Scandale Nestlé Waters : Perrier replonge dans la tourmente sanitaire
latribune.fr
Le groupe Nestlé Waters, propriétaire de la marque Perrier, est à nouveau sous le feu des projecteurs, avec des bouteilles détruites ou bloquées en usine pour cause de possible contamination, et pour des problèmes de pollution en sortie de sa station...
Le groupe Nestlé Waters et sa marque Perrier sont à nouveau sous pression après de nouvelles révélations. Ce 27 mai, la cellule investigations de Radio France évoque près de trois millions de bouteilles détruites ou bloquées après de nouvelles possibles contaminations.
Nestlé Waters France, qui emploie quelque 1 000 salariés sur l’usine Perrier du Gard, est au cœur d'un long feuilleton sanitaire après avoir admis, en 2024, avoir utilisé par le passé des traitements interdits pour ses eaux. L’industriel a aujourd’hui recours à une microfiltration à 0,45 micron.
Le 19 décembre 2025, le préfet du Gard autorisait Nestlé Waters à continuer d’exploiter deux forages situés à Uchaud, à proximité de Vergèze, permettant à Perrier de produire avec l'appellation « eau minérale naturelle ».
Ainsi Radio France indique que le 23 janvier, Nestlé Waters aurait détruit 401 palettes (environ 370 000 bouteilles de 75 cl en verre après la détection de bactéries coliformes, et le 29 janvier, 237 palettes (200 000 bouteilles en plastique d'un litre) après la détection de la bactérie Pseudomonas aeruginosa, pouvant déclencher des infections graves chez les personnes fragiles. Un épisode lié à l’épisode de contamination détectée en novembre dernier dans les bouteilles et au niveau du forage, sur lequel Nestlé Waters avait affirmé qu'une « anomalie avait été détectée », assurant toutefois que « l'ensemble des analyses de vérification réalisées par la suite » avaient « finalement écarté une quelconque contamination ».
Plus de deux millions de bouteilles et de canettes Perrier sont, quant à elles, toujours bloquées dans l'usine gardoise, « en raison de la présence de bactéries coliformes, ou d'excès de germes revivifiables dans les bouteilles, des micro-organismes qui ne constituent pas nécessairement un danger pour la santé, mais dont la présence en quantité anormale peut être le signe de la présence d'autres micro-organismes pathogènes », explique Radio France. Une situation qui a généré la destruction de près de 300 000 bouteilles de 75 cl en verre le 23 mars, sur ordre de la préfecture.
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Par ailleurs, la préfecture a finalement autorisé la commercialisation de plus de 14 millions de bouteilles ou canettes dans lesquelles des bactéries pathogènes ou des germes avaient été détectés. Selon l'Agence régionale de santé Occitanie, les nouveaux contrôles effectués par Nestlé Waters étaient conformes, mais l’industriel ne justifie pas les raisons qui l’ont pourtant poussé à la destruction de plus de 200 000 bouteilles.
L'eau minérale naturelle ne pouvant réglementairement pas faire l'objet de désinfection ou traitement de nature à modifier ses caractéristiques, un des concurrents de Perrier vient de saisir la justice. Ainsi, après avoir saisi en février dernier les préfets du Gard et des Vosges de recours gracieux contre les arrêtés préfectoraux autorisant l’utilisation de filtres désinfectants dans la production d’eaux présentées comme « eaux minérales naturelles », le savoyard Bonneval estime, dans un communiqué du 27 mai, que « ces décisions préfectorales confèrent l'appellation d'eau minérale naturelle à des produits qui n'en remplissent pas les conditions » et « faussent le choix des consommateurs ».
« Depuis le début de cette affaire, les autorités publiques ont laissé perdurer des pratiques qui remettent en cause la définition même de l’eau minérale naturelle. Nous espérons que la juridiction administrative rappellera clairement le droit et mettra fin à une situation où l’État semble fermer les yeux sur des procédés incompatibles avec cette appellation », déclare David Merle, directeur général de Bonneval, qui souhaite ainsi faire annuler les autorisations préfectorales accordées à la multinationale dans le Gard et les Vosges pour exploiter les marques Perrier, Hépar et Contrex.
C’est d’ailleurs toute la profession des eaux minérales naturelles qui s’interroge désormais. Le 13 mars dernier, la Maison des eaux minérales naturelles (MEMN), organisation professionnelle de la filière, a adressé un courrier à la ministre de la Santé, l’interpellant sur ces autorisations à poursuivre l'exploitation de ses sources dans les Vosges et le Gard avec un traitement de microfiltration à 0,45 micron, accordées à Nestlé Waters.
Pollution des eaux usées
La qualité de ses eaux minérales naturelles n’est pas le seul caillou dans la chaussure de Nestlé Waters. Radio France indique que pour la seconde fois depuis décembre, le préfet du Gard a mis l'entreprise en demeure le 26 février dernier pour avoir dépassé les seuils de matières polluantes autorisés à la sortie de la station d'épuration industrielle du site de Vergèze.
Après la suspicion de bactéries dans ses forages fin novembre, l’industriel avait procédé à une désinfection massive de l’usine à l’acide nitrique, déclenchant un dépassement des valeurs limites d’émissions par rapport aux seuils légaux de matières en suspension, de demande chimique en oxygène ou de concentrations en nitrates.
La rédaction de Radio France a sollicité Nestlé Waters, qui a fait répondre sa directrice de la communication : « Tous les produits commercialisés peuvent être bus en toute sécurité », indique-t-elle, évoquant « des allégations infondées », sans préciser lesquelles.