États-Unis : le shutdown menace l’économie américaine

" S’il faut fermer, il faudra fermer ", a déclaré le président américain, Donald Trump, vendredi dernier.
MS - REUTERS - Brendan McDermid

" S’il faut fermer, il faudra fermer ", a déclaré le président américain, Donald Trump, vendredi dernier.
MS - REUTERS - Brendan McDermid
Les États-Unis plongent dans la paralysie. Le Congrès américain n'a pas réussi à voter le budget avant la date fatidique fixée à mardi soir, minuit. Puisque aucun accord n’a été trouvé entre démocrates et républicains, le pays se retrouve en situation de « shutdown » — l’arrêt des activités gouvernementales.
La Constitution américaine prévoit que le budget fédéral doit être approuvé par le Congrès, c’est-à-dire le Sénat et la Chambre des représentants, puis doit être validé par le président. C’est le shutdown lorsque le président et au moins une des deux chambres ne parviennent pas à s’accorder.
Concrètement, hormis les services essentiels comme le contrôle du trafic aérien ou encore les forces armées, l’État fédéral se retrouve bloqué. Une grande partie des fonctionnaires sont dès lors au chômage, et les salaires sont gelés pour les employés toujours en poste.
Les démocrates, qui représentent l’opposition, se sont opposés au budget. La réunion entre les chefs des partis et Donald Trump lundi s'est révélée infructueuse. Si, en mars, ils avaient finalement cédé en votant le texte républicain à la dernière minuté pour éviter la paralysie, ils étaient cette fois déterminés à faire pression pour gagner du terrain sur le dossier de l’assurance maladie.
Les républicains, qui disposent pourtant bien de la majorité dans les deux chambres, avaient besoin du vote de huit démocrates au Sénat (sept suffisaient mais un sénateur républicain comptait s’opposer au budget). Et de leurs côtés, ils n'étaient prêts à aucune concession avec l’opposition. Dans ce contexte tendu, les chefs des deux partis ont pourtant rencontré Donald Trump lundi mais les négociations se sont révélées infructueuses.
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Ce n'est néanmoins pas la première fois que le pays est sous le coup d’un shutdown. Le plus long avait d’ailleurs eu lieu sous le premier mandat de Donald Trump et avait duré plus d’un mois. Si les conséquences économiques sont généralement faibles, elles pourraient, cette fois, être plus marquées.
Premièrement en termes d’emplois. La Maison-Blanche a menacé de profiter d’une telle paralysie pour préparer de nouveaux licenciements. Un coup dur pour les fonctionnaires qui ont déjà essuyé une première salve de coupes budgétaires et de renvois massifs, notamment avec la création du Doge, le « département de l’Efficacité gouvernementale ».
Plus largement, la croissance américaine s’en trouverait affectée. Les salariés qui ne touchent plus de salaires reportent leur consommation. Les entreprises qui fournissent des biens et des services au gouvernement ne se voient pas régler leurs factures pendant cette période. Les sociétés ne peuvent plus non plus obtenir de nouveaux prêts du gouvernement ou encore se faire valider des permis. « Pour chaque semaine de shutdown, la baisse estimée du PIB trimestriel réel, par rapport à son niveau normal, est ainsi comprise entre 0,1 % et 0,3 %. Un gros mois de shutdown réduirait donc le PIB trimestriel réel de 0,5 % à 1,5 % », commente ainsi dans une note Eric Dor, directeur des études économiques à l’IESEG School of Management.
D’autant que le contexte économique actuel aux États-Unis est incertain, entre le rebond de l’inflation, les mauvais chiffres de l’emploi et le ralentissement de la croissance. Les droits de douane inédits mis en place par le président américain rajoutent de l’aléa, les économistes ayant des difficultés à évaluer leurs conséquences à venir sur l’économie américaine. « Dans une période plus favorable, je pense que même un arrêt prolongé ne perturberait pas l’économie. Mais dans la situation économique actuelle, cela pourrait très bien être le facteur qui nous ferait sombrer », a ainsi argué Mark Zandi, économiste en chef chez Moody’s Analytics, rapporte un article du New York Times.
Avant que le shutdown ne soit décrété, les marchés ont montré des signes d'inquiétudes depuis le début de la semaine. Le dollar a chuté ce lundi alors que l’or, valeur refuge, a battu son record à plus de 3 890 dollars l’once. Les investisseurs se montrent aussi inquiets concernant un possible report du rapport mensuel sur l’emploi en cas de shutdown. Publié par une agence fédérale, il sert de boussole aux marchés. « Le shutdown pourrait avoir un impact plus important que d’habitude sur les marchés boursiers en raison de profondes divisions politiques, d’une économie vulnérable aux chocs externes et des récents changements de politique économique qui ont déjà perturbé les marchés cette année », pointe une note récente de JP Morgan.
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En cas de paralysie budgétaire, les taux d’intérêt sur les obligations d’État peuvent aussi augmenter. « Un shutdown renforcerait donc les craintes d’un défaut des États-Unis sur leurs obligations souveraines en 2025 », estime Eric Dor. Plus largement, « les cours boursiers pourraient diminuer à cause de la hausse des taux d’intérêt, de la baisse d’activité et de l’opacité statistique induites par le shutdown », résume l’économiste.