Argentine : Javier Milei fait face à sa quatrième grève générale en deux ans de mandat
latribune.fr
Des affrontements entre la police antiémeute et des membres syndicaux qui manifestent devant le Congrès national à Buenos Aires en Argentine, le 11 février 2026.
Le président argentin fait face jeudi à sa quatrième grève générale en un peu plus de deux ans de mandat, en riposte à sa réforme de dérégulation du travail, qui suit son chemin au Parlement.
Ce qu’il se passe. Depuis minuit heure locale, ce jeudi, et pour 24 heures, les trains, bus, aéroports, ports, banques vont tourner au ralenti ou seront paralysés en Argentine. La grande centrale CGT promet une « forte » grève qui devrait affecter aussi commerces et restaurants, en fonction des difficultés d'acheminement des employés. La fonction publique est aussi concernée par la grève.
L'impact s'annonce a priori plus marqué que la dernière grande mobilisation, en avril 2025, pour la défense du pouvoir d'achat. Elle avait été très inégalement suivie, les bus ayant ce jour-là circulé quasi normalement, ce qui ne devrait pas être le cas jeudi.
La compagnie aérienne Aerolineas Argentinas a annoncé annuler 255 vols jeudi, dont une trentaine de vols internationaux, affectant au total plus de 30 000 passagers.
Pourquoi les Argentins font grève. La mobilisation illustre un regain de conflictualité sociale, quatre mois après le succès électoral de l'ultralibéral Javier Milei, sorti renforcé des législatives de mi-mandat. Elle vise la réforme du travail, projet-clé de sa deuxième moitié de mandat, dont débattra jeudi la Chambre des députés.
« Nous voulons dire au gouvernement que le peuple lui a donné son vote, mais pas pour qu'il lui retire des droits », a lancé à la veille de la grève Cristian Jeronimo, codirigeant de la CGT (pro-péroniste, gauche).
La CGT n'a pas appelé à manifester le jour de la grève, mais quelques syndicats et petits partis de gauche ont, eux, prévu une mobilisation aux abords du Parlement. Mercredi dernier, de brefs mais violents heurts avaient opposé de petits groupes de manifestants et la police, en marge d'une manifestation, déjà, contre la réforme du travail.
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Dans un communiqué au ton martial mardi, le ministère de la Sécurité a mis en garde les journalistes afin de « préserver leur intégrité physique » lors de la couverture des manifestations à venir. Il leur recommande de rester en un endroit délimité, ou de risquer une « mise en danger volontaire ».
La réforme du travail en question. La réforme retouche en profondeur divers aspects de la loi du travail : entre autres, elle facilite les licenciements, réduit le barème d'indemnités, rend possible l'extension de la journée de travail (8 à 12 heures), étend les services dits « essentiels » en cas de grève, autorise le fractionnement des congés.
Pour l'exécutif, cette « modernisation du travail » (nom du projet de loi) doit permettre de doper l'embauche dans une économie où plus de 40 % de l'emploi est informel. Notamment en freinant ce que le gouvernement dénonce comme « l'industrie des procès », une judiciarisation à outrance du monde du travail.
Le projet de loi avance au Parlement. Il a été approuvé mercredi dernier au Sénat, moyennant quelques compromis de l'exécutif – notamment sur les cotisations patronales à la couverture santé. Et le gouvernement est confiant de son approbation par les députés, après quelques nouvelles concessions ainsi que l'abandon des indemnités dégressives en cas de maladie. Si approuvé jeudi, le texte devra repasser, sans doute la semaine prochaine, au Sénat pour avaliser ces changements.
Que fait Javier Milei ? Loin de la grève et d'éventuelles tensions, Javier Milei sera jeudi à Washington, pour la première réunion du « Conseil de paix » de son allié Donald Trump.
Javier Milei, au pouvoir depuis décembre 2023, a enregistré un succès macroéconomique majeur en maîtrisant l'inflation, ramenée en deux ans de plus de 150 % à 32 %, en interannuel. Ce, au prix de coupes dans l'emploi public, d'une drastique austérité budgétaire qui a anémié la consommation – qui peine à redémarrer –, accompagnées d'une ouverture marquée aux importations. En deux ans, près de 300 000 emplois ont été perdus, publics et privés confondus, selon les données du secrétariat du Travail.