La BCE redoute une inflation enracinée par la crise énergétique
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Le chef économiste de la BCE, Philip Lane.
AG/ - REUTERS - REUTERS/Anna Gordon - Anna Gordon
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Le chef économiste de la BCE, Philip Lane.
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La Banque centrale européenne commence à regarder au-delà du choc immédiat provoqué par le conflit au Moyen-Orient. Pour Philip Lane, chef économiste de l’institution, la crise énergétique actuelle pourrait laisser une empreinte durable sur l’inflation en zone euro, même en cas d’apaisement rapide des tensions géopolitiques.
Intervenant jeudi lors d’une conférence organisée à Tokyo par la Banque du Japon et son centre de recherche, le responsable irlandais a mis en garde contre une nouvelle phase inflationniste nourrie par des coûts énergétiques durablement élevés. Un scénario qui compliquerait encore la trajectoire monétaire de la BCE au moment où les marchés anticipent déjà plusieurs hausses de taux.
« Nous avons connu une baisse soudaine, assez rapide et importante de l’offre mondiale de pétrole, qui a été masquée jusqu’à présent par les stocks », a déclaré Philip Lane. Selon lui, la situation actuelle diffère des précédents épisodes de flambée pétrolière. Historiquement, les prix du brut finissaient par revenir à leur niveau initial après un choc d’offre. Mais cette fois, la reconstitution des réserves stratégiques et la diversification des approvisionnements énergétiques pourraient maintenir les prix à un niveau élevé pendant une période prolongée.
Cette persistance des coûts énergétiques alimente les inquiétudes de la BCE sur les effets dits « de second tour » : la transmission progressive de la hausse des prix de l’énergie à l’ensemble de l’économie, via les salaires, les coûts de production et les prix à la consommation. « Même si le choc énergétique initial commence à s’atténuer, les effets de second tour se feront sentir pendant un certain temps », a ajouté le chef économiste de la BCE.
Les investisseurs parient désormais sur deux nouvelles hausses du taux de dépôt cette année et attribuent environ une chance sur deux à un troisième relèvement en 2027. Les économistes interrogés par Reuters restent toutefois plus prudents, tablant uniquement sur deux hausses avant une première baisse des taux à la mi-2027.
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Philip Lane a rappelé que les précédents chocs énergétiques offrent des enseignements précieux pour les banques centrales. Selon lui, la hausse des prix de l’énergie peut déclencher « toutes sortes de mécanismes non linéaires » susceptibles d’amplifier les tensions inflationnistes bien au-delà du choc initial.
Le responsable a toutefois insisté sur les différences avec la période post-pandémie et la guerre en Ukraine. « Mais il ne s’agit pas de la même non-linéarité qu’il y a quatre ans », a-t-il averti, soulignant que la dynamique actuelle repose sur des mécanismes différents de ceux provoqués par les ruptures d’approvisionnement mondiales et la forte reprise de la demande après le Covid.
Au-delà des prix de l’énergie eux-mêmes, la BCE surveille surtout le risque d’un désancrage des anticipations d’inflation. Pour Philip Lane, l’enjeu central reste d’éviter que ménages et entreprises ne finissent par considérer une inflation durablement élevée comme une nouvelle norme économique.
Une telle évolution obligerait alors la BCE à maintenir une politique monétaire restrictive plus longtemps que prévu, au risque de freiner davantage une économie européenne déjà fragilisée par le ralentissement industriel et les tensions géopolitiques.
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