"Si Airbus maintient la probabilité de ne pas travailler avec Dassault, le projet est mort", a déclaré M. Trappier au cours d’une conférence de presse.
MC pour La Tribune
Le PDG de Dassault Aviation, Éric Trappier, dénonce l'obstruction d'Airbus dans le développement du Système de combat aérien du futur (SCAF). Ce bras de fer industriel entre Saint-Cloud et le bloc germano-espagnol fige la souveraineté aérienne de l’Europe dans une impasse qui semble désormais irréversible.
L’ambiance était électrique ce mercredi 4 mars 2026 à Saint-Cloud. Lors de la présentation des résultats annuels de Dassault Aviation, son PDG, Éric Trappier, a porté une estocade qui pourrait être fatale au projet de Système de combat aérien du futur (SCAF). L’accusation est directe : Airbus ne souhaiterait plus collaborer avec l’avionneur français selon les termes initiaux. « Si Airbus maintient la probabilité de ne pas travailler avec Dassault, le projet est mort », a martelé le dirigeant.
« Airbus ne veut plus travailler avec Dassault » pour développer le SCAF, a-t-il poursuivi. « Nous respectons à la lettre nos engagements. C'est Airbus qui ne respecte pas l'équation du début », a-t-il lancé. Alors que l'idée d'une solution à deux avions s'installe progressivement, évoquée en février par le patron d'Airbus qui représente l'Allemagne et l'Espagne dans le SCAF, « la France ne supporte pas l'idée d'avoir deux avions », a dit Eric Trappier.
Le point de friction demeure la maîtrise d'œuvre du Next Generation Fighter (NGF). Airbus, représentant les intérêts de l'Allemagne et de l'Espagne, refuse d'être relégué au rôle de sous-traitant de Dassault sur ce pilier. Pourtant, pour l'avionneur français, la responsabilité de l'avion ne peut être partagée sans diluer l'efficacité du projet. Cette paralysie technique empêche le lancement de la phase 1B, censée aboutir à un démonstrateur en vol.
Le chancelier Friedrich Merz sème le doute
Au-delà des querelles de bureaux d'études, le vent a tourné à Berlin. Le chancelier allemand Friedrich Merz s'est déjà publiquement interrogé sur la pertinence même du SCAF sous sa forme actuelle. Dans le podcast allemand Machtwechsel, il a souligné le fossé capacitaire entre les deux nations. « Les Français ont besoin d'un avion capable de transporter des armes nucléaires et d'opérer à partir d'un porte-avions. Ce n'est pas ce dont nous avons besoin actuellement dans l'armée allemande », a-t-il tranché.
Cette divergence fondamentale pose la question de la viabilité d'une plateforme commune. Friedrich Merz interroge ouvertement la stratégie : « Avons-nous la force et la volonté de construire deux avions pour ces deux profils d'exigences différents, ou seulement un seul ? ». Cette sortie renforce l'idée d'une « solution à deux avions », une hypothèse déjà évoquée en février par le patron d'Airbus, mais qui constitue une ligne rouge pour Paris.
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Emmanuel Macron tente d'imposer une norme européenne
Face à ce scénario de partition, l'Élysée tente de maintenir l'édifice. « La France ne supporte pas l'idée d'avoir deux avions », a prévenu Éric Trappier, rappelant que la fragmentation tuerait l'intérêt économique du programme. Le président Emmanuel Macron, en déplacement en Inde le 19 février dernier, a réaffirmé sa doctrine : les Européens « ont intérêt à avoir un modèle commun ».
Pour le chef de l'État, les querelles industrielles ne doivent pas dicter la souveraineté du continent. « On a des frictions entre les entreprises. C'est la vie des affaires. Est-ce que ça doit décider de la stratégie des États ? La réponse est non », a-t-il insisté. En période de fortes contraintes budgétaires, le président français refuse le gaspillage : « Est-ce que c'est la meilleure utilisation de notre argent que de faire plusieurs avions ? On a besoin d'avoir un standard européen ». Mais entre la vision politique de Paris et le pragmatisme capacitaire de Berlin, le SCAF n'a jamais semblé aussi proche de la rupture.