Ledger : la licorne française prépare une introduction en Bourse à 4 milliards de dollars à New York

Un portefeuille matériel pour cryptomonnaies Ledger Nano S incrusté de diamants.
MS - MIKE SEGAR - MIKE SEGAR

Un portefeuille matériel pour cryptomonnaies Ledger Nano S incrusté de diamants.
MS - MIKE SEGAR - MIKE SEGAR
Fondée en 2014 par Éric Larchevêque, Joël Pobeda et Thomas France, Ledger s'apprête à entrer en Bourse. Selon le Financial Times, la société française travaille activement avec un consortium de banques internationales pour préparer sa mise sur le marché à New York.
Alors que la licorne était valorisée 1,5 milliard de dollars lors de son dernier tour de table en 2023, elle cible désormais une capitalisation boursière supérieure à 4 milliards de dollars. Bien que les plans puissent encore évoluer, cette démarche confirme l’ambition de Ledger de devenir le premier acteur européen de l’infrastructure crypto à rejoindre les marchés publics américains.
Le choix de New York au détriment des places boursières européennes répond à une logique de pragmatisme financier. Pour Pascal Gauthier, PDG de Ledger, les capitaux nécessaires pour financer l’écosystème Web3 et la blockchain se concentrent massivement aux États-Unis, justifiant ainsi le renforcement des effectifs de la société sur le sol américain.
Le marché américain des IPO affiche en effet un dynamisme sans commune mesure avec celui du Vieux Continent. En 2023, la France n’a enregistré que quelques rares introductions technologiques, tandis que les États-Unis en comptaient des centaines. Wall Street offre non seulement une liquidité supérieure, mais aussi une base d’investisseurs spécialisés capables de valoriser une société d’infrastructure comme Ledger, qui a réalisé un chiffre d’affaires supérieur à 100 millions de dollars en 2025.
Le modèle économique de Ledger repose sur la vente de portefeuilles matériels (hardware wallets) tels que le Ledger Nano ou le Ledger Stax. Ces dispositifs permettent le « self-custody », une méthode de stockage hors ligne des clés privées qui protège les utilisateurs contre les failles des plateformes centralisées. Avec plus de 7 millions d’appareils vendus, Ledger sécuriserait environ 20 % des crypto-actifs mondiaux et plus de 100 milliards de dollars en bitcoin.
Chaque semaine, les clés pour comprendre les marchés financiers.

Cette spécialisation dans la « plomberie » du secteur attire les investisseurs institutionnels. Après l’entrée en Bourse de Circle ou de BitGo, le marché cherche des acteurs exposés à l’infrastructure plutôt qu’à la volatilité directe des jetons. En 2025, la recrudescence des cyberattaques et des piratages de plateformes — avec plus de 1,5 milliard de dollars dérobés notamment chez Bybit — a dopé la demande pour les solutions de stockage à froid.
Malgré ces indicateurs financiers au vert, Ledger doit composer avec une actualité plus contrastée sur le front de la protection des données. En janvier 2026, la société a confirmé une fuite de données clients suite à une faille chez son prestataire de commerce électronique, Global-e. Cet incident a exposé des noms, adresses et numéros de téléphone, alimentant des campagnes de phishing, bien que les clés privées (la fameuse « seed phrase ») soient restées inaccessibles.
Ce n’est pas une première pour la firme : une intrusion majeure en 2020 avait déjà compromis les données de 273 000 clients. Ces incidents soulignent la vulnérabilité des informations périphériques, même pour un leader de la sécurité. Pour rassurer les investisseurs avant l’IPO, Ledger pivote désormais vers une identité de fournisseur de services pour l’« Internet de la Valeur », en intégrant staking et biométrie renforcée dans ses nouveaux modèles Gen5.
L’issue de cette IPO servira de baromètre pour l’ensemble du secteur crypto en 2026. Le succès de Ledger à New York validerait la maturité des sociétés de sécurité numérique nées en Europe, tout en posant la question du manque d’attractivité des bourses locales pour les pépites de la French Tech. En s’appuyant sur un cadre réglementaire américain clarifié, Ledger espère transformer son statut de licorne privée en celui de pilier public de l’économie numérique mondiale.
(Avec Financial Times)