Quand on quitte Bordeaux vers l’est pour traverser le vignoble de l’Entre-Deux-Mers, la transformation du paysage saute aux yeux. De part et d’autre de la route départementale, les vignes en exploitation, encore omniprésentes en 2022, sont désormais largement parsemées de parcelles en friche, arrachées ou en cours d’arrachage. Le ciel gris hivernal ajoute à ce sentiment maussade d’un vignoble bordelais contraint de s’arracher une partie de lui-même en réduisant un quart ses surfaces. Un sacrifice douloureux mais inévitable pour s’adapter à la nouvelle donne économique.
La diversité agricole reprend ensuite sa place historique à l’approche des confins de la Gironde et du Lot-et-Garonne. En entrant dans le petit vignoble des Côtes de Duras, on y croise à nouveau vergers, champs de céréales et troupeaux qui font jeu égal avec les 2 000 hectares de vigne. « Être seulement viticulteur, à Duras, ce n’est pas rentable. En plus de la vigne, les gens cultivent beaucoup de prunes parce que c’est complémentaire et que ça se vend très bien », explique Damien Audrin, agriculteur à Esclottes (Lot-et-Garonne) à la tête de 20 hectares de vignes et de 40 de céréales.
À 41 ans, il est aussi maître de chais de la marque Berticot. Une cave coopérative où la polyculture a toujours été la règle : « 100 % de nos vignerons installés à Duras sont polyculteurs tandis que côté bordelais, ils sont presque tous uniquement viticulteurs. » Pas question pour autant de prétendre que tout va bien même si cette diversité fait office de parapluie plus que bienvenu.