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Le billet vert américain sous pression : la dédollarisation, menace réelle ou fantasme ?

Photo de Margot Ruault

Margot Ruault

Publié le 04 février 2026 à 07:55

Depuis les années 2000, la part du dollar dans les réserves de change a diminué, au profit d'autres devises.

Depuis les années 2000, la part du dollar dans les réserves de change a diminué, au profit d'autres devises.

REUTERS - Dado Ruvic

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L’euro à 1,20 dollar a réveillé les craintes d'un déclin de la devise américaine. Si les BRICS s'organisent et que les banques centrales accumulent de moins en moins de dollars dans leurs réserves, le billet vert reste majoritairement utilisé à l'international. Mais pour combien de temps encore ?

« Nous avons une politique du dollar fort », a indiqué mercredi dernier Scott Bessent. Le secrétaire au Trésor américain a glissé cette phrase lors d’une interview sur la chaîne américaine CNBC pour rassurer les marchés. La veille, des propos de Donald Trump ont précipité la chute du dollar. Juste avant un discours sur l’économie américaine dans l’Iowa, un journaliste lui a demandé s’il pensait que le dollar avait trop baissé ces derniers temps. Ce à quoi le président a estimé que la devise américaine se portait « à merveille ».

Une réponse qui n’a pas plu aux marchés alors que le cours du billet vert a diminué à vue d’œil à cause de la politique erratique du milliardaire américain depuis son retour à la Maison-Blanche. Mardi soir dernier, l’euro s’est ainsi apprécié face au billet vert et a franchi le seuil de 1,20 dollar, une première depuis quatre ans.

Car dans la tête du président américain, une devise faible permet d’être plus compétitif et de vendre ses exportations moins cher à l’étranger. Mais le dollar est la monnaie internationale de référence. Si elle est faible et de moins en moins stable, ses détenteurs pourraient se détourner du billet vert et privilégier d’autres devises comme l’euro et le yuan, ou des actifs sûrs comme l’or. « Évidemment, nous ne voudrions pas détenir quoi que ce soit dans une devise qui, selon nous, est en train de s'effondrer », commentait en mai le richissime homme d’affaires américain Warren Buffett, président de Berkshire Hathaway, lors d’une assemblée générale des actionnaires.

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Une baisse du dollar qui inquiète et qui fait revenir un concept dans les commentaires et les médias : celui de dédollarisation. Ce processus consiste à substituer le dollar américain utilisé dans les échanges internationaux, les réserves de change ou encore les accords commerciaux par une autre devise.

« Élément de langage »

Depuis les années 2000, la part du dollar dans les réserves de change a diminué, au profit d’autres devises. Ainsi, le dollar est passé à plus de 70 % des réserves des banques centrales et des États, à environ 57 % en 2025, selon des données du FMI, à taux de change et taux d’intérêt ajustés. Une baisse de son hégémonie qui s’est faite au profit du yuan chinois, du dollar australien ou encore du dollar canadien. Et aussi de l’or : la quantité physique du métal doré détenue par les banques centrales a augmenté d’un peu moins de 10 % en dix ans.

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Un dollar plus faible peut détourner les investisseurs et les banques centrales des actifs américains, puisque leur valeur est moins importante. « On constate une érosion très lente du dollar depuis une quinzaine d’années au profit de l’euro, la deuxième monnaie de réserve, et du yuan », commente Claire Dissaux, responsable des études macroéconomiques chez Axa, « mais il n’y a pas de fuite des actifs américains ». D’après l’économiste, quand le dollar est plus faible, les investisseurs se protègent contre l’effet de change quand ils achètent des actifs américains. « Les investisseurs étrangers continuent d’acheter massivement des bons du Trésor américain », rassure également Christopher Dembik, économiste chez Pictet AM.

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Pour les économistes interrogés par La Tribune, le terme de dédollarisation est « exagéré » et relève davantage d’un « élément de langage ». « Le seul usage qui est en baisse, c’est celui de réserve de change, mais ce n’est pas le seul rôle du billet vert dans le système monétaire et financier international », commente de son côté l’économiste Patrick Artus, conseiller économique d’Ossiam et professeur à Paris School of Economics.

La monnaie pour libeller le pétrole et l’or

Paiements internationaux, secteur bancaire international, émissions de titres en devise étrangère… La part du billet vert représente toujours plus de la moitié de ces usages et elle ne fait qu’augmenter. « Quand on regarde les données, on constate plutôt un accroissement de la domination du dollar », confirme Christopher Dembik.

Du côté du commerce international, le dollar est encore la principale monnaie utilisée pour les échanges. Il domine à plus de 70 % sur tous les continents, sauf en Europe où l’euro l’emporte à 66 %, d’après les chiffres de la Réserve fédérale américaine. Il n’empêche, les pays des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) ont multiplié les initiatives pour se détourner de plus en plus du dollar. La Chine et la Russie règlent une partie de leur commerce en yuan et en roubles. Même chose pour le Brésil et l’Inde avec la Chine.

« Depuis 2010, Pékin rend le renminbi (nom officiel du yuan) plus présent dans le commerce international », estime Claire Dissaux. « Elle investit également beaucoup dans les pays émergents et règle les factures avec du yuan », ajoute-t-elle. Mais le yuan n’est pas près de remplacer encore le dollar car le taux de change de la devise chinoise est contrôlé par la Banque populaire de Chine, ce qui n’est pas le cas du dollar ou de l’euro qui flottent librement.

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Autre aspect à ne pas sous-estimer : le billet vert est la monnaie utilisée pour le pétrole et les matières premières. Le cours du pétrole est ainsi libellé en dollars. Même chose pour l’or.

L’euro n’est pas encore prêt à remplacer le dollar

Au total, l’indice d’utilisation du dollar américain est stable depuis les années 2000. Sa pire chute remonte à 2008, lors de la crise des subprimes où il était descendu à un peu plus de 60 %. En 2024, il atteint quasiment 70 %, contre plus de 23 % pour l’euro, et moins de 3 % pour le renminbi chinois.

Parmi toutes les monnaies en circulation, l’euro serait, pour le moment, la seule devise qui pourrait remplacer le dollar à terme. Mais le chemin est encore long. « Tant qu’il y aura 27 dettes publiques, un marché des actions segmenté, pas de marché unifié et donc pas d’équivalent européen des bons du Trésor américain, l’euro ne pourra pas concurrencer le dollar », estime Patrick Artus.

Pour Christopher Dembik, la dédollarisation aura peut-être lieu un jour, mais dans très longtemps. « Historiquement, le remplacement des monnaies a nécessité deux facteurs : des guerres ou une très forte inflation », commente-t-il. Malgré les turbulences du roi Trump, le dollar devrait rester sur le trône encore quelques années.

Margot Ruault

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