États-Unis : voici ce qu’il faut savoir sur le si particulier « shutdown » américain

Le président élu des États-Unis, dans le hall principal de la Trump Tower à Manhattan, New York, en 2016
MS - REUTERS - Brendan McDermid

Le président élu des États-Unis, dans le hall principal de la Trump Tower à Manhattan, New York, en 2016
MS - REUTERS - Brendan McDermid
Cela n’était pas arrivé depuis sept ans. Ce mercredi, les Américains se sont réveillés avec une administration en situation de « shutdown ». Une paralysie budgétaire qui provoque de facto l'arrêt d’un certain nombre d’activités l'administration fédérale.
À la source du problème, un profond désaccord sur le nouveau budget du pays, entre élus Républicains et Démocrates. Avec en coulisse, des tensions, qui cette fois, semblent être d’une intensité rare. Ce qui présage d’un blocage compliqué à lever, selon de nombreux observateurs. Pourtant, ce n’est pas la première fois que l’administration américaine est confrontée à cette situation.
Voici en quelques points ce qu’il faut savoir sur le si particulier « shutdown » états-uniens.
Comme sa traduction littérale l’indique, un « shutdown » correspond à l’« arrêt » de quelque chose. En l’occurrence ici, il s’agit de la suspension, pour une durée provisoire et indéterminée, de certains services publics de l’administration fédérale. Les secteurs concernés sont considérés comme « non essentiels », c’est-à-dire n’ayant pas un intérêt vital immédiat pour l’État et ses citoyens.
On désigne aussi le phénomène comme une « paralysie budgétaire » pour désigner la cause de cette suspension. En effet, un « shutdown » est provoqué par un désaccord des élus du congrès américain sur le nouveau budget fédéral à voter. La conséquence première est donc le blocage temporaire des fonds pour appliquer la politique économique et sociale de l’exécutif au pouvoir. Soit celui du président républicain Donald Trump.
Comme expliqué plus haut, le « shutdown » se manifeste par la fermeture totale ou partielle de certains services publics « non essentiels ». Cela peut être certains parcs nationaux ou musées, ou se manifester par une réduction du nombre d’agents de sécurité dans les aéroports, ou moins de contrôles sur l'alimentation ou l'environnement.
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Des perturbations pour certains programmes d'aide sociale se retrouvent suspendus. Par exemple, les inscriptions pour bénéficier des aides à la retraite ou du programme de santé pour les personnes âgées, ou à bas revenus, sont repoussées. Ceux déjà inscrits voient les aides financières maintenues.
En somme, pas moins de 750 000 fonctionnaires américains vont se retrouver en chômage partiel, selon une estimation officielle. Ces agents voient donc le paiement de leur salaire différé. Pour les citoyens américains, un « shutdown » signifie un accès dégradé aux services publics, ce qui rend le blocage très impopulaire, et du même coup, cela fait monter la pression sur l’exécutif et les élus américains.
Un « shutdown » ne provoque pas la fermeture de certains services vitaux pour l’intégrité des États-Unis. Ainsi, les fonctionnaires considérés comme « essentiels » doivent continuer à venir travailler… mais sans être payés. Cela concerne notamment les militaires en service actif, les forces de sécurité, le contrôle aux frontières ou encore les contrôleurs aériens. Mais aussi l'entretien des réseaux électriques ou les soins médicaux hospitaliers.
« Les trois quarts des dépenses sont maintenues. Les Américains ne vont pas être confrontés à un arrêt total des services publics », a d’ailleurs rappelé ce mercredi à l’AFP le PDG de l’ONG américaine Partnership for Public Service, Max Stier, lors d’une conférence de presse téléphonique.
Si elles semblent relativement limitées, les conséquences économiques du « shutdown » existent. « Les marchés peuvent se montrer plus volatils si le blocage dure dans le temps », explique à La Tribune Gilles Moëc, chef économiste du groupe d’assurance AXA, et ancien cadre de Bank of America. Sur les taux américains à long terme, l’expert ajoute que le shutdown « n’a pas d’effet sur la capacité à servir la dette ».
En revanche, la paralysie budgétaire bloque la publication de statistiques économiques compilées par certaines agences publiques, ce qui crée un peu d’incertitude sur les marchés. Si elle dure dans le temps, la suspension budgétaire a un certain effet sur la croissance américaine. Gilles Moëc rappelle que lors du dernier « shutdown » en 2018, la perte de croissance a dépassé 0,3 point de PIB. Mais il note que cette perte a presque été entièrement compensée le trimestre suivant.
La paralysie budgétaire peut durer aussi longtemps que le bras de fer entre élus Démocrates et Républicains continue. Pour le chef économiste d’Axa, il est probable que le « shutdown » puisse être difficile à solutionner cette fois-ci, tant l’affrontement entre les deux camps politiques est intense. D’ailleurs, ce mercredi, le Sénat américain a rejeté une proposition de texte budgétaire dont le but était de lever le blocage.
Au cœur du débat, la question de la couverture médicale publique et certaines aides sociales, que Donald Trump souhaite amoindrir. Les Démocrates, veulent la sanctuariser et menace de bloquer le budget tant qu’ils n’ont pas obtenu gain de cause. Affaibli dans les deux chambres (Sénat et Chambre des représentants), le camp de l’ancien président Joe Biden veut aussi utiliser les négociations du « shutdown » pour torpiller la politique économique et sociale de l’administration Trump.
Pour mémoire, le « shutdown » le plus long de l’histoire des États-Unis, et également le dernier en date, a duré 35 jours, entre décembre 2018 et janvier 2019, sous le premier mandat de Donald Trump. En moyenne, depuis le premier en 1976, la paralysie n’a cependant duré que huit jours.