IA : le scénario dystopique qui a fait paniquer la Bourse américaine

Lundi, c’est un rapport de Citrini Research publié sur Substack qui a fait perdre 1,04 % au S&P.
REUTERS - Brendan McDermid

Lundi, c’est un rapport de Citrini Research publié sur Substack qui a fait perdre 1,04 % au S&P.
REUTERS - Brendan McDermid
Les craintes autour de l’intelligence artificielle n’en finissent plus de faire trembler les marchés américains, comme lundi, avec la publication sur la plateforme Substack d'un rapport de Citrini Research. Le Dow Jones a cédé 1,66 %, l'indice Nasdaq a reculé de 1,13 % et l'indice élargi S&P 500 a perdu 1,04 %. Intitulée « La crise mondiale de l’intelligence en 2028 », la note de Citrini Research se déroule en juin 2028 et décrit une économie victime des conséquences de l’IA.
« Le taux de chômage s’est établi à 10,2 % ce matin, soit une surprise à la hausse de 0,3 %. Le marché a chuté de 2 % à l’annonce de ce chiffre, portant la baisse cumulative du S&P à 38 % par rapport à son plus haut niveau atteint en octobre 2026 », écrivent les auteurs dans leur note futuriste. Dès leur introduction, ils précisent tout de même : « Ce qui suit est un scénario et non une prédiction ».
Dans le scénario de cette petite entreprise de recherche financière, qui compte tout de même plus de 120 000 abonnés sur le réseau de newsletter Substack, l’IA et ses agents ont remplacé les humains, notamment les cols blancs, dans de nombreux secteurs, alimentant un chômage de masse. Résultat, l’économie de consommation chute. « Lorsque des fissures ont commencé à apparaître dans l’économie de consommation, les experts économiques ont popularisé l’expression "PIB fantôme" : une production qui apparaît dans les comptes nationaux mais qui ne circule jamais dans l’économie réelle », inventent-ils.
Dans la note, tous les secteurs, notamment des services, sont concernés : l’assurance, l’immobilier, la finance… L’IA permet de mieux comparer les prix, de retirer l’asymétrie d’information ou encore de renégocier, ce qui contribue à l’érosion des marges des entreprises. « Cela aurait été gérable si la disruption était restée confinée au domaine des logiciels, mais ce ne fut pas le cas. À la fin de 2027, elle menaçait tous les modèles économiques basés sur l’intermédiation. », anticipent-ils.
Citée en exemple dans le papier, l'entreprise de livraison de repas Doordash a perdu plus de 6 % lundi en Bourse. Son fondateur Andy Fang s'est exprimé sur X et son constat est tout aussi alarmant. « Nous sommes convaincus que le commerce par agent va transformer le secteur », a-t-il écrit. « Le sol se dérobe sous nos pieds, et le secteur devra s'y adapter ».
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Car en 2026, les craintes autour de la rupture engendrée par l’IA et de ses agents ont déjà eu de réelles répercussions ces dernières semaines sur de nombreux secteurs, en particulier celui des logiciels. Pour preuve, IBM, le géant américain des logiciels et services informatiques, a vécu sa plus forte baisse lundi depuis octobre 2000. Sa chute fait suite à un article de blog d’Anthropic, développeur de l’IA Claude, qui indique qu’il peut moderniser Cobol, un langage de programmation présent sur les ordinateurs d’IBM. Mais même le courtage ou encore les jeux vidéo ont été victimes de la crainte de l'IA agentique, c'est-à-dire un agent qui peut effectuer des tâches sans l'aide de l'utilisateur.
« Depuis plusieurs semaines, un même enchaînement se répète sur les marchés : une innovation en intelligence artificielle est dévoilée, les investisseurs vendent immédiatement, puis seulement ensuite cherchent à mesurer froidement les conséquences réelles, et ce réflexe a d’abord frappé de plein fouet les valeurs de logiciels comme Salesforce, Thomson Reuters ou LegalZoom après les annonces d’Anthropic », explique John Plassard, économiste chez la banque suisse Cité Gestion, dans une note.
Le secteur des transports a connu l'une de ses pires journées en Bourse le jeudi 12 février après qu'une société dénommée Algorhythm Holdings, anciennement une entreprise de karaoké, a publié un communiqué sur une soi-disant technologie qui allait bouleverser le secteur du transport.
Pour John Plassard, l’IA fait craindre une pression sur les prix et les marges des entreprises. Il souligne également la fragilité des assureurs : « Des groupes comme Marsh McLennan, Gallagher ou même les grandes plateformes de distribution d’assurance reposent sur une chaîne d’intermédiation que l’IA pourrait en partie automatiser », complète-t-il. La finance est aussi dans le viseur selon lui, notamment les banques d’investissement, les gestionnaires d’actifs ou même les agences de notation.
Les auteurs de la note dystopique tentent toutefois de relativiser. « Nous sommes certains que certains de ces scénarios ne se concrétiseront pas », écrivent-ils. « En tant qu’investisseurs, nous avons encore le temps d’évaluer dans quelle mesure nos portefeuilles reposent sur des hypothèses qui ne survivront pas à la décennie. En tant que société, nous avons encore le temps d’être proactifs », concluent-ils. La fiction rejoindra-t-elle la réalité ?