabilité et l'intégrité territoriale. Le gouvernement fédéral ne voit donc aucune alternative à un dialogue direct entre les deux parties", a-t-il déclaré.

"Nous considérons comme indispensable que le Tibet et le Dalaï lama d'un côté et le gouvernement de Pékin de l'autre se rapprochent", a poursuivi Thomas Steg, lors d'une conférence de presse. Pékin a fait la sourde oreille aux appels au dialogue, continuant mardi d'accuser la "clique du Dalaï lama" d'avoir piloté en sous-main les récentes émeutes au Tibet.

Thomas Steg a estimé en revanche que "la discussion en cours sur un boycottage des JO ne sert qu'à détourner l'attention de la nécessité d'une solution politique du conflit" tibétain. Il a demandé à la Chine, comme l'avait déjà fait le ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, de faire preuve de "transparence" sur les événements au Tibet et dans les provinces limitrophes où vivent des minorités tibétaines, en autorisant des observateurs étrangers et la presse internationale à s'y rendre.

La Maison Blanche a confirmé le même jour que le président George W. Bush avait toujours l'intention d'assister aux JO, malgré les événements au Tibet et le boycottage envisagé par son homologue français Nicolas Sarkozy. La porte-parole de la Maison Blanche, Dana Perino, a déclaré que l'exécutif américain estimait que "l'objectif des Jeux olympiques est de permettre aux athlètes internationaux de se réunir et de montrer leurs talents".

Quand à la sportive tchèque Vera Caslavska, septuple championne olympique de gymnastique (1964, 1968), elle a estimé dans la presse pragoise d'aujourd'hui que les visiteurs étrangers ne devraient pas applaudir la délégation de la Chine, lors de la cérémonie d'ouverture des JO-2008 à Pékin. "Comme le pouvoir en Chine ne tient pas ses promesses et refuse de respecter les droits fondamentaux de l'homme, je suis bien curieuse de savoir si le public étranger applaudira la délégation chinoise lors du défilé d'ouverture", a-t-elle indiqué, dans les colonnes du quotidien Dnes.

Enfin, le Dalaï lama sera en France, pendant les JO, pour donner une conférence à Nantes. Une visite prévue avant que n'éclate la crise tibétaine, a confirmé aujourd'hui à l'AFP le secrétaire du bureau du Tibet à Paris, Wangpo Bashi. "Cette visite est confirmée. Les dates fixées sont entre le 15 et le 20 août. Elle a été prévue depuis l'annulation d'une visite de sa sainteté le Dalaï lama en juillet 2006" pour raison de santé, a expliqué Wangpo Bashi.

Interrogé pour savoir si le Dalaï lama pourrait rencontrer des membres du gouvernement français à l'occasion de sa visite, il a estimé que c'était "possible mais encore trop tôt pour le savoir, compte tenu de l'emploi du temps extrêmement chargé de sa sainteté". La secrétaire d'Etat aux Droits de l'homme, Rama Yade, s'est déclarée prête à recevoir le Dalaï lama et a ajouté que le président Sarkozy prendrait de son coté "une décision le moment venu".

La Tribune

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