Dans un courrier adressé à Emmanuel Macron le 17 février que La Tribune s'est procuré, le président d'Airbus Defence & Space Mike Schoellhorn estime que Dassault a saboté la coopération entre les deux groupes. « L'avenir du NGF (New Generation Fighter) est aujourd’hui difficile à envisager, la confiance s'est évanouie. Pour nous Airbus mais aussi pour l'Allemagne et l'Espagne », a-t-il écrit au président de la République.Pour sauver le SCAF, il fallait bien deux forts en gueule pour une mission quasi impossible : l'ancien délégué général pour l'armement Laurent Collet-Billon et l'ex-patron de KNDS Frank Haun. Mais à l'impossible, nul n'est tenu. L'objectif fixé le 19 mars dernier par Emmanuel Macron et le chancelier allemand Friedrich Merz est à nouveau de tenter une énième relance du programme européen de système de combat aérien du futur (SCAF), cloué sur le tarmac depuis quinze mois (janvier 2025), ou, en tout cas, la préservation ce qui peut encore l'être d'ici à la fin avril. Car, et ce n'est pas faute de l'avoir clamé sur tous les cieux, ni Airbus, ni Dassault ne veulent travailler ensemble. Mais vraiment plus. Ce qui est dommage pour ce projet structurant et ambitieux pour les trois armées de l'air en Allemagne, en Espagne et en France.
Tant que Friedrich Merz ne dit pas stop, Emmanuel Macron s'accroche à ce projet qu'il a initié seul ou presque en 2017 à la surprise générale des industriels. Alors que la phase 2 du SCAF aurait dû être lancée avec la réalisation d'un démonstrateur, ce projet, initié par l'Allemagne, l’Espagne et la France, est au point mort depuis janvier 2025. Dassault Aviation tient absolument à changer la gouvernance du programme avant l'entrée en phase 2 tandis que Airbus s’y accroche. Le groupe européen, garant des intérêts allemands et espagnols, représente les deux tiers du pilier 1 (New Generation Fighter, NGF) alors que Dassault, en tant que maître d’œuvre, n'a qu'un tiers.
On est toutefois loin du principe du « best Athlete » préconisé pour le SCAF par Florence Parly. L'ancienne ministre des Armées a été à la manœuvre entre 2017 et 2022 pour lancer ce projet et a été confrontée au désengagement successif de l'Allemagne sur plusieurs projets franco-allemands (modernisation de l'hélicoptère Tigre armé par un nouveau missile, avion de patrouille maritime, notamment). Il est vrai aussi qu'Airbus veut jouer en Allemagne un rôle à l'avenir dans « le secteur stratégique de l'aviation de combat ». D'autant que Berlin souhaite investir beaucoup d'argent dans la défense. De son côté, Dassault Aviation a toujours su faire depuis l'Ouragan, en service dans les années 50 dans l'armée de l'air, des avions de combat. Le Rafale, qui a été conçu et développé seul par l'avionneur, en est le meilleur exemple. Ce qui n'est pas le cas pour Airbus en Allemagne. Du moins pas encore.