Serveurs, caissiers, magasiniers : le quotidien d'un million d'étudiants salariés
latribune.fr
La généralisation des jobs étudiants pénalise la scolarité. Travailler une grande partie de l'année réduit le temps consacré aux révisions, transformant l'obtention du diplôme en un parcours de combattant pour les plus modestes.
EG/SAA/KTS/FW1/Jeremy Schultz - REUTERS - ERIC GAILLARD
Selon une étude de la Dares publiée ce jeudi, 52 % des étudiants exercent une activité salariée, soit 1,1 million de jeunes. Seuls 29 % se limitent à un job d’été, révélant une dépendance économique structurelle tout au long de l'année.
L'image de l’étudiant plongé dans ses livres pour potasser ses cours est un mythe qui s’effondre. Selon une étude de la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) publiée ce jeudi 28 mai sur dares.travail-emploi.gouv.fr, plus de la moitié d'entre eux (52 %) travaille en parallèle, en dehors même des parcours professionnels intégrés comme l'alternance. Ce sont précisément 1,1 million de jeunes qui doivent vendre leur force de travail pour financer leur quotidien, un chiffre massif qui met en lumière une dépendance économique structurelle.
Le job d'été s’efface devant l’emploi à l’année
La réalité du travail étudiant dépasse largement l'image classique du coup de main ponctuel durant les vacances scolaires. Les données de la Dares révèlent que 29 % seulement de ces 1,1 million de jeunes se limitent exclusivement à un job d’été. Pour les autres, l’activité s'installe dans la durée : 31 % travaillent au moins six mois au cours de l’année universitaire. Cette présence prolongée sur le marché de l'emploi s'accompagne d'une forte instabilité, puisque 54 % des étudiants cumulent au moins deux contrats différents au cours de la même année scolaire.
Les contrats à durée déterminée restent la norme majoritaire pour intégrer ces profils. Toutefois, 28 % des étudiants parviennent à signer au moins un contrat à durée indéterminée. Ces contrats durables ne sont pas synonymes pour autant de temps plein. L'étude précise que 75 % de ces contrats à durée indéterminée s’exercent à temps partiel, une formule indispensable pour tenter de concilier la présence obligatoire en cours et les impératifs financiers.
Commerce et restauration s'arrachent cette main-d’œuvre flexible
Où travaillent ces salariés d'un genre particulier ? Le secteur tertiaire capte la quasi-totalité de cette main-d'œuvre disponible aux horaires décalés. Le commerce arrive en tête et emploie 30 % de ces étudiants, suivi de très près par l’hébergement et la restauration qui en accueillent 26 %. Les services aux entreprises, incluant notamment le nettoyage ou l’accueil, représentent quant à eux 17 % des embauches étudiantes.
Les postes occupés demandent une flexibilité horaire maximale et correspondent souvent à des tâches d'exécution rapides. Dans le commerce, 37 % des étudiants salariés occupent des postes d'employés de libre-service ou de magasiniers, tandis que 16 % travaillent comme caissiers. Du côté de la restauration, la concentration est encore plus marquée : 41 % des jeunes y sont recrutés comme aides de cuisine ou employés polyvalents, et 29 % exercent en tant que serveurs non qualifiés. La brièveté des missions s'avère extrême, le rapport de la Dares indiquant que 31 % de l’ensemble des contrats signés par des étudiants durent seulement une seule journée.
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Des parcours sacrifiés face à la fracture sociale
L'obligation de travailler révèle de profondes disparités selon la discipline universitaire choisie et l'origine sociale. Le taux d’emploi varie du simple au double d'une filière à l'autre. Les étudiants inscrits en sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS) se trouvent en première ligne, avec 78 % d'entre eux qui exercent une activité salariée. Les filières de droit ou sciences politiques (62 %) ainsi que les lettres et sciences humaines (60 %) affichent également des taux d'emploi très supérieurs à la moyenne nationale.
À l'inverse, les filières d'élite ou à forte charge horaire protègent les étudiants de cette nécessité de travailler. Les effectifs des classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) ne comptent que 32 % de salariés au cours de l'année, un niveau identique à celui des étudiants en médecine, odontologie ou pharmacie (32 %). Cette fracture universitaire recoupe fidèlement les réalités sociales, les filières les moins touchées par le travail étudiant étant aussi celles qui concentrent la plus forte proportion d'enfants de cadres supérieurs.
L'impact sur la réussite universitaire La multiplication des contrats d'un jour et des temps partiels subis pose la question de la réussite aux examens. Travailler plus de la moitié de l'année réduit mécaniquement le temps disponible pour l'étude personnelle, transformant l'obtention du diplôme en un véritable parcours de combattant pour les étudiants issus des milieux les moins favorisés.