Warner accorde 7 jours à Paramount pour contrer l’offre de rachat de Netflix
latribune.fr
The Warner Bros. studios in Burbank, California, U.S. November 18, 2025. REUTERS/Mike Blake - Warner Bros. studios in California - WARNER BROS DIS-M&A/PARAMOUNT SKYDANCE
Warner Bros Discovery ouvre ce mardi 17 février une fenêtre de négociation de sept jours avec Paramount Skydance. Cette dérogation, consentie par Netflix, place le groupe devant un arbitrage délicat à un mois de l’assemblée générale décisive du 20 mars.
Les informations à retenir
WARNER-NETFLIX-PARAMOUNT, LA SEMAINE DE TOUS LES DANGERS
L'ouverture d'un couloir de négociations exclusives de sept jours permet à Paramount Skydance de défier l'offre de 82,7 milliards de dollars de Netflix, une trêve stratégique validée par le leader du streaming pour forcer une décision finale des actionnaires.
La préférence du conseil d'administration pour le paiement intégral en numéraire de Netflix se heurte à une chute boursière de 30 %, soulevant des doutes majeurs sur la capacité du géant à absorber Warner sans sacrifier sa rentabilité record.
David Ellison articule sa contre-attaque autour de la préservation de l'écosystème traditionnel et de la chronologie des médias, une posture politique visant à séduire les régulateurs avant le verdict décisif de l'assemblée générale extraordinaire prévue le 20 mars prochain.
Le groupe Warner Bros Discovery (WBD) a officialisé ce mardi 17 février l’ouverture d’une période de discussions exclusives de sept jours avec Paramount Skydance. Ce virage stratégique intervient alors que la pression monte pour clore l’un des dossiers de fusion-acquisition les plus complexes de la décennie. Jusqu’au 23 février, les équipes de David Ellison disposent d’un couloir de négociation pour affiner une proposition capable de faire vaciller l’accord de principe déjà lié au géant du streaming, Netflix.
Cette ouverture n’est pas une rupture, mais une « dispense limitée » accordée par Netflix lui-même. Le leader mondial de la SVOD permet ainsi à sa cible d’engager le dialogue avec le concurrent Paramount, offrant à ce dernier la possibilité de présenter ce qui devra être sa « meilleure offre ». Pour Warner, l’enjeu est limpide : obtenir une proposition finale et ferme afin de la soumettre au comparatif ultime avant que les actionnaires ne rendent leur verdict.
L’offre de Netflix sous la pression des marchés
Malgré cette main tendue vers Paramount, le conseil d’administration de Warner Bros Discovery ne dévie pas de sa ligne officielle. Le groupe réitère sa préférence pour l’offre de Netflix, une opération évaluée à 82,7 milliards de dollars, dette comprise. Lancée début décembre, cette offensive cible le cœur du réacteur de WBD : les studios de cinéma Warner Bros, les chaînes HBO et la plateforme HBO Max. Pour séduire des investisseurs frileux, Netflix a récemment révisé ses termes pour proposer une transaction intégralement formulée en numéraire, cherchant à garantir une certitude totale aux actionnaires.
Pourtant, cette puissance de feu financière ne suffit pas à rassurer Wall Street. Le titre Netflix a encaissé une chute de près de 30 % en trois mois. Même l’annonce de résultats annuels records, avec un chiffre d’affaires de 45,2 milliards de dollars en 2025 et un passage symbolique au-dessus des 12 milliards de dollars au dernier trimestre, n’a pas stoppé la méfiance des marchés. Les investisseurs s’interrogent sur la capacité du groupe à absorber un tel géant tout en maintenant sa rentabilité, alors que le bénéfice net du dernier trimestre s’est établi à 2,41 milliards de dollars.
La contre-attaque de David Ellison et l’exception française
Face à l’ogre du streaming, Paramount Skydance joue une partition différente, celle du défenseur de l’écosystème traditionnel contre le risque de monopole. David Ellison, patron de Paramount, a multiplié les offensives, allant jusqu’à déposer une plainte contre WBD pour forcer la transparence des informations transmises aux actionnaires. Son projet ne se limite pas aux studios, mais englobe l’intégralité du groupe, y compris la chaîne d’information CNN.
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Début février, David Ellison a même mené une opération de séduction ciblée vers la France. Dans une lettre ouverte adressée à la communauté créative et aux industriels du cinéma, le dirigeant a plaidé pour la diversité culturelle. Il rejette la perspective d’un système qui éliminerait la concurrence au profit d’une entité dominante. Ses engagements sont concrets : augmentation de la production cinématographique, maintien strict des sorties en salles et respect scrupuleux de la chronologie des médias. Une stratégie « à rebours de la trajectoire proposée par Netflix », censée rassurer les ayants droit et les régulateurs.
Le verdict des actionnaires fixé au 20 mars
La fenêtre de sept jours qui s’ouvre aujourd’hui est l’ultime étape avant le processus de vote. Warner Bros Discovery a confirmé que l’assemblée générale extraordinaire se tiendra le 20 mars. C’est lors de ce rendez-vous que les actionnaires devront trancher entre la puissance de distribution mondiale de Netflix et le modèle de studio intégré défendu par Paramount.
Pendant que les négociations s’accélèrent à New York, Netflix continue de chercher des relais de croissance pour justifier son investissement massif. Le groupe se diversifie dans le sport en direct avec le World Baseball Classic au Japon et lance de nouveaux formats comme les podcasts vidéo. Ted Sarandos, codirecteur général de Netflix, maintient que l’acquisition de Warner et HBO est un « accélérateur stratégique » indispensable. La semaine qui s’annonce déterminera si Paramount a les moyens financiers de surenchérir sur les 82,7 milliards de dollars de Netflix pour faire basculer le destin de Warner Bros Discovery.