L'excédent agroalimentaire français a chuté à 200 millions d'euros en 2025 en raison d'un effet de ciseau : une hausse de 8,5 % des importations (notamment du Mercosur) et un effondrement des exportations de vins et spiritueux vers les États-Unis (-40...
JPP/saa/ - REUTERS - Jean-Paul Pelissier
Commerce extérieur : l'agroalimentaire français en crise, derrière le succès de l'aéronautique
Alors que la balance commerciale française poursuit son lent redressement, son pilier historique, l’agroalimentaire, vient de vivre une année noire. Avec un excédent réduit à peau de chagrin — 200 millions d’euros contre 5,2 milliards l’an dernier — la « Ferme France » n'est plus que l'ombre d'elle-même.
Le ministère du Commerce extérieur et de l’Attractivité se veut rassurant : le déficit commercial des biens se réduit pour la troisième année consécutive, s’établissant à -69,2 milliards d’euros. On pourrait presque applaudir, si ce chiffre n’était pas porté à bout de bras par les records de l’aéronautique (33 milliards d’euros d’excédent) et une facture énergétique qui s’allège.
Mais derrière Airbus, la situation est bien moins florissante. En un an, l’excédent du secteur agroalimentaire, traditionnellement le « coffre-fort » du commerce extérieur français, a fondu de 5 milliards d’euros, pour atteindre son plus bas niveau historique depuis le début du millénaire. À 200 millions d’euros de solde positif, la France est désormais à l'équilibre technique : une simple erreur de calcul ou un cargo de retard, et elle bascule dans le déficit.
Des importations hors de contrôle
Le mal français n’est pas tant dans son incapacité à exporter — les ventes progressent encore timidement de 1,6 % — que dans sa dépendance croissante aux produits étrangers. En 2025, les importations agroalimentaires ont bondi de 8,5 %, portées par une consommation nationale qui se détourne du made in France pour des raisons de coût, mais aussi par une perte de compétitivité structurelle.
Cette dynamique est particulièrement visible dans les échanges avec le Mercosur. Selon les données douanières, les produits des industries agroalimentaires sont devenus en 2025 le premier poste d’importation depuis cette zone, pesant pour 1,3 milliard d’euros. Viandes, céréales, huiles : la France importe massivement ce qu’elle savait autrefois produire en surplus.
Vins et spiritueux : le coup de grâce de Washington
Si le secteur agricole résiste encore un peu, l'agroalimentaire transformé, lui, boit la tasse. Le coupable ? Un climat commercial mondial de plus en plus fragmenté. En 2025, la France a subi de plein fouet l'escalade des tensions avec les États-Unis.
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Les chiffres sont brutaux : les exportations de spiritueux outre-Atlantique se sont effondrées de -43,4 % au troisième trimestre et de -47,4 % au quatrième trimestre. Le vin n’est pas épargné avec des chutes avoisinant les -40 % sur la fin de l’année. L'instauration de droits de douane additionnels, d'abord provisoires en avril puis massifs en août 2025, a cassé la dynamique de nos fleurons du luxe liquide. Le cognac et le champagne, habituels moteurs de la balance, sont aujourd'hui les victimes collatérales de la guerre commerciale.
Le « dédouanement dans un autre État membre »
Le gouvernement se félicite du record du nombre d'entreprises exportatrices (125 700), mais la réalité comptable est têtue. Sans le secteur aéronautique, le déficit français serait abyssal. L'agroalimentaire, qui représentait autrefois une assurance-vie face à la volatilité des prix de l'énergie, est devenu un point de vulnérabilité.
Les Douanes soulignent un phénomène inquiétant : le « dédouanement dans un autre État membre ». Une part croissante des produits consommés en France transite par les ports de Rotterdam ou d’Anvers. Pour les produits d'origine animale, ce taux de transit européen atteint 44 %. En clair, la France perd la trace et le contrôle de ses flux alimentaires, déléguant sa logistique — et une partie de sa valeur ajoutée — à ses voisins.
« Notre priorité pour 2026 est claire, a annoncé par Nicolas Forissier, ministre du Commerce extérieur : consolider nos atouts, soutenir nos filières stratégiques et affirmer un agenda de compétitivité ambitieux, tout en défendant une ouverture commerciale exigeante. » Il y a urgence. Car si l'aéronautique peut se targuer d'un carnet de commandes plein pour la décennie, l'agroalimentaire ne peut pas se permettre une seconde année de dégradation à ce rythme. La France ne peut pas être seulement une nation qui vend des avions pour acheter ses steaks au Brésil.