Soldes : les clients consomment, le gouvernement consulte

Midi sur les grands boulevards parisiens, les consommateurs se bousculent en ce premier jour des soldes. Traditionnelle période de bonnes affaires pour les consommateurs et occasion d'écouler les fins de saison pour les commerçants, les soldes seront d'autant plus suivis cette année que le gouvernement réfléchit à de possibles réformes radicales...

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Boulevard Haussmann, dans le neuvième arrondissement de Paris, les grandes enseignes sont prêtes pour recevoir de nombreux clients en ce premier jour de soldes. Et l'affluence est au rendez-vous ce mercredi à l'heure du déjeuner. Des files d'attentes se forment à l'entrée des boutiques de luxe, les allées des grands magasins sont embouteillées, le quartier tout entier est agité.

Premiers achats pour les consommateurs. Lisa, retraitée, porte déjà trois sacs de grandes enseignes. Interrogée sur ses achats futurs, elle avoue, avec une pointe de culpabilité, qu'elle se garde un budget d'environ 300 euros sur la période des soldes. "Certaines dépenses sont déjà prévues, mais l'essentiel se fera sur des coups de coeur." Shirley et Daphné, étudiantes, partent avec un budget de "seulement" 100 euros, mais prévoient de fréquenter les magasins au moins une après-midi par semaine, "pour le plaisir." Patrice, 50 ans, graphiste, et Jean, 46 ans, documentaliste, pensent qu'ils dépenseront entre 50 et 500 euros. Ils ne planifient pas vraiment leurs achats mais savent qu'ils consacreront entre 3 et 6 heures à faire les soldes, espérant tomber sur la bonne affaire.

Cette année, l'annonce de consultations du gouvernement avec les professionnels de la distribution, les commerçants, et les associations de consommateurs pour la réforme du système des soldes vient perturber ce traditionnel temps fort de la consommation. En effet, Christine Lagarde, ministre de l'Economie, Luc Chatel, secrétaire d'Etat à la Consommation, et Hervé Novelli, secrétaire d'Etat à l'Entreprise, souhaitent trouver des solutions pour favoriser les consommateurs en matière de pouvoir d'achat, et mieux répondre aux attentes des commerçants pour la gestion de leurs stocks et leur animation commerciale.

Interrogés sur une éventuelle nouvelle réglementation des soldes, Patrice et Jean semblent dubitatifs: "en tant que consommateurs, on attend de voir ce qui pourra être proposé. Mais c'est vrai que vu les remises accordées en cette période, on se dit que les prix sont peut-être un peu trop hauts le reste de l'année."

Les professionnels sont plutôt perplexes à l'idée d'une multiplication des périodes de soldes. Et s'ils reconnaissent la nécessité et les bienfaits des deux périodes annuelles de soldes, ils ne voient pas d'intérêt à une multiplication de celles-ci. Soldes, promotions et liquidations de fin de série sont strictement encadrés en France. Seuls les liquidations avant fermeture et les soldes, qui ont lieu deux fois par an, permettent aux commerçants de revendre à perte.

Après avoir court-circuité la file d'attente à l'entrée d'un magasin Dior, je parviens à rencontrer un responsable. Il reconnaît l'intérêt des soldes, et les justifie sur deux points. "Il est vrai que c'est un plus pour notre chiffre d'affaires, et puis nous devons suivre nos concurrents." Mais il insiste sur le fait qu'aucune vente à perte n'est réalisée. "Cela ne tiendrait qu'à nous, il n'y aurait pas de soldes. Le client de Dior peut payer le prix fort, et il n'est pas bon de déprécier le produit sur notre segment."

Si le secteur du luxe se plie à contre coeur à l'exercice des soldes, pour un responsable magasin H&M, prêt-à-porter à bas prix, ce n'est pas le même discours. "Les soldes sont nécessaires, puisqu'ils nous permettent de vider les stocks et de rentrer les nouvelles collections." Mais il tient à préciser qu'elles restent un instrument de gestion des stocks et ne souhaite pas qu'elles se multiplient. "Nous allons jusqu'à 70% de réduction, et nous vendons beaucoup de pièces à bas prix. Les deux périodes de soldes (12 semaines) ne représentent que 10% de notre chiffre d'affaires annuel", explique-t-il. Le reste de l'année, les promotions sont rares et limitées aux petits accessoires. "Personnellement, je ne pense pas que ce soit une bonne idée de multiplier les périodes de soldes, puisque nous revendons beaucoup à perte."

Un peu plus loin, rue de Caumartin, une petite boutique de prêt-à-porter. Son patron estime que les soldes sont sa meilleure période de l'année. "J'apprécie surtout l'affluence dans le magasin, et la rotation du stock qui est indispensable". Même s'il ne revend pas à perte, il ne serait pas prêt à accepter une multiplication des périodes de soldes. "Nous proposons des promotions lorsque notre grossiste nous trouve des lots de fin de séries. Mais pour les collections, nous ne pouvons vraiment pas baisser nos prix avant la fin de la saison."

Les soldes durent encore six semaines.

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