Ikea peut-il remplacer les Galeries Lafayette à Marseille ?

La fermeture des Galeries Lafayette le 29 novembre prochain laisse planer le risque de voir Marseille ête sotée de la plus grande friche commerciale d'Europe.
Colombe Laferté

La fermeture des Galeries Lafayette le 29 novembre prochain laisse planer le risque de voir Marseille ête sotée de la plus grande friche commerciale d'Europe.
Colombe Laferté
L’année 2025 avait mal commencé pour le centre-ville de la deuxième ville de France avec l’annonce, en janvier, de la fermeture des deux magasins des Galeries Lafayette - l’un au Centre Bourse, en plein cœur de ville, à deux pas du Vieux-Port et l’autre installé dans le centre commercial du Prado, à côté du Vélodrome. Le groupe, qui compte 57 magasins en France, dont 19 détenus en propre et 38 exploités par des partenaires franchisés, fait évoluer son maillage sur le territoire. Fin mars dernier, déjà, le tribunal de commerce de Bordeaux avait rendu sa décision concernant le plan de sauvegarde des 26 magasins Galeries Lafayette détenus par Michel Ohayon, avec finalement une unique fermeture à Pau. A Marseille, ce sont des raisons économiques spécifiques au territoire qui ont été avancées par le groupe pour justifier la fermeture de ces deux points de vente et les 145 emplois menacés : « la dynamique commerciale de Marseille ayant beaucoup évolué au cours des dernières années […]. Ces magasins enregistrent des pertes récurrentes qui ont fragilisé leur situation financière ». Le 29 novembre, le rideau tombera définitivement sur les deux magasins.
Depuis cette annonce, l’avenir des 22 000 m² consacrés aux Galeries Lafayette est au cœur des débats. Pour écarter le sombre destin qu’est celui de « devenir la plus grande friche commerciale d’Europe » selon les mots du président de la Région Sud Renaud Muselier, les projets se multiplient. Après avoir évoqué la possibilité d’y installer la Cité judiciaire - qui verra finalement le jour dans le nouveau quartier Euroméditerranée -, le sujet a finalement vite été rattrapé par les enjeux des élections municipales à venir.
Car entre la droite et la gauche marseillaise, le torchon ne cesse de brûler. Benoît Payan, maire sortant qui n’a - pas encore - annoncé être candidat à sa succession est accusé par l’opposition de ne pas avoir pris au sérieux les alertes des Galeries Lafayette. Récemment invité de BFM Marseille Provence, l'élu a dévoilé certains projets susceptibles de succéder à la célèbre enseigne. Si la proposition de rachat du magasin – la date limite est fixée au 15 novembre – ne lui convient pas, l’édile a dévoilé une « solution d’envergure nationale », possiblement culturelle, peaufinée avec Emmanuel Macron en personne. Un Louvre marseillais ? « J’attends le go du Président de la République », a-t-il confié, assurant avoir « pris l’engagement de ne pas le dire ». Et si le projet n’aboutit pas, le Premier magistrat s’engage à « racheter les Galeries Lafayette ». Rien de moins. Surtout quand on connaît la teneur des finances de la Ville.
Dans l’opposition, on fustige. « Il n’y a pas de projet de Benoît Payan et de l’Etat car ni à l’Elysée, ni à la préfecture de région, un dossier existe », cingle Romain Simmarano, Président du collectif Une Génération pour Marseille et porte-parole de Martine Vassal, chef de file d’une liste d’union de la droite et du centre et actuellement présidente de la Métropole Aix-Marseille-Provence et du Département des Bouches-du-Rhône. En réalité, le projet de la mairie actuelle serait celui « d'un Orchestre Philharmonie de Paris à Marseille. Mais ce projet aurait un coût pharaonique, de l’ordre de 300 millions d’euros, et n’est envisageable ni financièrement, ni foncièrement. C’est un projet nul et non avenu ». Et d’enchaîner, « le centre-ville est un cœur émotionnel pour les Marseillais et les Galeries Lafayette, le théâtre d’une tonne de souvenirs de vie. C’est un crève-cœur mais notre rôle n’est pas de nous apitoyer. Il n’y a pas une minute à perdre ». Et Martine Vassal de proposer 5 projets très différents : une école de cuisine « Jean-Baptiste Reboul », le Bocuse marseillais pour accueillir des formations en hôtellerie, tourisme et restauration ; une maison du nourrisson en lien avec la bibliothèque de l’Alcazar, véritable « pivot pour rattraper les écarts sociaux » ; un poumon vert en plein cœur de ville dénommé Central Mars ; un centre commercial renouvelé composé de commerces et d’espaces pour enfants ; et un espace 100% made in Marseille, « showroom valorisant savoir-faire et produits marseillais ». Des propositions soumises à l’avis des Marseillais via une consultation en ligne, ouverte depuis le 22 octobre dernier.
Pour éclairer les choix et comprendre de quelle façon le tissu économique se comporte, la Chambre de commerce et d'industrie Aix-Marseille Provence a mené une étude auprès de 200 commerçants installés dans un périmètre élargi, comprenant ce que l'on appelle le grand centre historique et le Vieux-Port. Une étude en trois volets, dont le premier est un diagnostic de la situation. D'où il ressort que, comme partout ailleurs en France, l'attente des consommateurs a évolué, avec un désir d'offre qui combine déambulation, shopping, restauration. « Auparavant, on venait en centre-ville pour du mono-marque. Aujourd'hui, on veut du multi-marques », résume le président de la chambre consulaire, Jean-Luc Chauvin, rappelant par ailleurs le taux de vacance de 20% qui concerne l'ensemble de grand centre-ville quand il n'est « que » de 11,7% dans le cœur du centre. Et pourtant, la fréquentation a progressé ainsi que le montre ce comparatif avec la précédente étude CCI menée en 2023, le flux concernant l'une des principales rues commerçantes, la rue Saint-Ferréol ayant progressé de 37%, quand celui concernant le Vieux-Port enregistre + 155%. « 80% de la fréquentation du centre-ville est constituée par les habitants de ce centre-ville, qui bénéficient d'un pouvoir d'achat faible », souligne encore Jean-Luc Chauvin. Qui insiste par ailleurs sur « le renforcement de l'attractivité touristique qui positionne une nouvelle offre », sachant que Marseille a accueilli 5 millions de touristes en 2024, un chiffre probablement plus élevé en 2025.
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S'il ne se prononce pas sur les différents projets évoqués ici et là - « mon rôle est d'apporter un éclairage » - Jean-Luc Chauvin estime « qu'il faut faire du lieu un vrai lieu totem », avec activité de jour et activité de nuit. « Cela peut être opéré par un acteur privé ou public ».
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L'hypothèse de la venue du géant suédois de l'ameublement accessible, Ikea, court depuis peu. L'enseigne a recentré sa stratégie sur une présence renforcée en centre-ville, comme cela est le cas à Paris. Peut-elle être la solution qui viendrait redynamiser Marseille ? Contactée par La Tribune, l'enseigne suédoise indique « qu'IKEA est toujours à la recherche de nouvelles opportunités pour développer son activité et de nouveaux points de contact et rendre son offre toujours plus accessible aux Français ». Il faut peut-être attendre le deuxième volet de l'étude menée par la CCI Aix-Marseille Provence qui, en novembre, fera connaître le résultat du benchmark mené auprès des autres métropoles mondiales. Ensuite, son troisième volet établira un projet de programmation, tandis qu’une gouvernance réunissant l'Etat, la Région, la Mairie et la Métropole étudiera les projets. « Klépierre, qui gère les 58 000 m2 du Centre Bourse doit être autour de la table », estime Jean-Luc Chauvin. Un débat dans le débat des Municipales qui promet d'être passionné.