La plateforme asiatique de vente en ligne est sous le coup d'une suspension après la découverte sur son site Internet de poupées sexuelles d'apparence enfantine et d'armes de catégorie A.
La plateforme asiatique de vente en ligne a jusqu'à ce vendredi soir pour se mettre en conformité après la procédure de suspension lancée par le gouvernement mercredi. Shein est sous le coup d'une triple procédure, a rappelé la ministre des Comptes publics.
Tic-tac, tic-tac… Shein n’a plus que quelques heures pour se mettre en conformité, après la procédure de 48 heures lancée mercredi par le gouvernement et supervisée par la Répression des fraudes (DGCCRF). La plateforme asiatique de vente en ligne est sous le coup d’une suspension après la découverte sur son site Internet de poupées sexuelles d’apparence enfantine et d’armes de catégorie A.
En réaction, le groupe fondé en Chine mais basé à Singapour a suspendu « temporairement » les ventes réalisées sur son site français par des vendeurs tiers ainsi que les ventes des produits Shein ne relevant pas du secteur de l’habillement. Le président exécutif de Shein, Donald Tang, a envoyé mercredi une lettre au ministre français du Commerce Serge Papin, s’engageant à « respecter toutes les lois françaises » et proposant une entrevue.
Le ministre a reconnu ce vendredi que « le Shein d’aujourd’hui n’est pas du tout celui de mercredi » en raison de la suspension temporaire de sa marketplace. Mais lors d’une « opération coup de poing » menée jeudi à l’aéroport Roissy-CDG (nord de Paris), où l’intégralité des colis Shein ont été ouverts par les douanes. Des produits « pas aux normes » et parfois « destinés à un trafic illicite » ont été découverts, selon le ministre.
Le gouvernement refuse de rencontrer le patron de Shein
Serge Papin a pour sa part refusé, ce matin, la possibilité d’une rencontre avec le patron de Shein. « Pour l’instant, je n’ai pas du tout l’intention de le rencontrer. Il faut être ferme. Il faut se protéger » contre les méfaits d’une plateforme visée par une procédure de suspension, a affirmé Serge Papin sur la radio RMC. « Je n’ai rien à négocier avec Monsieur Tang, il doit se mettre au droit », a insisté le ministre français du Commerce.
La ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, a elle aussi adressé ce vendredi une fin de non-recevoir à la demande du président exécutif de Shein d’être reçu à Bercy. « On est dans une procédure qui est à la fois de suspension du site, une procédure judiciaire et une procédure européenne. On va faire les choses en respectant les procédures », a déclaré Amélie de Montchalin sur Franceinfo.
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Il y a d’abord la « procédure de suspension » lancée mercredi après le tollé provoqué par la vente de poupées sexuelles à caractère enfantin et d’armes de catégories A sur la plateforme. Cette procédure comprend deux volets, l’un administratif, l’autre judiciaire.
Shein attaqué sur trois volets
Le premier s’appuie sur le Code de la consommation, dont un article (L521-3) permet de déréférencer un site, d’en limiter l’accès, voire de bloquer le nom d’un domaine pour « une durée maximale de trois mois renouvelable une fois, suivie, si l’infraction constatée persiste, d’une mesure de suppression ou de transfert du nom de domaine à l’autorité compétente ».
« Le gouvernement a la possibilité au nom de règles d’ordre public ou au nom de la loi de demander aux fournisseurs d’accès à Internet de ne plus permettre la diffusion du site Internet incriminé sur le territoire national », expliquait mercredi Alexandre Lazarègue, avocat en droit du numérique, interrogé par La Tribune.
Concrètement, en cas de déréférencement, « on tape Shein dans le moteur de recherche et on ne le trouve plus », a expliqué mercredi soir le ministre français de l’Économie Roland Lescure, qui a reçu jeudi les différents fournisseurs d’accès à Internet. Ces mesures sont mises en œuvre dans un délai supérieur à 48 heures.
Une décision de justice dans quelques jours
L’autre angle d’attaque repose sur la loi pour la Confiance dans l’économie numérique. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a saisi la justice pour demander le blocage du site.
Il s’agit d’une saisine en procédure accélérée au fond du président du tribunal judiciaire de Paris, a appris l’AFP auprès de sources proches du dossier. Elle devrait permettre d’obtenir une décision de justice en quelques jours, selon une de ces sources.
Enfin, dernier levier actionné par le gouvernement : l’Union Européenne (UE). Avec au bout du compte une possible sanction financière ou une interdiction. Jeudi, l’UE a dit partager les inquiétudes de la France sur Shein et assuré qu’elle n’hésiterait pas à prendre des mesures contre la plateforme si nécessaire. La ministre française déléguée au Numérique, Anne Le Hénanff, doit s’entretenir avec la vice-présidente de la Commission européenne chargée du numérique, Henna Virkkunen.
Le ministre du Commerce extérieur en visite en Chine
En visite à Shanghai à l'occasion d'un salon consacré à l'importation, le ministre du Commerce extérieur, Nicolas Forissier, a déclaré avoir exposé la position de la France en personne au vice-ministre chinois du Commerce, Ling Ji, « dans un souci de coopération ».
« J'étais là pour dire : attention, on est très inquiets parce que sur la plateforme Shein, on trouve des produits qui ne sont pas acceptables... Ça crée une émotion, vous devez en être conscients, très forte. Ça n'est pas acceptable », a-t-il ajouté. Selon le ministre, l'entretien avec le responsable chinois « s'est très bien passé ». « Je pense que notre interlocuteur a parfaitement compris le sens de la démarche qui était la mienne ».
Interrogée sur le sujet, une porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a refusé de commenter spécifiquement le dossier. « Par principe, le gouvernement chinois exige toujours des entreprises qu'elles opèrent conformément aux lois et réglementations et qu'elles assument leurs responsabilités sociales », a dit Mao Ning lors d'un point presse.
Un bénéfice net de 2 milliards de dollars attendu en 2025
En pleine tourmente en France, le groupe asiatique a annoncé à ses investisseurs tabler sur un bénéfice net de 2 milliards de dollars en 2025 au niveau mondial, soit presque le double de l'an dernier, selon l'agence Bloomberg, qui s'appuie sur des sources proches du dossier.
D'après Bloomberg, grâce à des hausses de prix et des réductions de coûts, Shein a réussi à compenser la baisse de la fréquentation en ligne liée aux droits de douane imposés par Donald Trump aux États-Unis - en l'occurrence la suppression de l'exemption de droits de douane pour les colis postaux d'une valeur égale ou inférieure à 800 dollars, soit 686 euros.
Shein a atteint au premier trimestre 400 millions de dollars de bénéfice net et près de 10 milliards de chiffre d'affaires, selon Bloomberg.