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Finance

Dominik Zwerger, l’Allemand qui promeut un modèle de fonds de retournement « à la française »

Photo de Esther Attias

Esther Attias

Publié le 12 mai 2026 à 06:32

Manifestation de salariés de NovAsco, jeudi 4 septembre à Hagondange (Moselle).

Manifestation de salariés de NovAsco, jeudi 4 septembre à Hagondange (Moselle).

LTD/JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN/AFP

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27 juin 2026

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Certains fonds de retournement étrangers profitent de la détresse d’entreprises françaises, souvent soutenues par de l’argent public. Pour le financier Dominik Zwerger, il est urgent de bâtir un véritable modèle français du retournement, mieux encadré et plus vertueux.

Habituellement, les Français souffrent de la comparaison avec l’Allemagne. Dette qui explose, croissance plus lente, retraites jugées trop lourdes dans le PIB… La France n’en sort pas grandie, là où son voisin d’outre-Rhin incarne une austérité supposée payante.

C’est pourquoi il est aussi surprenant qu’inattendu d’entendre un Allemand fustiger les mauvaises pratiques de ses compatriotes dans la sphère financière. Dominik Zwerger, financier à la tête du fonds de retournement Prudentia Capital, ne mâche pas ses mots. Installé en France depuis plus de vingt-cinq ans, il affirme que certains fonds de retournement allemands « ont des pratiques prédatrices sur le sol français ».

Des honoraires qui siphonnent l’argent public

Concrètement, « ils facturent des frais de conseil importants aux entreprises qu’ils sont supposés redresser, absorbant une grande partie de leurs fonds propres, souvent constitués d’aides publiques », explique le financier.

À l’inverse, « je défends un modèle de fonds de retournement à la française, soutenu par Bpifrance, qui impose de bonnes pratiques aux investisseurs », plaide-t-il. Selon lui, « il faut que la seule manière de faire du retour sur investissement soit en créant de la plus-value », et non en ponctionnant immédiatement la trésorerie des entreprises en difficulté.

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Des entreprises exsangues, des contrôles allégés

Ces acteurs entrent en scène pour reprendre des entreprises en restructuration – souvent industrielles, comme l’équipementier automobile Walor – avec la promesse de les sortir de l’ornière. Parce que la situation est déjà très dégradée, les parties prenantes publiques ou parapubliques – le Ciri (Comité interministériel de restructuration industrielle), rattaché à Bercy, ou les tribunaux de commerce – se montrent peu regardantes. Il arrive même que le fonds se retrouve seul en lice. Dans ce contexte, la capacité de négociation des pouvoirs publics reste limitée.

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« Les tribunaux préféreront toujours une mauvaise solution à la liquidation », éclaire Dominik Zwerger, qui fut secrétaire général adjoint du Ciri entre 2007 et 2010.

L’exemple Lapeyre : 20 millions d’honoraires

Le fonds allemand Mutares a ainsi facturé 20 millions d’euros de frais de conseil à l’entreprise Lapeyre, spécialiste de l’aménagement de la maison, rachetée pour un euro symbolique à Saint-Gobain en 2021. Entre 2021 – année de l’acquisition – et 2024, ces honoraires ont été prélevés alors même que l’entreprise perdait 7 millions d’euros par mois et enchaînait les plans de sauvegarde de l’emploi.

« Soit un montant nettement supérieur à celui prévu par le contrat de cession », souligne le rapport parlementaire. Parallèlement, le fonds a remonté du cash vers son siège en Allemagne et, en fin d’année, a servi des dividendes à ses actionnaires.

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« Il n’y a rien d’illégal dans ces pratiques », regrette Dominik Zwerger. « Le problème est que ces fonds étrangers ont un boulevard devant eux, car il n’y a pas de proposition française en face qui tienne la route », se lamente l’ancien élève de l’ENA, promotion République.

Greybull et Novasco : l’argent public évaporé

Les fonds britanniques ne sont pas en reste. Le fonds Greybull Capital – dirigé par le Français Marc Meyohas – a laissé couler le sidérurgiste Novasco en novembre dernier, après avoir aspiré les 85 millions d’euros de subventions publiques dont l’État avait doté l’entreprise pour lui permettre de survivre. Il n’a jamais tenu sa promesse d’injecter 90 millions d’euros de capitaux propres. En novembre, l’État et un groupement de salariés ont assigné le fonds en justice. Une première.

Idem pour les industriels chinois, qui prennent d’assaut les usines françaises, captent les brevets et la documentation, puis ferment les sites. Ainsi, par exemple, de l’équipementier automobile GMD, reprise puis fermée par l’industriel basé à Suzhou, DSBJ, ou Vencorex, captée par BorsodChem, bras hongrois d’un fonds chinois.

Absence de champions français

Comment expliquer l’absence de grands fonds de retournement français, alors même que le pays a développé l’un des écosystèmes de capital-risque et de capital-investissement les plus dynamiques d’Europe ?

« Il y a eu une véritable volonté politique de structurer financièrement le marché des entreprises saines, depuis une vingtaine d’années », observe Dominik Zwerger. « Mais on ne s’est pas encore intéressé aux entreprises en difficulté. » La longue période de croissance modeste mais régulière, combinée à l’« argent gratuit » des taux d’intérêt très bas, a favorisé un modèle où l’on s’endette pour se développer plutôt que de penser au retournement.

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Désormais, avec la remontée des taux décidée par la Banque centrale européenne, la dette coûte cher. Les entreprises, asphyxiées par leurs créances, peinent à les rembourser. À cela s’ajoute le ralentissement de la croissance, qui exerce une pression supplémentaire et précipite les difficultés.

Un risque élevé, peu de succès et peu de vocations

Certains observateurs estiment que les investisseurs ont, d’un point de vue strictement financier, de bonnes raisons de se détourner du retournement. En France, les opérations réussies restent peu nombreuses, le risque est élevé et les échecs visibles. Dans ce contexte, les talents se dirigent en priorité vers la finance traditionnelle, jugée plus rentable et plus lisible, plutôt que vers ce segment difficile et politiquement sensible.

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Pourtant, la multiplication des faillites – près de 70 000 en 2025, après plus de 65 000 en 2024, avec une part croissante d’entreprises sous LBO (leverage buy-out) – rend plus pressante l’émergence de nouveaux acteurs spécialisés dans le redressement. Pour Dominik Zwerger, ce nouveau pan de la finance nécessiterait près d’un milliard d’euros d’argent frais « pour créer des acteurs dignes de ce nom ».

Une manne difficile à mobiliser alors que la France s’astreint à réduire ses dépenses publiques – un ajustement budgétaire que son voisin allemand, lui, a déjà mené depuis longtemps.

Droit de réponse de la société Mutares France, publié le 8 juin 2026

La présentation selon laquelle Mutares aurait « facturé 20 millions d’euros de frais de conseil » à Lapeyre tout en « remontant du cash vers son siège en Allemagne » est inexacte et trompeuse.

D'une part, depuis la reprise de Lapeyre en 2021 et conformément à ses engagements, Mutares a investi massivement dans l’entreprise afin d'assurer la poursuite de son activité et de soutenir sa transformation. 20 M€ ont été investis par Mutares au capital de Lapeyre (15 M€ à la transaction, 5 M€ complémentaires dans les 24 mois suivants).

D'autre part, contrairement à ce qu’affirme votre article, aucun montant supérieur à celui prévu dans le cadre des accords conclus lors dans le cadre du protocole de conciliation n’a été versé au titre des prestations réalisées par Mutares. Les engagements contractuels pris auprès du Cédant, du tribunal de commerce comme des salariés ont été strictement respectés.

Par ailleurs, il est faux d'affirmer que Mutares aurait « remonté du cash » de Lapeyre vers sa maison mère allemande. Aucun dividende n’a été versé par Lapeyre à Mutares. Les seuls flux financiers intervenus correspondent à des prestations effectivement réalisées au bénéfice de l’entreprise dans le cadre de son accompagnement opérationnel et stratégique.

Le fait que Mutares verse, par ailleurs, un dividende à ses propres actionnaires résulte notamment de la performance consolidée de certaines de ses participations, mais en aucun cas de Lapeyre.

Enfin, votre article évoque les plans de sauvegarde de l'emploi intervenus chez Lapeyre sans rappeler le contexte extrêmement dégradé de l’entreprise depuis sa reprise. Cinq PSE ont concerné environ 130 postes au total sur près de 3000 à la reprise, soit 4% des effectifs repris. Ces plans ont fait l’objet d’un accord majoritaire syndical et mobilisé plus de 10 M€. Aujourd'hui, l’effectif total se monte toujours à plus de 2200 personnes, ce sont donc 70% des emplois qui ont été maintenus, la part la plus importante de la réduction étant donc le résultat d’une attrition naturelle.

La société Mutares France

Esther Attias

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