Pourquoi la chute des résultats scolaires français menace directement la productivité et l’innovation de demain
latribune.fr
L'étude du Trésor alerte sur la baisse des performances en mathématiques et français, et les inégalités sociales qui limitent le capital humain. Un frein direct à la croissance de l'économie française.
Depuis trente ans, les performances des élèves français s'érodent, dans l'indifférence. Cette tendance, couplée à un déterminisme social parmi les plus forts de l'OCDE, est loin d'être un simple problème de pédagogie. L'étude du Trésor pose la question de l'accumulation de capital humain et révèle comment l'état de notre système éducatif est en train de compromettre la compétitivité du pays.
La performance scolaire en France se dégrade depuis 30 ans, alerte le Trésor. Ce déclin, accentué par de fortes inégalités sociales et de genre, pèse sur l’accumulation de capital humain. L’état du système éducatif en France, tel que révélé par une étude de la direction générale du Trésor, soulève de profondes inquiétudes pour la trajectoire économique du pays. Le constat est doublement préoccupant : il s’agit d’une dégradation continue des performances scolaires des élèves, observée à la fois dans le temps et en comparaison avec la scène internationale. Cette tendance de fond, loin d’être une simple affaire pédagogique, est liée aux perspectives de croissance de long terme pour l’économie française.
Les données agrégées mettent ainsi en évidence un recul persistant de la performance scolaire des élèves français, s’étalant sur plusieurs décennies. Selon les évaluations nationales menées sur le territoire, une baisse significative des performances est enregistrée, plus particulièrement dans les disciplines fondamentales que sont les mathématiques et le français. Cette érosion des acquis est documentée sur une période d’au moins trente ans.
Ce diagnostic national est corroboré par les observations internationales. L’enquête du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) confirme en effet cette trajectoire déclinante. Si la France se maintient encore à un niveau de performance proche de la moyenne des pays de l’OCDE, l’étude souligne que cette baisse de performance a été plus rapide que dans les autres pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques. La vitesse de cette chute relative doit alerter les décideurs sur la nécessité d’une réaction rapide et d’une analyse fine des mécanismes en jeu.
Un déterminisme social et de genre persistant
Au-delà de la dégradation globale des résultats, le système éducatif français est caractérisé par une problématique d’inégalités persistantes qui en accentue les risques économiques. La performance scolaire demeure, au sein des pays de l’OCDE, parmi les plus fortement corrélées à l’origine sociale des élèves. En d’autres termes, le poids de l’environnement socio-économique sur la réussite éducative est particulièrement marqué en France. Ce déterminisme social réduit de facto la capacité de l’école à être un véritable ascenseur social et à révéler l’intégralité des talents disponibles sur le territoire.
De surcroît, les analyses mettent en évidence d’importants écarts de genre dans les performances scolaires. Ces disparités, couplées aux inégalités socio-économiques, contribuent à limiter l’accès à certaines filières et à certains métiers, nuisant à une répartition optimale du capital humain futur. La réduction de ces fortes inégalités liées à l’origine sociale et au genre est identifiée par l’étude comme un levier majeur pour augmenter le vivier d’innovateurs potentiels et de travailleurs qualifiés. L’enjeu est donc de nature économique autant que sociale.
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Un frein direct à la productivité
Les conséquences de la dégradation et des inégalités scolaires ne se limitent pas à la sphère éducative, mais se répercutent directement sur la croissance économique de long terme de la France. L’étude du Trésor rappelle un principe fondamental des économies développées : une large part des gains de productivité est expliquée par l’accumulation de capital humain. Or, ce capital humain est principalement acquis lors de la formation initiale.
Le déclin des performances des élèves et le maintien d’un fort déterminisme social signalent une baisse potentielle dans la qualité et la quantité du capital humain que l’économie française pourra mobiliser à l’avenir. En ne parvenant pas à maximiser le potentiel de chaque élève, particulièrement ceux d’origine défavorisée ou soumis aux stéréotypes de genre, la France se prive d’une part significative de son potentiel de création de valeur. Inverser cette tendance éducative est donc perçu comme une condition sine qua non pour garantir la compétitivité future et stimuler l’innovation. L’objectif économique est clair : une amélioration tangible des performances éducatives serait une source significative de croissance de long terme pour l’économie nationale. La question n’est plus seulement de dépenser plus, mais de dépenser mieux.
Comment inverser la tendance ?
Face à ce défi structurel, l’évaluation des politiques éducatives se révèle être un instrument essentiel pour les pouvoirs publics. L’enjeu est d’identifier de manière objective les actions qui démontrent une efficacité élevée sur la performance scolaire des élèves, afin d’optimiser l’impact socio-économique des dépenses publiques. La littérature économique et éducative documente plusieurs leviers dont l’impact positif est avéré.
L’un des facteurs les plus significatifs identifiés est l’augmentation du taux d’encadrement des élèves. L’impact de la réduction du nombre d’élèves par classe ou par enseignant sur la performance scolaire est considéré comme élevé.
Par ailleurs, deux autres domaines d’action sont jugés porteurs d’effets positifs sur les apprentissages : la formation pédagogique et continue des enseignants et l’usage adapté et raisonné des outils numériques. Sur ce dernier point, l’étude note que ces outils sont encore faiblement mobilisés en France, suggérant un potentiel de gain d’efficacité encore inexploité. La combinaison de ces approches, allant de l’humain à l’outil, apparaît comme la voie la plus prometteuse.
Des investissements ciblés
Des efforts budgétaires substantiels ont été consentis par l’État sur la période récente en faveur du système éducatif. Entre 2017 et 2023, la dépense intérieure d’éducation par élève dans le premier degré scolaire a progressé de + 11 % en euros constants. Cette augmentation significative des moyens alloués témoigne d’une volonté politique d’investir dans la jeunesse et le capital humain.
L’une des mesures phares mises en œuvre pour inverser le déterminisme social et améliorer la performance des plus défavorisés est le dédoublement des classes. Cette initiative a été déployée progressivement à partir de la rentrée 2017 dans les classes de CP, CE1, et de grande section des réseaux d’éducation prioritaire (REP). L’objectif ciblé de ce dispositif est double : augmenter le taux d’encadrement et concentrer l’effort sur les élèves d’origine sociale défavorisée. Le choix des classes (CP, CE1, grande section) et des zones (REP) a été fait pour agir de manière précoce dans la phase d’acquisition des savoirs fondamentaux, jugée critique pour la suite de la scolarité et l’accès à un capital humain de qualité.
L’analyse du Trésor insiste sur le fait que l’amélioration des performances éducatives n’est pas seulement un impératif social, mais une source de croissance économique indispensable. Le succès des politiques éducatives futures dépendra de leur capacité à s’appuyer sur des évaluations rigoureuses et à actionner les leviers les plus efficaces, comme l’a mis en lumière l’étude. Le défi pour les années à venir est de transformer l’investissement budgétaire en performance scolaire durable et équitable. Le destin de la productivité française en dépend.
Comment inverser la tendance ?