Intervenant aux Journées de l’économie (Jeco) de Lyon, le prix Nobel d’économie et professeur au Collège de France, Philippe Aghion, est revenu pour La Tribune sur la manière dont il faut aborder la révolution de l’intelligence artificielle et les moyens à mettre en œuvre pour réduire les inégalités.
Présent à Lyon les 5 et 6 novembre 2025, Philippe Aghion, professeur au Collège de France et prix Nobel d’économie aux côtés de Joel Mokyr et Peter Howit, cette année, interviendra sur deux sujets de taille : remettre la science au cœur du débat public et réconcilier concurrence et politique industrielle. Avant de prendre la parole sur scène, l’économiste a répondu aux questions de La Tribune.
LA TRIBUNE.Un rapport publié pour le G20 souligne le creusement des inégalités entre 2000 et 2024 et alerte sur les menaces que fait peser cet accroissement des inégalités sur la démocratie, la coopération internationale et l’économie. Les experts évoquent un besoin de révision de la fiscalité. Que pensez-vous de ce rapport et ses constats ?
PHILLIPPE AGHION. Je n’ai pas lu ce rapport, mais tant que l’enrichissement de certains n’empêche pas d’autres de sortir de la pauvreté, ce n’est pas un problème. Le problème émerge lorsque ces personnes s’entendent avec le pouvoir exécutif pour empêcher d’autres talents d’arriver. Aux États-Unis, la Cour suprême a permis à des acteurs privésde financer des campagnes politiques sans limites, l’argent biaise la compétition politique. Mais si l’on a au contraire une bonne politique de concurrence, des règles très strictes de financement de campagne politique, et une société civile vibrante, une mobilité sociale forte est possible. Pour autant, cela ne signifie pas qu’il ne faut pas que tout le monde contribue à l’effort, et être raisonnablement redistributif.
Vous insistez sur la concurrence et l’éducation comme leviers anti-inégalités. Comment le rôle de ces leviers se compare-t-il, en termes d’efficacité, aux réformes fiscales ? Et comment se positionne la France dans ces domaines ?
Il faut prendre des mesures le plus tôt possible. L’éducation est primordiale, mais aujourd’hui, nous avons un système éducatif de plus en plus biaisé socialement en France. Il faut que n’importe quel enfant de n’importe milieu social ait les mêmes chances. Il faut permettre à des talents de trouver des financements, de lancer une entreprise et de la faire croître. On sait que dans les pays où la mobilité sociale est la plus développée, l’inégalité globale est plus faible, c’est l’un des leviers essentiels d’inclusion. Je crois aussi en la flexisécurité danoisequi permet une économie prospère et inclusive. En cas de perte d’emplois, les travailleurs conservent 90 % de leur salaire pendant deux ans et l’État les forme et les aide à retrouver un emploi. Or, avec l’intelligence artificielle, les citoyens seront amenés à changer régulièrement de travail.
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