European Commission President Ursula von der Leyen speaks to the media at a European Union leaders' summit in Brussels, Belgium, December 18, 2025. REUTERS/Yves Herman - European Union leaders' summit in Brussels - UKRAINE-CRISIS/EU-SUMMIT
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé jeudi soir que le traité de libre échange entre l'UE et le Mercosur ne sera pas signé samedi, mais en janvier. Une « pause » pour éviter une crise européenne qui, progressivement, ne fait plus que des perdants.
Face à la nouvelle édition de la crise agricole qui couve en France, et qui aujourd'hui a investi aussi Bruxelles, la présidente de la Commission européenne a fini par partiellement céder. La signature de l'accord de libre échange entre l'Union européenne et le Mercosur, qui devait avoir lieu samedi, attendra finalement le mois de janvier, a annoncé Ursula von der Leyen, sans pourtant préciser de date.
Elle satisfait ainsi la demande de report formulée clairement par la France depuis une semaine, et explicitement appuyée par l'Italie hier. Mais cette « pause » ne permet à aucun acteur de crier victoire, tant elle est à double tranchant pour les uns et éphémère pour les autres.
Une accalmie précaire
Sur le plan des relations internationales, ce succès de la France représente en effet un camouflet pour la Commission européenne, l'Allemagne et l'Espagne, qui insistaient pour que le traité soit signé avant la fin de l'année, et donc aussi pour l'unité européenne défendue par Emmanuel Macron. Si Paris l'a obtenu, c'est en outre grâce à l'intervention de la présidente d'extrême droite et eurosceptique du Conseil des ministres italien, Giorgia Meloni, dont le chef de l'Etat français tente plutôt généralement de se tenir à distance.
Sur le plan interne, l'exécutif français parvient certes à éviter une aggravation de la crise agricole, pour ses concentrer dans les prochains jours sur la gestion de la dermatose nodulaire contagieuse et établir un dialogue aussi avec les syndicats opposés à la stratégie sanitaire du gouvernement -la Coordination rurale et la Confédération paysanne, à l'origine de la plupart des manifestations.
Mais la fronde des agriculteurs risque d'être, elle aussi, seulement reportée. D'ici janvier, les réponses aux demandes de garanties agricoles formulées par la France et l'Italie (clause de sauvegarde, mesures miroirs et contrôles solides) pourront être difficilement améliorées. Et en réalité, ce que demandent les agriculteurs est un abandon pur et simple de l'accord.
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Le risque d'un abandon
Un abandon n'est d'ailleurs pas exclu. En reportant le traité, la France, l'Italie et l'UE prennent en effet le risque que les pays du Mercosur ne veuillent finalement plus attendre. Le président du Brésil, Luiz Inacio Lula da Silva, avait d'ailleurs lancé mercredi soir une sorte d'ultimatum: « Si on ne le fait pas maintenant, le Brésil ne signera plus l'accord tant que je serai président », avait-il menacé.
L'industrie française, y compris agro-alimentaire, jusqu'à présent plutôt silencieuse mais très intéressée par un accès facilité au marché des pays du Mercosur, serait alors loin de se réjouir. Le gouvernement français, conscient des avantages du traité pour d'autres secteurs de l'économie -ce qui explique son opposition à l'accord non pas définitive mais « en l'état »-, se retrouverait alors en contradiction flagrante avec l'approche pro-européenne et libérale défendue par Emmanuel Macron et Sébastien Lecornu. Et la frustration de la Commission européenne, de l'Allemagne et de l'Espagne seraient très difficiles à compenser.